Jacob, Réforme de la Bibliothèque du roi, p
demeni une galerie, la constituer sans effort personnel ; ils n’en jouissent que par l'ambition et ne savent l’apprécier que par la valeur marchande, le plus souvent, sans être capables d'en pouvoir justifier le prix. Ceux-là, d'ailleurs, sont plus fréquemment que les véritables, disposés à la revendre ; la vente est aussi tapageuse que le fut l'acquisition.
Mais une distinction est plus délicate, s'appliquant à deux catégories assez voisines : les Curieux et les Amateurs. Leur étude, qui peut se faire pour tous les genres, est plus facile et possède un plus riche vocabulaire en ce qui concerne le goût pour les livres. |
L’Amateur, nous semble-t-il, poursuit avant tout une satisfaction intellectuelle dans la qualité même du livre ; s’il le recherche pour l'intérêt du texte, il en apprécie également la typographie, la nature du papier, l'harmonie de la reliure. C’est le bibliophile. Qu'il pousse même son amour un peu plus loin, on pourra le nommer « bibliolâtre ».
Quant au Curieux, il poursuit, sans trop de distinction parfois, ce qui est étrange, au besoin bizarre ; la rareté l’intéresse, mais moins que l’extraordinaire. Aussi est-il toujours à l'affût ; il fouille partout, même et surtout les livres inconnus, où il espère quelque trouvaille, et cherche à remplir un peu le grand vide qui s'ouvre au fond des imaginations les plus fécondes. C’est le Bouquineur.
Ceux-là, au moins, lisent leurs livres, ou, tout au moins, ont l'intention de les lire, lorsqu'ils se les
procurent ; ilsles poursuivent pour leur contenu. Au contraire, le Collectionneur schématique n'y tient que pour les avoir, en exemplaires de valeur, par l'édition, la reliure cu les deux, et les lit peu ou prou. C’est le bibliomane, et nous en connaissons un ; il se procure toutes les premières éditions qui paraisseni, range chaque livre empaqueté et cacheté dans une armoire et jamais ne l’ouvre.ll semble bien ne pas agir par spéculation ; veut-il lire, par hasard, un ouvrage, bien entendu, il s’en procure un autre exemplaire.
Ce cas nous a paru réaliser un type très pur de collectionnisme. Nous lavons opposé à des formes voisines, mais, en fait, il n’en va pas toujours aussi facilement. Dans la réalité, cette tendance d'esprit ne se présente pas souvent isolée et l’on ne rencontre guère d’amateur qui ne soit à la fois un peu curieux et un peu collectionneur. Quoi quil s’en défende, en général, il se trouve bien porté à apprécier certains objets principalement pour leur valeur, à en rechercher d’autres pour compléter quelque ensemble et uniquement pour les posséder. La limite entre le goût et la recherche de ce qui p'aît, et le collectionnisme dans celte même catégorie nous parait souvent impossible à préciser, dans un même individu.