‹ Essai sur le commerce de Marseille, ouvrage couronné en 1833 par la Commission chargée de décerner le prix fondé par le baron Félix de Beaujour. 2. éd., augm. et continuée jusqu'en 1841Chapitre 15 sur 181 · VIL — RÉSUMÉ DU COMMERCE DES COLONIES · texte numérisé non relu

VIL — RÉSUMÉ DU COMMERCE DES COLONIES

Commerce et navigation de Marseille avec les colonies d'Amérique , en 1755. — En 1775.— De 1783 à 1792. — Sous l'Empire.— De 182a à 1840. — Nécessité de mettre un terme à leur détresse. — Moyens.

Les documens les plus anciens que j'aie pu trouver dans les archives de l'Hôtel-de-Ville sur le commerce de Marseille avec jes colonies remontent à l'année 1755.

Voici un état des importations et des exportations effectuées pendant cette année, par les navires employés au commerce entre Marseille et les colonies d'Amérique. Saint-Domingue est compris dans ces tableaux. Le Sénégal et l'île Bourbon ne le sont pas.

(1) lia été reconnu parles défenseurs du monopole que si le prix de vente des guinées s'élevait au-dessus de 30 kilogrammes de gomme , ce commerce passerait aux Anglais*

Etat des marchandises chargées à Marseille pendant Vannée 1755, sur les navires expédiés pour les îles françaises de l'Amérique, suivant les manifestes remis par les capitaines avant leur départ , et les acquits à caution délivrés au bureau du domaine d'occident.

Vin., 29,700 millér.

Eau-de-vie 360,000 livres.

Huile 465,<'00 »

Fromages 240,000 »

Amandes 210,000 »

Toiles 87,000 «

Soieries 54,000 »

Merceries . . . • 80,000 »

Bijouteries 600 »

Quincailleries 60,000 »)

Raisins secs 40.000 »

Légumes 210,000 «

Farine 400,000 »

Chandelles 400,000 »

Savon 800,000 »

Plomb ouvré , . . . . 14,000 »

Plomb en grenaille 71,000 o

Faïence 105,000 »

Chairs salées 360,000 »

Ouvragess de mode . . . ; . 4,000 »

Poissons salés 240,000 »

Cercles 7,000 paqueis.

Bougies 60,000 »

Chapeaux . . . • 3,600 doiizaioes.

Papier • 7,000 rames.

Confitures 14,000 livres.

Fruits à l'eau-de-vie 30,000 »

Câpres j anchoix, olives. 120,000 »

Cuivre ouvré 13,000 »

Souliers 12,000 paires.

Liqueurs • . 280,000 livres.

Briques 1,400 milliers.

Pierres de taille 1,200,900 »

Livres 95,000 »

Provisions 180,000 »

Etal des marchandises venues à Marseille pendant la même année sur les navires expédiés des îles françaises de V Amérique , suivant les manifestes remis par les capitaines et la vérification faite au bureau du domaine d'Occident.

Bois de Campêche 437^005 livres .

» de Gayac 54,720 «

» de Brésil 33,985 »

» d'acajou 14,000 »

» de Sainte-Marthe ... . 83,160 »

Cacao • . . 734,324 »

Café • 2,482,978 »

Canéfice 163,211 »

Caret ou écaille 335 »

Confitures • 4,314 »

Contra-hierva 400 »

Cuirs en poil 173,236 pièces.

Cuirs tannés 92,247 »

Cuivre vieux 9,517 livrés.

Gingembre • 182,648 »

Gomme • . . 978 »

Jalap • 2,630 »

Indigo 189,225 »

Garbeau d'indigo 9,450 »

Liqueurs 650 bouteilles.

Rocou 121,368 livres.

Salsepareille 137 »

Simarouba 410 »

Sucre terré 20,613,235 »

» brut 2,436,171 »

» de tête 2,354,850 »

Tabac 135,550 »

Vanille 18 »*

Outre ces denrées coloniales, Marseille en recevait aussi des entrepôts d'Europe.

Voici, par exemple, les quantités de cacao importées de l'étranger dans son port pendant la même année :

De la Hollande 180,918 livres

De l'Italie .* 46,557 »

De l'Espagne 6,324 »

233,799 livres.

Ce qui joint aux 734,324 livres

importées des colonies orme un total de 968,123 livres

Cette quantité fut répartie pour les besoins du commerce ainsi qu'il suit :

Expédié en Italie 194,670 livres.

» en Espagne 424,604 »

» en Levant 174.092 »

» en Hollande 104 »

D en Angleterre 340 »

» dans le Nord 604 »

Entré dans le royaume , passé en

transit ou consommé à Marseille . . . 1 73,709 »

968,123 livres.

En 1775 , sur 562 navires expédiés de nos colonies d'Amérique en France, Marseille en reçut 71 , Bordeaux 220 , Nantes 112, le Havre 96. Ils importèrent pour 126,378,000 francs (i ) de productions, dont Marseille reçut 14,500,000 francs (2). Une valeur de 73,426,000 francs fut réexportée ; la France ne consomma donc que pour 53 millions de denrées coloniales.

De 1786 à 1788 , les expéditions de Fiîince pour les Colonies employaient environ 600 navires. La valeur de ces expéditions était, année moyenne, de 98,000,000 fr. , dont 52,000,000 en objets fabriqués , 20,000,000 en comestibles, 10,000,000 en vin et eaux-de-vie, 8,000,000 en bois merrain , ieuillard , métaux , etc., 8,000,000 en objets de moindre importance.

Les retours étaient de 190,000,000 fr. , savoir ; 138,000,000 en sucre et café , 26,500,000 en colon , 12,000,000 en indigo et rocou, 10,100,000 en cacao, gingembre, etc., 3,400,000 en objets de moindre importance-, sur ces 190 millions importés 140 étaient destinés à la réexportation.

(1) Saint-Domingue y est compris pour 61,859,381 fr.

(2) Saint-Domingue y flgure pour 7,275,824 fr.

L'importance de ces retours relativement à la valeur des expéditions , donne une haute idée des bénéfices que l'on réalisait sur celles-ci.

De 1783 à 1792 , la valeur moyenne des exportations de Marseille pour les colonies fut 16^400,000 fr. ; celles des retours , de 20,600,000 fr.

Le nombre des navires venus des Colonies à Marseille fut , en 1792 , de 92 ; celui des navires sortis pour cette destination, de 88 , jaugeant 35,200 tonnaux.

Le bulletin des douanes évalue à 350 millions les importations des colonies en France pendant l'année 1792. J'ai déjà fait connaître, tome 11, page 505, les motifs qui doivent faire considérer ces évaluations comme exagérées. Sur celte somme il y eut une réexportation à l'étranger de 293,084,000 fr., composée des articles suivans ; cacao , 609,466 livres marc. -— Café, 58,803,275. — Coton , 2,054,700. —Gingembre, 9,772. — Indigo, 724,182. — Rocou, 191,574. — Sirop Mélasse , 6,049,003. — Sucre brut , 30,058,156.— Sucre blanc et terré , 36,918,135. — Sucre raffiné, 1,631,003.— Sucre tête, 1,465,030.

Pendant les guerres de l'empire, les denrées coloniales devinrent d'une rareté et d'une cherté extrêmes. On en jugera par l'état suivant :

Ventes en denrées coloniales faites à Marseille du n au 2^ novembre 1810.

1 caisse sucre Havane blanc 305 fr. le quintal^ Table (1)

10 qx » raffiné de Bordeaux . 425 »

15 qx. » de Marseille 435 «

12 qx. café Saint-Domingue ord.. 350 »

6 qx, » Guadeloupe l . 380 »

4 couffes » Bourbon 390 i>

Le prix des cacaos était coté de 450 à 475 fr. le quintal. Celui des poivres de 375 à 390.

L'approvisionnement de notre marché, à cette époque, consistait en 2,340 qx. (table) sucre terré ou raffiné à la consommation -, en 560 qx. sucre brut à l'entrepôt; 2,300 qx. café à l'entrepôt et à la consommation ; 1,360 qx. poivre; 700 qx. cacao.

Cet approvisionnement déjà si faible diminua dans les années suivantes : En 1813 les prix furent constatés ainsi qu'il suit par les courtiers impériaux :

(i) De 40 kilog. 8 hect.

Sucre brut 540 à 578 fr. les 100 kil .

» Havane blanc 880 à 1000 » »

» » blond et roux. 680 à 725 » »

» Brésil blanc 750 à 800 » »

Café diverses qualités 950 à 980 » »

Poivre 900 à 930 )> »

Cacao 1000 à 1050 -t) »

Depuis 1825 , la valeur des importations et des exportations entre la France et ses Colonies est ainsi qu'il suit :

Importations Exportations

en France. de France.

1825 45,603,735 fr. 48,403,080 i'r.

iS2S 62,612,322 » 53,396,806 »

Importations Exportations

à Marseille de Marseille.

1826 10>793,751 fr. . 10,331,914 fr.

Si , sur les importations et les exportations des années qui précédèrent la révolution de 1789 , on déduit à peu près la moitié

(1) Voici la part de chaque colonie dans les chiffres de 1839 :

Importations. Exportations,

à Marseille. de Marseille.

Martinique 6,902,051 4,151,652

Guadeloupe 8,438,579 2,506,887

Bourbon 4,848,185 2,001,576

Cayenne 527,941 602,831

Sénégal 2,731,039 2,212,119

pourSt.-Doniingue, la Dominique^ la Désirade , la Marguerite, la Trinité , St. -Vincent , Tabago , Sainte-Lucie , etc. , que nous possédions et que nous ne possédons plus , on aura encore pour celte époque des chiffres p!us élevés que les chiffres actuels.

Mais il convient de remarquer que le prix du sucre et de la plupart des denrées coloniales étant plus élevé alors qu'aujourd'hui, la valeur des importations et des exportations se trouvait plus considérable , sans que le commerce fût plus actif.

En effet , si , au lieu de comparer les valeurs , on compare les quantités , l'avantage reste à l'époque actuelle. En voici la preuve pour l'article principal : les chiffres suivans montrent combien la production du sucre s'est accrue dans les colonies qui nous restent, puisqu'elle égale celle de toutes les possessions réunies de l'ancienne France.

Quantités de sucres importés des Colonies françaises,

en France. à Marseille.

1775 83,226,917 kil. (!) 9,792,496 kil. (2)

L'Angleterre reçoit annuellement de ses colonies 240,000,000 kil.de sucre.

J'ai dit qu'avant 1789 le nombi'e des navires expédiés pour les Colonies s'élevait , chaque année , à environ 600 , dont le sixième appartenait au port de Marseille.

Voici les chiffres actuels , si l'on déduit de ceux qui précèdent les navires expédiés à Saint-Domingue ; on en conclura que la navigation entre la France et ses Colonies est plus active aujourd'hui qu'autrefois , surtout à Marseille :

(1) Dont 61,583,685 kil. de Sainl-Domingue.

(2) Dont 5,020, 3U kil. de Saint-Domingue.

Navires chargés arrivés des Colonies françaises.

ENTRÉES EN FRANCE

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