DENRÉES COLONIALES
Sucre brut autre que blanc
Sucre brut blanc
'Sucre terré toute nuance.
'-Mélasse
iCacao, fèves et pellicules.
Café ;••••
Canellesans distinction. .
Cassia lignéa
'clous de girofle
Griffes de girofle
Poivre >
Piment.
Quantités
sur
lesquelles
portent
les droits.
De Bourbon,
De la
Guiane
française.
De la Martinique
et Guadeloupe
100 kil.
1 kil.
100 ki
fr. c.
fr. c.
fr. c.
Les sucres bruts autres que blancs importés des colonies étrangères par navires français , paient 65 fr. les 100 kil. Les cafés
95 fr.
Cette surtaxe nuit aux progrès de notre commerce avec ^étranger.
Une modification à ce système est depuis long-temps reconnue nécessaire.
Les témoins entendus dans l'enquête commerciale de 1829 , au nom des ports de mer, furent unanimes dans leurs dépositions en ce qui touche la possibilité d'augmenter le placement des marchandises françaises dans les pays étrangers , si la modification de notre régime colonial permettait d'aller chercher nos approvisionnement ailleurs que dans nos colonies (2) .
La chose est évidente. L'achat amène la vente. Plus nous achèterons de denrées en Amérique et dans l'Inde , plus nous y vendrons de produits français.
On se plaint du peu de progrès de notre commerce avec l'Amérique. Mais comment nouer des relations de quelque importance avec des pays dont nous repoussons les produits ? Quand nos navires ont déchargé leurs importations dans un Etat de l'Amérique
(1) Il ne vient pas de sucre terré de Bourbon.
(2) Rapport de M. d'Argout , page 37.
— te —
méridionale , ils ne trouvent souvent rien à recevoir en échange , et sont obligés d'aller aux colonies charger des denrées qu'on veuille bien recevoir en France. La présence de tant de navires dans nos colonies , avilit le fret et ruine la navigation.
La véritable cause de la langueur de notre marine est là. il n'est qu'un moyen de lui rendre la vie , c'est la liberté. La liberté a élevé la marine marchande des Etats-Unis à ce haut point de puissance et de prospérité qui fait l'admiration du monde.
Les colons du Brésil et de Cuba, opèrent fréquemment des chargemens de sucre pour leur propre compte , atin d'en trouver le débouché en Europe. Ils chargeraient nos navires de ces transports , si nous admettions leurs produits à des droits plus modérés Il en résulterait pour eux une presque obligation de prendre en retour des produits de noire sol et de nos manufactures ( 1 ).
Enfin , dit un négociant du Havre , au sein de la commission d'enquête , la suppression du monopole , en étendant nos relations à l'étranger , ne nous ferait pas même perdre l'approvisionnement de nos colonies , ou du moins nous en conserverions une bonne partie. 11 arriverait pour nos colonies ce qui est arrivé pour Saint- Domingue. L'Angleterre a vainement essayé d'y introduire ses marchandises , les habitans d'Haïti ont continué à préférer les nôtres ( 2 ). Et dans tous les cas , quel immense débouché le Brésil , qui a le goût et qui aime l'emploi de nos provenances, n'offriraitil pas à nos produits? Des meubles en acajou , des articles de luxe, des vêtemens pour les nègres et les habitans des campagnes , des draps légers ; des satins , des rubans , des batistes , des dentelles , des bijoux vrais et faux ; des articles de sellerie ; des fusils , des sabres ; tout ce qui est objet d'ameublement ; des eaux-de-vie , des vins, surtout de Bourgogne et de Champagne mousseux ; des huiles d'olive : tels sont les placemens dont nous pourrions augmenter l'importance , et qui nous dédommageraient amplement de la réduction fort éventuelle de nos exportations aux colonies (3).
Tout se réunit donc pour conseiller une modification large et libérale de notre régime colonial. Et quels avantages n'en recueillerait pas Marseille , si heureusement placée pour utiliser par ses nombreuses raffineries et par ses rapports si intimes avec l'Italie,
(1) Enquête de 1829 , page 59.
(2) Enquête , page 82.
(3) Rapport de M. d'ArgouU
la Grèce et les échelles du Levant , les sucres , les indigos, les épiceries et les drogueries dont se composeraient ses retours de l'Inde ?
Je suis loin de penser qu'il faille renoncer à la possession de nos colonies. Sans doute , elles ne sont pas , comme on l'a dit , indispensables à notre commerce et à notre marine. Les Etais- Unis n'ont point de colonies , leur pavillon n'en est pas moins respecté, leur marine moins florissante. Cependant nos colonies ne laissent pas d'avoir quelque importance pour nous ; leur navigation forme un grand nombre de marins , ressource précieuse pour l'état ( 1 ) ^ c'est un débouché assuré à nos produits qui n'y ont à redouter aucune concurrence ; lieux de refuge et d'entrepôt pour la marine marchande , station pour la marine royale , elles protègent notre commerce avec les Amériques ; elles sont un moyen de puissance. Des intérêts de tout genre s'attachent à leur conservation.
Mais leur conservation et même leur prospérité peuvent se concilier avec la liberté qu'elles ont elles-mêmes demandée , et que nous devrions leur concéder s'il en devait résulter un grand et sûr accroissement de notre commerce avec des contrées incomparablement plus vastes , plus riches et plus peuplées , offrant en conséquence de bien plus larges débouchés à nos produits.
Les devoirs de la métropole , a dit M. d'Argout dans son rapport sur l'enquête , se bornent à garantir la sûreté des personnes et des propriétés ; elle ne doit assurer de bénéfice à aucune classe de producteurs.
On commence à comprendre qu'il n'est pas nécessaire d'être maître d'un pays pour y établir des relations avantageuses. Quand après la guerre d'Amérique le gouvernement Anglais se vit forcé de signer la paix avec sa colonie émancipée , il y eut dans les ports de l'Angleterre une émotion générale. La ville de Bristol adressa une pétition au Parlement pour le supplier de refuser sa sanction
('.') L'inscription maritime est de 110,000 hommes. En déduisant les invalides, etc., on réduit ce chiffre à 56,000 hommes effectifs répartis ainsi qu'il suit: La marine royale absorbe 19,000 hommes, les diverses navigations de la mer du Nord , des Indes , des côtes d'Afrique et de la Méditerranée , en absorbent 17,000; la pêche de la morue en a 12,000; celle de la baleine 2'000 ; et les colonies 0,000; mais il est juste d'ajouter qne le tiers du proiuit des pèches étant consommé par les colonies , il faut imputer i,000 hommes au chiffre des matelots qu'elles occupent.