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théories qui ont inspiré la Banque Proudhon, celle de Owen-pures conceptions mobilières du crédit, — atteste, d'autre part, un lien plus saisissant encore et tout aussi avoué d’ailleurs avec la doctrine de Law. Comme lui, les comptabilistes estiment que la cireu lation d'un pays doit être l'émanation pure et simple, adéquate, de la richesse contenue dans ce pays. La circulation virtuelle ne doit pas avoir d'autre limite qu'elle — lx circulation réelle étant limitée ensuite par l’activité même des transactions.
Si le système de Law s’est effondré dans la ruine générale, si les assignats n'en furent que l'échec renouvelé, c'est que toujours ces deux limites furent dépassées. Ainsi les biens nationaux furent estimés par trop au-dessus de leur valeur, il fut émis plus de papier que la circulation n’en voulait. Ces deux travers étant évités — nous verrons comment — par la Banque comptabiliste, elle pourra, sans danger, faire sien le principe de Law.
Nous avons vu l'Etat acceptant, comme base de crédits, toute valeur.
Comment seront exprimés ces crédits au compte social? Nous touchons ici au pointle plus délicat, le plus essentiel aussi du système. Pour un moment, nous pourrons comparer la Banque monopolisée, officielle, de l'Etat comptabiliste à la Banque lointaine, officielle, monopolisée elle aussi, des cités italiennes, d'Amsterdam, de Hambourg.
Comme elles contrôlaient les monnaies de l'univers pour en exprimer ensuite leurs valeurs respectives dans une langue commune, ou monnate de comple, de même la Banque, contrôlant tour à tour
les marchandises innombrables, les immeubles, toutes ces catégories juridiques entre lesquelles l'histoire a dessiné de profondes oppositions — dont l'empreinte tend à s'atténuer déjà — confondra tous ces biens dans une langue commune, les réduira en unilés abstraites de compte, en même temps qu'elle concentrera comme en un creuset commun, toute leur intensité, leur énergie de valeur, au compte social.
La monnaie de compte de ces anciennes banques, représentée par.un poids de métal fin, dégagée de toute effigie, réalisait déjà, parmi le torrent confus, cosmopolite, de monnaies plus ou moins loyales, usées, rognées, un élément d’une fixité relative, dans l'espace, comme dans le temps. Mais l'unité comptabiliste de valeur doit aller encore plus loin dans cette voie : son œuvre est prodigieusement plus complexe que ne le serait un simple arbitrage, entre des pièces de monnaie; elle estencyelopédique et, s'adressant à la richesse universelle, elle doit réaliser, — de toute erreur pouvantrésulter lechaos, — la perfection dans la fixité. C’est dire qu'elle ne doit pas consister dans une marchandise quelconque, mais dans une idée, dans un rapport mathématique.
Telle est la nécessité des choses, constatée d'’ailleurs avec une absolue précision par la vraie théorie de la valeur, simultanément découverte, au cours du XIX° siècle, par plusieurs économistes, de moins en moins contestée dans son principe, si elle garde, dans son application, une complexité plutôt faite d'ailleurs pour témoigner de son exactitude. în vertu de celle théorie, la cause de la valeur —
Lai de.
Are U 0 ÈS purement subjective — est dans la rareté des choses, c'est-à-dire dans le rapport existant entre la quantilé de ces choses et les besoins des hommes, et une même chose servant à la réalisation de plusieurs désirs, c’est l'intensité du moindre désir satisfait, l'utihté-himite, qui détermine le classement d’une catégorie de choses déterminées dans la hiérarchie des valeurs. La cause de la valeur n'étant pas objective, sa mesure ne peut être objective non plus.
La valeur n'est pas substanüelle aux choses, elle n'est qu'un rapport, perpétuellement mobile, où s’exprime lutilité-limite de chaque quantité d'objets déterminée. À ces rapports hétérogènes, il importe de donner un dénominateur commun, servant de soutien à une comparaison précise des uns aux autres. Ce dénominateur commun, langue et arithmétique des valeurs, doit être l'unité de compte. Mais, l'unité de compte n'est-elle pas approximativement trouvée avec la monnaie métallique ?
Les comptabilistes ne sont, en effet, pas éloignés de penser que l'unité abstraite de compte ne put être faconnée, au début, à l’aide des monnaies de métal.
Par la généralité de la demande dont il fait l'objet (généralité arbficielle, d'ailleurs, mais certaine), lor, comparé successivement à toutes les autres valeurs sert bien de moyen terme pour les comparer entre elles. Quand on dit, par exemple, que tel objet vaut 1 franc, tel autre 10, tel autre 20, sous une formule concrète on déclare que leurs valeurs sont les unes aux autres comme Î est à 10
et à 20. La monnaie métallique représente done un (travail de nomenclature, déjà fait, que l’on utiliserait. L'unité comptabiliste serait, par exemple, le franc complabiliste, ou le dollar idéal. Au jour où elle succèderait au franc de métal, elle prendrait la signification exacte que possède aujourd’hui le franc d’or, mais elle la garderait.
En effet, si les métaux peuvent nous faire pénétrer, alourdie, matérialisée, l'expression abstraite du rapport des valeurs à un moment donné, cette expression est fugitive.
Lorsqu'on lui donne, dans les contrats à long terme — et même dans les contrats à terme assez bref — une certaine consistance à travers le temps, on s'expose à de redoutables erreurs. L'or est une marchandise, sa valeur se déplace et ne peut être le centre des autres valeurs.
Tous les rapports de valeur fixés dans les contrats seront certainement faux dans un temps assez long — mais, ce qui est plus grave, les changements de valeur de la monnaie métallique peuvent être très brusques, très profonds. Cela vient de notre organisation complexe de la circulation: la contraction monétaire est le phénomène caractéristique de nos sociétés. Elle est normalement conjurée par le développement des circulations fiduciaires, mais leur sort est sujet à fléchir ; alors se produisent ces hausses énormes de la valeur du métal, où git la cause profonde des crises qui troublent si souvent la vie 6cononique de nos sociétés. Ces crises, venues d’une mauvaise lecture des valeurs, verraient disparaître la plupart des malentendus dont elles vivent, si
— AO — notre langue des valeurs devenait plus claire, plus analytique, en devenant plus abstraite. L'unité comptabiliste représenterait done le franc immatérialisé. La table des valeurs, procédant des essais d’indexnumbers déjà tentés (1), exprimerait les valeurs en franes, au jour où l'unité de compte entrerait en vigueur. Dans la suite, la table serait mise au courant des variations des prix, mais pour les évaluer, on procèderait par comparaisons approfondies, on suivrait la courbe ascendante ou descendante de chaque marchandise, prise individuellement, comparée analytiquement aux autres valeurs, non synthétiquement à une seule valeur : celle de l'or.
L'unité comptabiliste servirait à chiffrer ces mouvements complexes des valeurs diverses en fonction les unes des autres, et au lieu de variations brusques, simultanées, de tous les prix, rançon nécessaire du lien qui établit toute valeur sujette de la valeur de l'or, on aurait des variations individuelles, en général assez lentes, notées, à mesure, dans toute l'exactitude de leurs contours et la délicatesse de leurs transitions, par l'unité générale de compte, instrument de précision, monnaie en quelque sorte éternelle (2). Et cette évaluation des valeurs exercée, sur chaque patrimoine, par l'État, cette mise à
(4) V. Sur les /ndex-numbers, H. Denis, Annales de l’Institut des sc. sociales. La transformation du système monétaire (2° année).
(2) Exprimée en fonction de l'unité comptabiliste, la formule de la valeur, donnée par M. Solvay est: V — u + Le terme
d représente la demande d'une marchandise donnée, h le nom- 8*
jour officielle du tableau des valeurs et des bilans individuels qui doit assurer la clarté et l'équité des transactions, sera l’un des aspects du droit de monnayage, transformé. |
Telle sera la monnaie de compte nouvelle et, à vrai dire, si elle est plus complexe que celle des banques médiévales, elle a du moins un résultat commun avec elles : c’est d'exprimer la substance d’une quantité de richesses réellement existantes.
La Banque d'Amsterdam exprimait en monnaie de compte la quantité de métal fin réellement existante dans ses caisses, les banques modernes expriment en circulations diverses l'argent qu'elles n'ont pas — l'Etat comptabiliste, à son tour, exprimerait, sur ses livres, la richesse réellement existante sur son territoire.
Par une tranformation radicale de l’assise monttaire, la circulation va prendre à la fois toute l'ampleur que les banques modernes ont voulu lui donner, toute la loyauté que les anciennes banques avaient réussi à lui faire.
De ce seul fait, le malentendu entre le crédit et la monnaie cesse, pour ne plus revenir. La contraction monétaire fait place à un état d'équilibre. Sous le régime métallique, nous avons vu que les dettes sont obscures, mais il y a plus, elles sont irrecouvrables, si on veut en réaliser effectivement un nombre, même petit, dans la masse des échanges. Les variations
bre de personnes qui l’exercent, o l'offre. Le terme « représente l’unité comptabiliste neutre, multiplicateur abstrait, V. Solvay, la Monnaie elle compte, Institut des n.s0c., 5° année.