I". — PECHE DU CORAIL
Son exploitation aux 16e, 17e, 18e et 19e siècles. — Avantages qu'elle pourrait procurera la France. — Demande d'une prime.
Au seizième siècle deux marchands de Marseille , Linche et Didier, s'associèrent^pour la pèche du corail sur les côtes de Barbarie, à l'extrémité du territoire d'Alger. Ils firent bâtir là une es-
pèce de fort pour protéger les corailleurs, et cette compagnie eut dès-lors le nom qu'elle a depuis conservé jusqu'à la révolution^ de compagnie du Bastion de France.
Cette compagnie dut quelque éclat à l'activité de Samson Napollon, qui passa à Alger en 1628. La colonie du bastion de France comptajusqu'à 800 habitans. Après sa mort, en 1633, les affaires devinrent très languissantes.
La compagnie était obligée de payer pour environ 40 mille livres de tributs annuels , savoir; 23 mille à Alger, 9 mille pour l'échelle de Bone, 5 mille aux Maures du pays, et 2,500 au gouverneur de Constantine, de qui Bone dépendait.
La pêche du corail se fesait depuis le commencement d'avril jusqu'à la fin de juillet. Aux approches de la saison, les corailleurs venaient au bastion faire leur marché et recevoir les avances qu'on avait coutume de leur faire et qui étaient d'environ 200 piastres, à condition que ni les maîtres de barques ni leurs compagnons ou matelots ne pourraient vendre le corail de leur pêche qu'aux commis de la compagnie, sous peine de punition corporelle, et[ seulement au prix de 58 sous la livre.
Le produit de la pêche était, année commune, de 200 quintaux (de40kil.8hect.)
Au commencement du dix-huitième siècle , le corail avait déjà beaucoup perdu de son prix; cependant il se vendait encore à Marseille 300 piastres la caisse de 130 livres poids de table.
La compagnie, outre le Bastion, la Galle et le cap Rose, avait encore dans sa concession les ports de Bone et de Collo ; elle y commerçait à l'exclusion de tous négocians français.
Outre le corail, elle envoyait encore à Marseille des grains, des laines, du suif, de la cire, des chevaux et environ 50 mille cuirs.
La pêche du corail employait alors, sur le littoral d'Afrique, 50 bateaux provençaux et corses, de 4 à 5 tonneaux. Elle se fesait aussi sur les côtes de Provence par 15 à 20 bateaux de Cassis.
Lorsque la compagnie d'Afrique eut été supprimée', les Italiens et surtout les Napolitains s'emparèrent de celte pêche lucrative (1). Aujourd'hui encore ils l'exploitent à peu près exclusivement , malgré la supression du droit perçu sur les bateaux français, malgré le maintien de l'ancienne redevance de 200 piastres fortes et de deux rololis de corail sur les bateaux étrangers.
(t) Voir au tome 2 , page 33 i.
On en jugera par l'état suivant , extrait du tableau officiel des établissemens d'Afrique :
Pèche du corail de 1832 à 1836.
2 français.
Montant des redevances.
i:i français. . . j 12 sardes f gg 755 fj.
25 napolitains. ' 23 toscans . . .
2 français..
23 toscans
1834, 131 I 28 sardes \
8 français ...
62 napolitains i 36 toscans ]
8 français . . .
1835, 150 I^ll ^aptltiinV.l IS^'983
43 toscans . . .
10 français;. . .
1836. 245 {^ll ^^'ptluains: ^ 242,222
79 toscans . . .
Il est à regretter que cette pèche soit ainsi abandonnée par la marine française. Ce pourrait-être une pépinière d'excellens matelots. Pleine de fatigues et de périls, elle formerait pour l'état et le commerce des hommes robustes, hardis, endurcis à la navigation. Elle mériterait sous ce rapport les encouragemens accordés à la pêche de la morue et à celle de la baleine. Le nombre des marins qu'elle pourrait ainsi exercer ne s'élèverait pas à moins de deux mille.
M. Barbaroux de MégyJ'un de nos principaux fabricans de corail , dans une notice intéressante qu'il a publiée sur ce sujet , a demandé une prime de 10 fr. par kilogà l'importation du corail brut. Un kilog vaut environ 100 fr. La pêche moyenne d'un bateau monté de 8 à 9 hommes est de 75 kil. Ce serait donc 750 fr. par bateau ou 90 fr. environ par homme.
La France recuillerait d'amples compensations du faible sacrifice que lui imposerait cette prime. M. d'Argout, minisire du commerce, disait avec raison le 21 août 1831 , en présentant un projet de loi sur les primes : « On a généralement regardé-comme » le fruit de l'encourragement accordé aux pêches la facilité avec » laquelle l'expédition d'Alger a été préparée. »
M. Havin, rapporteur, disait aussi pour justifier le système des primes : « C'est une pépinière d'excellens marins où le gouverne- » ment peut trouver moyen de faire promptement un armement » considérable ;il a de suite des matelots expérimentés qui (même » en comptant le prix des primes ) lui coûtent beaucoup moins que » ceux qu'il fait instruire sur les batimens de l'état. »
Ces motifs doivent conseiller l'adoption d'une prime en faveur de la pêche du corail. Elle aurait aussi pour résultat de soutenir et de développer une fabrication intéressante dont nous allons parler.