‹ Essai sur le collectionnismeChapitre 8 sur 54 · L’Avarice, p · texte numérisé non relu

L’Avarice, p

l'agrément à tirer de leurs qualités propres. Nous avons l'exemple d’un amateur de pierres précieuses qui, au cours de longues années, ne les a sorties de leur cassette que deux ou trois fois, et pour les montrer.

Ce sens de la propriété, joint à l’expérience, explique la difficulté que font la plupart des collectionneurs à prêter. Certains, pour les livres, au moins, préfèrent en offrir un autre exemplaire, plutôt que de se dessaisir du leur. Il est cependant des exceptions, et l’on connaît l’aimable devise que le célèbre bibliophile Grolier inscrivait sur ses reliures : « Jo Grolierii et amicis ». Mais de tels amateurs sont rares.

L'acquisivité, telle que nous venons de la considérer, peut entraîner deux types de réactions affectives, souvent associées ‘chez un même individu. D'un côté, la possession comporte en soi une satisfaction durable. D’autre part, c’est le désir qui détermine le plaisir véritable , sa réalisation, en supprimant l’appétition, détruit la joie. Dans ce cas, le collectionneur tend à chercher une nouvelle conquête : et cela nous fait voir une seconde caractéristique.de son esprit.

b) Activité désintéressée. — L'activité mentale, générale ou spécialisée, nous paraît, en effet, constante dans le collectionnisme. Que celui-cisoit pratiqué par un oisif, comme moyen de distraction, par un homme occupé, comme mode de délassement, ou qu'il soit devenu envahissant, toujours nous la

trouvons en exercice. Le goût de la collection ne nous est pas apparu chez les déprimés, les asthéniques, les abouliques. Au contraire, il est en relation avec la tonicité affective, et surtout intellectuelle. S'il peut être, par le choix des objets, en rapport avec la vie professionnelle de l'individu, son but nous apparait comme indépendant des besoins, de la nécessité.

Le collectionneur agit pour sa satisfaction personnelle, non par intérêt, par précaution ou par ostentation, au moins dans le fond. Son activité ne lui est pas imposée par les faits, par la société, il s’y livre pour son agrément, en somme il s’agit là d’une véritable activité de jeu, qui n’a d’autre but que se manifester.

En outre, cette tendance à la dépense, au sens figuré du mot, n’est pas limitée dans le temps. Ce qui explique qu’une collection n’est jamais achevée, un collectionneur jamais satisfait. [1 faut, sans cesse, renouveler la matière à son besoin d’exercice. Nous avons déjà vu que la possession ne suffisait pas, en général, à assouvir le désir.

Celui-ci ressuscite, par exemple, à propos d’un livre :

Mais, maintenant qu'il l’a, Que lui fait celui-là ?

‘ Ce qu’il lui faut, c’est l’autre (1).

La conscience de cette activité rebondissante est,

du reste, une source de joie pour beaucoup. Ainsi que

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