‹ Essai sur le collectionnismeChapitre 14 sur 54 · Bonnaffé, Causerie, p · texte numérisé non relu

Bonnaffé, Causerie, p

Ce mode d'estimation dépend encore d’un accord tacite, d’un consensus des collectionneurs dont on ne peut souvent retrouver l’origine. Et le collectionneur nous parlera d’un « je ne sais quoi », bien caractéristique des objets à rechercher. Sa persistance crée un certain nombre de traditions, acceptées, sans discussion. Ses évolutions constituent autant de modes et d’engouements. Mais, derrière ceux-ci, on peul souvent retrouver l’action d'intérêts commerciaux qui influent sur le cours de chaque spécialité.

Quoi qu'il en soit, si la valeur des objets de collection apparaît comme soumise d’une part à la loi d'offre et de demande, elle est aussi conditionnée par le désir spécialisé. « Dans ces objets, la valeur se: mesure à la passion de les posséder, et il est difficile de fixer une limite au prix quand la passion n’en a pas » (Cicéron, Zn Verrem, IV).

À défaut de limite pour les pièces exceptionnelles, il n’en existe pas moins une sorte de cours établi pour chaque catégorie. C'est que, en effet, l’estimation des objets de collection arrive presque toujours à une évaluation pécuniaire ; elle est parfois une sorte de justification cherchée par le propriétaire pour s'excuser de poursuivre des inutilités ; elle indique, dans ce sens, une possibilité de vente et tend à représenter la collection comme une épargne, sinon up placement avantageux. Mais, au fond, il s’agit surtout d’un symbolisme commode pour l’estimation de ce que l’on possède, en comparaison de ce que l’on ne possède pas, symbolisme qui traduit

numériquement un coefficient d’admiration ou d’attachement.

IT. — Diagnostic

Des conditions communes aux collectionneurs ressort la possibilité de les séparer de types assez voisins.

Chez l’A vare, nous retrouvons le même besoin de posséder, la même tendance à obtenir la quantité.

\ Mais, chez lui, prédomine le sentiment d'insécurité, permettant de ne considérer ce qu'il amasse que comme une réserve, qui pourrait éventuellement être utilisée. Pour lui, la notion de propriété peut aboutir à une joie de même ordre que chez le collectionneur, mais ce qu'il cherche, ce ne sont pas des objets individuellement distincts : il tend à amplifier une somme. Son activité est beaucoup plus monotone et ne présente guère cet entrain dont l'exercice est agréable au collectionneur. Enfin son avarice n’est à peu près jamais consciente, et n'est, pour lui, qu’une Judicieuse prévoyance.

On pourrait peut-être envisager une forme de transition chez certains avares qui cherchent à constituer leur magot sous forme d'espèces déterminées, de métal le plus souvent. Ils peuvent arriver à faire abstraction de la notion pécuniaire pour ne s’ailacher qu’à la possession et à la contemplation d’une certaine série de pièces d’or.

Nous éliminerons, également, la catégorie de tous ceux qui cherchent un bénéfice de la collection,

qu’elle représente leur profession avouée ou non. L'espoir, si fréquent, de voir monter le prix de ce qu'il possède est plutôt pour le collectionneur le désir de satisfaire son émulation, mais sans intention de réalisation matérielle. Exceptons, néanmoins, certains collectionneurs qui font quelques échanges, plus ou moins profitables ; chez eux il s’agil encore d’une forme de jeu. S'ils brocantent, c'est pour s’aflirmer leur propre expérience, ou pour améliorer leur collection dans la mesure de leurs ressources.

Quant à ceux qui cherchent à tirer un bénéfice de considération de ce qu'ils assemblent, ils nous paraissent encore faire preuve d’un esprit différent du collectionnisme. Ces financiers qui achetaient des livres pour en parer les murailles de leur cabinet » (1), ou même faisaient peindre des reliures simulées, dont le dos, seul existant, constituait une € bibliothèque de partisan », ces financiers n'étaient pas des collectionneurs. L’accumulation de livres, réels ou factices, était un étalage vaniteux, représentant une forme de réclame, une preuve de leur fortune. Ou bien encore ils cherchaient à en tirer un brevet de culture intellectuelle, à se donner un air de bonne compagnie, pour faire oublier une trop récente prospérité.

La race n’en a pas disparu, et ce sont toujours ces faux collectionneurs qui veulent amasser rapi-

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