‹ Essai sur le collectionnismeChapitre 38 sur 54 · RENE · texte numérisé non relu

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les éléments communs à toute une série de manifestations très diverses dans leur forme de réalisation, très variées par leur niveau mental. En effet, si le collectionnisme, tel que nous le considérons se retrouve commeune tendance très générale,iln’existe pas seul chez ceux qui la possèdent. Représentant, avant tout, une activité qui tend à s'exercer, voisine de l’entrain musculaire, chez le sportif, et de l’élan intellectuel de l'érudit ou du savant, il nous apparaît surtout comme fait d’un organisme sain qui a besoin de jouer. La coexistence des caractéristiques essèntielles que nous avons observées lui assignent la forme générale collectionnisme. Mais toutes les autres tendances, héréditaires ou acquises,en détermi- nent la formule, et, surtout conditionnent sa valeur.

Nous sommes amené à admettre qu'il existe dans le collectionnisme des classes très différentes, représéntant des aptitudes particulières, des degrés variés. Le fait est évident. Mais à notre sens, il résulte manifestement de l'observation que ce n’est pas son développement, son extension qui agissent sur l'individu. Ce n’est pas sa présence qui explique un dérangement psychique, pas plus que, par elle seule, elle ne justifie un diagnostic péjoratif.

Si l’on n'est pas fondé à juger, du point de vue psychologique et psychiatrique, tous les collectionueurs en bloc, l’existence de telles différences exige cependant un essai de critique. Nous avons vu, plus haut, dans quels sens principaux elle s’est exercée et s'exerce en général.

L'opinion banale qui fait du collectionnisme un stigmate de déséquilibre mental nous paraît, de l'étude des cas particuliers, bien souvent contraireaux faits. Elle ne représente que la généralisation simpliste de notions parfois exactes. Nous ne chercherons pas, d'autre part, à classer les collectionneurs suivant les cadres d’une sorte dehiérarchie, dont on se réclame parfois ; on semble, grâce à elle, se croire autorisé à opposer la passion illogique pour des babioles au goût éclairé pour des objets d’art ou de science. B'en entendu, chacun s’en réclame et se place dans la seconde catégorie, alors que la première comprend les représentants d’un genre inférieur. En ce sens, on voit la plupart des collectionneurs se défendre de ce titre au sens où nous l’entendons, prétendre à la qualité d’Amateurs et rejeter l'accusation sur les autres. On pourrait dire que chacun est collectionneur, par rapport à son voisin.

À côté de la forme de l'activité collectionnante, le choix de son objet est également soumis à des appréciations sévères au sujet de la dignité intellectuelle. Ici encore l’échelle des valeurs est variable, établie par chaque individu ou par chaque groupement de spécialistes. Néanmoins, on y trouve quelques termes d'estimation communs.

Certains genres sont ordinairement réputés plus sérieux que tels autres. Il apparaît que l’estime où on les tient procède de trois éléments. D'abord on respecte aisément ce qui est peu accessible à la moyenne des espritsipar la rareté de la documenta-

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tion, la nécessité d’instruction technique préalable, la difficulté même de compréhension. Pour beaucoup de gens, l'admiration s'adresse à ce qu’ils comprennent peu ou prou; combien ne sauraient donner d’autres motifs à leur estime pour un traducteur d’hiéroglyphes ou un astronome.

Par une tendance analogue, l'éloignement des faits ou des objets et dela spéculation intellectuelle semblerait par elle seule, conférer une certaine dignité à l’esprit qui en est occupé. N'est-ce pas l’abstraction qui, aux yeux de personnes nombreuses, imprime un cachet de supériorité à toute dissertation métaphysique, sans souci de sa valeur réelle.

Celle-ci, en effet, trouve son appréciation plus exacte, pour une forme psychologique quelconque, dans la mesure de son degré de généralité ; cette dernière, par son caractère compréhensif, permet de relier des cas particuliers en un concept général. Ce travaii de synthèse met en jeu nécessairement les facultés de jugement pour se produire. Grâce à elles peuvent se réaliser les œuvres d'art durables, les progrès scientifiques réels.

Ceite même qualité critique, chez lecollectionneur, détermine finale ment la qualité de son activité. C’est elle qui lui permet de se juger convenablement, d'agir correctement dans ses rapports sociaux.

En résumé, nous pensons que le collectionnisme est avant tout provoqué par les tendances affectives de l'individu. Son orientation se fait principalement en fonction des aptitudes intellectuelles, de leur cul-

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ture, tandis que le jugement et la volonté établissent davantage sa valeur morale et sociale.

Aussi ne peut-on le juger que dans ses rapports avec la personnalité totale de l'individu : son goût de collection vaut autant que lui-même. S'il est vrai que les circonstances matérielles ont leur influence, il ne nous en apparaît pas moins que chacun collectionne comme il est. En conséquence, le collectionnisme, loin de représenter obligatoirement une tare mentale, n’est qu’une forme d'activité, dont seule la forme de réalisation peut, dans certains cas, devenir un symptôme particulier au milieu d'une dysharmonie plus générale. |

A le considérer du point de vue phychiâtrique, on peut donc conclure, avec Chaslin (r), ausujet de la passion de certains collectionneurs : &« poussée à l'extrême, c’est une anomalie qui peut se rencontrer chez les déséquilibrés et n’a pas grande importance. »

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