‹ Essai sur le collectionnismeChapitre 41 sur 54 · Tr. Prat. des mal.ment., p · texte numérisé non relu

Tr. Prat. des mal.ment., p

répression ; mais il ne Fe Gas, SL le pouEraile ‘ : ü . TN QUE à lui échapper. Le « fou de la société », au. l'appelle Guislain, « connaît son état ; il nous dit qu’il n’est pas obligé d’avoir les goûts de tout le monde » (1). Cependant il peut avoir recours à des trucs, à des moyens de défense pour en limiter les conséquences fâcheuses. Dans beaucoup de cas, du reste, il ne donne pas matière à une action judiciaire.

A titre d'exemple, nous en présentons une observation ; nous avons pu la recueillir grâce à l’obligeance de notre ami, le D' Borel :

Paul de G..., 63 ans.

Origine : bonne bourgeoisie.

Antécédents : 18 ans. Parti comme trimardeur pour faire son tour de France, après dissentiments familiaux.

Métiers divers. Travail dans une usine.

Ivrognerie habituelle ‘indélicatesses, violence.

Vers 25 ans, venu à Paris. Toujours isolé de sa famille. Pas de métier régulier. A travaillé entre autre dans l’imprimerie.

Vers 30 ans. Fréquentation de personnages bohèmes et de divers poètes. Commence à lire. À cette époque, héritage de sa mère (quelques rentes). A placé depuis lors son mobilier dans un garde-meuble, d'où il ne l’a jamais sorti, et pour lequel il paie une location assez élevée. C’est alors qu'il commence à acheter des livres: d’abord les productions du cercle

littéraire où il évolue, Puis des livres divers. Ensuite des

1. Leçons orales sur les Phrénopathies, t.I, IlI° partie, p. 54.

revues, et après des *- ) ; … journaux. D'abord ceux qui concer-

laurent les gens qu'il connaissait, puis divers autres.

Vers 40 ans, petit emploi administratif. A peu près fixé. Augmentation du collectionnisme. Il achète dès lors chaque jour 12 journaux (dont l'Officiel), le matin, et 5 le soir. Nombreuses revues, surtout illustrées.

Depuis accroissement et spécialisation de la collectiono: manie : surtout des ouvrages modernes, brochés, et tout particulièrement les plaquettes. Achète un peu moins par suite des prix plus élevés, depuis la guerre.

Ouvre et parcourt tous ses journaux, très vite, les garde sur lui toute la journée, et les range soigneusement, en série. Nelit jamais avec attention et réflexion un article déterminé, ne se documente sur aucun sujet, est incapable de soutenir une discussion.

Livres, surtout d'occasion. Recherche les éditions originales, mais sans condition de luxe d'édition, de qualité de papier, de valeur du texte. Les brosse, les époussète, les « souffle », c'est-à-dire, page par page, en chasse la poussière.

Les classe, les range: en lit fort peu.

La quantité de ses livres l’a fait expulser de son précédent domicile par crainte d'éboulement, et il n’a pu se loger que dans un rez-de-chaussée.

Ne vend, ni ne montre, et à plus forte raison ne prête pas. Ne tient pas à ce que l’on vienne chez lui. Suppose avoir 40.000 ouvrages, amoncellement qui déborde tout classement. Ne sait plus ce qu'il possède et pense avoir de multiples exemplaires de plusieurs ouvrages qu'il est incapable de retrouver. Le passage dans son appartement est devenu

presque impossible, obstrué. L'écroulement des livres a un

jour condamné sa porte, l'emipêchant de pénétrer. Quant à la chambre à coucher, son lit est «dans une vallée » entre 2 collines de livres.

Critique du sujet lui-même : « C’est une maladie. » Utilise des moyens de défense car il sait ne pas pouvoir résister au désir : fait des détours pour éviter certains marchands, reuse de recevoir les catalogues de librairies, pour échapper à la tentation qu’il sait irrésistible.

Vit solitaire. Pas d'amis. Indifférence hbéate. Peu expansif. Tendance discrète à la fabulation, mais parle très peu de livres ; ne se cache pas cependant de ses habitudes.

Un peu affaibli, artério-scléreux. Buveur de vin.

Comme on le voit, il s’agit d’un déséquilibré constitutionnel : instable et peu sociable. Les habitudes alcooliques, l’évolution artério-scléreuse en ont fait actuellement un homime dont l’activité, affaiblie, ne s’exerce plus que dans une direction unique. La collectionnomanie n’a pu naître et se développer sous cette forme que grâce à l'existence du terrain approprié.

Nousrapprocherons, de ces cas, maintenant, quelques formes voisines. On pourrait être tenté de les confondre avec ceux où la tendance à l'achat inutile, le besoin de dépense injustifiée sont l'élément anormal le plus apparent. Mais celui-ci se produit sans but, autre que de se’ réaliser. L’'Oniomane (1), achète sans discernement, les objets acquis n’ont pas une individualité propre, une place assignée dans une

Page 1