‹ Essai sur le commerce de Marseille, ouvrage couronné en 1833 par la Commission chargée de décerner le prix fondé par le baron Félix de Beaujour. 2. éd., augm. et continuée jusqu'en 1841Chapitre 130 sur 181 · Tome IIÏ · texte numérisé non relu

Tome IIÏ

L'école est formée en autant de sections qu'il y a de quartiersmaîtres. Chaque section est divisée en brigades ayant à leur tête ceux des élèves qui se sont distingués par leur instruction et leur bonne conduite.

Le poste de couchage de l'école est éclairé toute la nuit et parcouru par des rondes de quartiers-maîtres chargés d'y maintenir l'ordre , la décence et le silence.

On a établi trois catégories dans l'admission des élèves , savoir :

i° Ceux que leurs parens ou tuteurs peuvent habiller et nourrir ;

2° Ceux auxquels leurs parens ou tuteurs ne peuvent fournir qu'une partie de l'habillement et de la nourriture ; 30 Ceux qui sont habillés et nourris entièrement aux frais de l'école.

Les conditions de l'admission sont d'être français , âgé de onze ans au moins , de quatorze au plus , d'avoir été vacciné , et d'être d'une bonne constitution.

Ils ne sont admis dans l'école que de leur plein gré , et sur le consentement de leur parents ou tuteurs , lesquels contractent par écrit l'engagement de ne point retirer les enfans avant l'âge de dix-huit ans accomplis , s'obligeant , à défaut , à rembourser à l'administration de l'école le montant des frais de toute nature que l'entretien et l'instruction desdits enfants auraient occasionnés.

L'habillement des élèves est uniforme.

Lorsqu'un élève a une instruction suffisante, il est embarqué sur un navire de l'état ou du commerce. Sa place dans l'école est immédiatement donnée à un autre.

Son salaire, évalué à 15 fr. par mois sur les bâlimens de l'étal et 20 fr. sur ceux du commerce, est réparti comme suit :

Un tiers pour l'entretien de l'élève à bord du navire où il est embarqué ;

Un tiers à inscrire en son nom à la Caisse d'épargne ;

Un tiers pour l'école.

Les élèves peuvent être envoyés en corvée sous la conduite de leurs quartiers-maîtres , soit dans les chantiers de construction , soit à bord des navires de commerce, pour aider aux chargemens et déchargemens , ainsi qu'aux travaux de gréement. Le produit de ces corvées est entièrement employé à l'entretien de l'école, à moins que la commission administrative ne juge convenable d'en distraire une portion pour la distribuer aux élèves à titre d'encouragement.

L'école qui, à sa naissance, fut organisée avec autant de zèle que

de désintéressement par M. Catelin , officier de marine , csi mainienant commandée par M. Toulon, capitaine de vaisseau en retraite , dont l'expérience et l'aptitude ont parCaiiement secondé les intentions de la Chambre en fesanl régner dans l'écoie un ordre et une discipline remarquables.

Le commandement en second est confié à un lieutenant , M. Roman , qui s'est voué exclusivement à la direction intérieure et en surveille les détails avec un soin constant et dévoué.

Quatre quartiers-maîtres enseignent les manœuvres.

La haute surveillance et l'administration sont exercées par une commission composée :

De M. le Préfet des Bouches-du-Rhône, président d'honneur;

Du président de la Chambre de Commerce , président titulaire;

D'un membre de cette Chambre, vice-président ;

D'un membre du Conseil général du département ;

D'un conseiller municipal de Marseille ;

D'un membre de l'Intendance Sanitaire ;

Du commissaire général chef du service de la marine ;

Du capitaine du port ;

D'un secrétaire.

L'admission des élèves ou leur exclusion ne peut être prononcée que par cette commission administrative.

A la lin de décembre 1842, l'effectif de l'école était de 137 élèves : 69 présens , 58 en cours de voyage , 6 à la division de Toulon , 4 en étal de désertion.

Parmi ceux qui étaient embarqués , 27 naviguaient au long cours ; 9 dans la Méditerranée ; 18 au cabotage , 4 sur les paquebots-poste à vapeur.

Plusieurs élèves sont déjà à leur troisième voyage. Les capitaines marchands, qui trouvent dans ces sujets des conditions d'aptitude et de moralité, en sont en général fort satisfaits , et les demandes ne cessent de s'accroître.

Pour compléter l'instruction nautique de ces jeunes marins, il serait convenable d'armer un bâtiment léger, destiné à les exercer en pleine mer aux manœuvres d'une véritable navigation , à les amarinery à leur faire acquérir lu pied marin ; après cela , quand on les embarquerait sur de grands bâûmens , ils pourraient y servir plus utilement.

En l'état, celte institution, nous le répétons, rend de grands services. Il est d'une hnule importance pour l'avenir commer.iat et poli-

^ 404 — tique de la France de travailler à former une population navale nombreuse et exercée . Nous fesons des vœux pour que des écoles de mousses soient établies dans tous les ports de mer. Si les élèves manquaient, on pourrait mettre à la disposition du Ministre de la marine tous les sujets valides et capables qui se trouvent dans les hospices d'enfans trouvés. Ainsi , ces enfans, qui sont aujourd'hui une charge pour l'état, lui deviendraient une ressource précieuse et féconde.

Les services rendus par l'école des mousses de Marseille ont un caractère d'utilité si haute et si générale, que le gouvernement devrait contribuer aux dépenses de son entrelien dans une proportion au moins égale à celle de la Chambre de Commerce.

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