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CHAPITRE IV

COLLECTIONNISME MONOMANIAQUE COLLECTIONOMANIE

Nous avons vu différents aspects du collection- . nisme ei, dans les formes les plus accentées, son extension passionnelle, la réaction sur les rapports sociaux, la délinquance possible et, souvent au moins, la bizarrerie de ses manifestations. Par là s'explique la sévérité du jugement public à leur égard. Si ces collectionneurs ont.été les «grippés » du xvue siècle, ils sont encore pour beaucoup des «toqués » et leurs habitudes fournissent un répertoire de synonymie avec «la marotte, le dada ou la manie ». Mais encore voudrions-nous examiner si le simple bon sens populaire a, dans ce cas, entièrement raison et s’il n’y a pas lieu de les distinguer d’autres individus, nettement anormaux, encore que non aliénés.

Ce qui frappe, au premier abord, évidemment, c’est l'étrangeté et l’inutilité pratique de leur goût, en opposition avec les sacrifices qu’ils lui consentent. Or ces caractères sont communs à de nombreuses attitudes mentales, et, forcément, toute idée prévalente.entraîne son porteur vers une activité spécialisée. Ceux-là qui ne la partagent pas ne peuvent

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guère comprendre, et partant admettre qu'il lui soit accordé telle importance. De là à juger les premiers des êtres déraisonnables, il n’y a qu'un pas, bien vite franchi.

Mais encore pourrait-on considérer que, chez les collectionneurs, tel que nous les avons vus, l’envahissement passionnel, pour impérieux qu’il soit, ne va pas jusqu’à inhiber : ou pervertir totalement les autres modes d’activité ; l’ensemble des facultés psychiques, à des degrés de développement divers, est encore suffisant pour permettre à l'individu de tenir son rang parmi les hommes.

C’est le mérite de Balzac d'avoir, dans le person: nage du cousin Pons, indiqué la persistance des sentiments affectifs, du jugement, des notions éthiques. Le vieux collectionneur, pour peu adapté qu'il soit à la lutte sociale, n’est pas un dégénéré. C’est un passionné, ce n'est pas un monoinane.

Si parfois, même, quelqu'un d’entre eux se laisse aller à une réaction anti-sociale, ilen connaîtlavaleur, la portée. Tantôt il la prépare soigneusement, pour échapper à ses conséquences, tantôt, entraîné par un paroxysme émotionnel il accomplit presque impulsivement; mais dans ce dernier cas encore, il cherche à en éviter les suites légales, sait ce qu’elle comporte d'illégitime. En tout cas, il n’ignore pas la justesse de la sanction pénale, et c’est à elle, dans ce cas, qu'il doit être soumis. C’est elle qui, associée

à divers degrés avec les notions du devoir, peut prévenir la délinquance.

Par là le co!lectionnisme nous apparaît comme un travers ou une particularité de l'esprit, selon sa forme, mais toujours en conformité avec l’ensemble qui constitue la personnalité. {l ressortit par conséquent à la psychologie dite normale,

Pour cette raison, nous en séparerons de nouveaux types, où la constitution mentale est beaucoup plus déformée. Si les premiers pouvaient être rangés dans la classe des dysharmoniques ou des dégénérés supérieurs, les autres représentent des dégénérés proprement dits. Chez ces derniers, la tendance à le collection, se manifestani avec une prédominance indiscutable, n’en permet pas moins, à l'examen attentif de découvrir à l’arrière-plan tout un complexus de malformations mentales. Sa persistance, la continuité de son action prouvent bien ses rapports avec la constitution du sujet.

Aussi bien croyons-nous pouvoir reprendre un terme psychiâtrique, utilisé pour eux, mais trop largement, par le public et les considérer comme des monomanes. Sans revenir sur la discussion relative à la monomanie, au sens primitif du mot, nous pensons que s’applique bien à eux la conclusion de J.-P. Falret : «Selon nous, rien n'est plus faux et plus contraire à l’observation, dans l’état normal comme dans l’état maladif, que cette fragmentation de l’âme humaine en un certain nombre de forces distinctes, susceptibles d'agir isolément, et, partant, d’être lésées séparément (1). » Ce ne sont pas des psycho-

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