Soc. médico-psychol., 31 oct
l’occasion de pertes extrémement fétides, le toucher fit découvrir dans le vagin « une boîte ronde en ferblanc contenant : des cheveux roulés en forme de bague, de l'herbe, trois sous, un bout de tuyau de pipe, une bille, un bouton de manchette, une épingle à cheveux recourbée, des perles cousues dans un petit sac, un morceau de cuir, deux ou trois bouts de tôle, de la terre et un petit morceau de savon ». Malgré la surveillante, elle recommença et, au bout de trois mois, on retrouva à la même place, 1 1 objets divers et des chiffons. Plus tard, on retrouva, dans le rectum, un couteau. et deux boites contenant une série d’objets analogues à ceux de la première.
Nous avons cité cette longue liste, parce que l’on peut avoir quelques doutes sur le mobile d’un entassement pareil. La malade le prétendait destiné à la défendre contre des hallucinations désagréables, ses persécuteurs voulant lui regarder entre les jambes. En fait, il était permis de lui supposer le désir de continuer à conserver ces objets, depuis qu'elle savait le contenu de ses poches surveillé.
Le besoin de sécurité et la tendance à amasser qui en résulte, traits accoutumés du vieillard, peuvent se retrouver, amplifiéset déformés, dans la démence sénile. Le sens de la précaution, l'aptitude à l'épargne donnent lieu à la conservation indistincte de tous objets. De tels individus ne veulent se séparer de rien el ne rejettent quoi que ce soit. Ils ne peuvent plus guère acquérir, par défaut d'activité, mais ils gardent tout. C’est ce que l’on pouvait observer chez une
dame âgée, qui antérieurement méticuleuse et poussée au classement, avait atteint un degré de parcimonie extrême. Tout chez elle était minutieusement rangé, étiqueté, en vue d’une utilisation possible ; au moins primitivement. Car elle en était arrivée à ce point que l’on trouva dans ses tiroirs, entre autres, un paquet portant la mention : « Petits bouts de: ficelle ne pouvant servir à rien ».
A côté de cette épargne qui thésaurise en nature, les avares, primitivement accapareurs de numéraire, peuvent aboutir à la même rapacité généralisée. C’est ce que nous voyons pour ce dément sénile signalé par Dupré (1). A vare de longue date, vivant sordidement, il amassait, outre les espèces et les titres, toutes sortes d’objets inutiles, hétéroclites et insignifiants, qu’il entassait dans un coffre-fort.
Dans ces cas, encore, nous ne retrouvons plus les éléments de discrimination entre les objets, d’individualité conservée par chacun d’eux. L’habitude de précaution, par le fait de l’affaiblissement psychique, est devenue un pseudo-collectionnisme par entassement.
Il s’agit. d’une véritable stéréotypie, à laquelle s'applique très justement la critique de Dromard (2) : « cet acte, qui se reproduitaujourd’hui, sans raison el sans but, traduisait naguère des états psychiques, et un examen rétrospectif peut faire découvrir, comine
1. Les Mendiants thésauriseurs. Paris médical, 5 oct. 1912. ». La mimique chez les aliénés.
point de départ d’une manifestation, inexplicable actuellement, un passé idéo affectif qui lui tient lieu d’origine ».
Aux degrés les plus inférieurs de la démence, cette exégèse de la stéréotypie devient manifestement impossible. On ne peut expliquer, sans témérité, pourquoi telle forme d’action s’est fixée dans sa forme et sa persistance. Ainsi, nous trouvons des malades qui bourrent leurs poches de tout ce qu'ils trouvent, indistinctement, pour le garder ou le jeter avec la même insouciance. Ainsi Xlé,(hébéphrénique gàteux, stéréotypé, passif) fourre dans ses poches tous les objets imaginables qu’il rencontre, dès qu’on le laisse levé. Lorsqu'on lui demande pourquoi, il répond : « Je ne sais pas », si on l’interroge sur leur valeur il ne fait aucun effort pour l’apprécier, et admet aussi volontiers que ce sont « des ordures ou du diamant ». Fait plus significatif, lorsqu'on lui parle simplement de les jeter, il le fait avec la même indifférence, dont il fera preuve, quelques minutes après, pour recommencer à ramasser dans la cour.
Ici le geste se rapproche des stéréotypies, en apparence, instinctives, comme le remarque également Dromard : « Chez un certain nombre de malades profondément affaiblis, nous avons pu constater des moments automatiques répétés qui paraissent répondre aux caractères mouvements automatiques de lidiot : le balancement.. et le collectionnisme » (P. 157). Sur le terme seul, nous nous écartons de, cet auteur et considérons que de tels faits constituen
bien plutôt un véritable ramassage stéréotypé.
Ces faits sont fréquents, ont frappé tous les observateurs, et conservent parfaitement leur valeur séméiologique. Ils concernent des aliénés déments, tels que les décrit F. Voisin, à propos de cette forme d’activilé automatique (1).
« Dans les hospices,.… sans faire de choix, et de distinction, sans but, sans utilité, sans intention, sans prévoyance, sans besoin, sans aucun de ces mobiles auxquels les idéologues ont voulu rappocter l’existence de ce sentiment, on les voit s’empa. rer de tout ce qui peut leur tomber sous la main : de la paille, des cailloux, des chiffons, des chandelles des manchettes, des cuillères, des sébilles, des bouchons, des petits morceaux de bois, etc, tout sert indistinctement à satisfaire l'activité de leur faculté innée et sans contre-poids. Voilà les faits positifs invariables. »
Pour la précision des termes, peut-être pourrait les qualifier non pas de collectionneurs, mais d’aliénés ramasseurs où collectionnistes.