Tome III. H
— 2io;—
Bruts blancs ou terrés par navires étrangers , De toutes provenances 105 fr .
Ce sont des surtaxes de 20 fr au-dessus des sucres coloniaux. L'art. 4 de la loi permit de modifier ces surtaxes et le classement des qualités inférieures dites moscovades , par des ordonnances royales. ,
L'article relatif aux raffineries est ainsi conçu :
« Les droits payés à l'importation des sucres bruts seront restitués à l'exportation des sucres raffinés dans les proportions suivantes : lorsqu'on justifiera par des quittances n'ayant pas plus de quatre mois de date que les dits droits ont été acquittés par des sucres importés en droiture par navires français, des pays hors d'Europe;
» Sucre mélis entièrement épuré ou blanchi. — Sucre candi sec et transparent. — 72 kil.;
» Sucre lump, sucre tapé de nuance blanche. — 75 kil.;
» Le droit payé ( décime compris ) pour 100 kil. de sucre brui , selon la provenance. »
La loi de 1840 a été sans effet sur le sucre indigène , elle ne l'a pas empêché de se développer ; les colonies et le commerce maritime sont toujours dans l'état déplorable au quel celte loi devait porter remède.
Le sucre de betterave est vivace , il résistera à toutes les taxes et ne succombera que sous une interdiction absolue.
En 1837, le nombre des fabriques en activité était de 532 ; en 1838, sous l'empire du tarif, ce nombre monta à 575.
En 1840 , il n'y en avait plus que 389 ; en 1841 , 366 ; en 1842, 400 (1) !
La production suit une marche ascendante : elle a été de 22,749,000 kil. , en 1839-40; de 26,940,000 kil., en 1840-41 ; de 31,235,000 kil., en 1841-42(2).
Ce ne sont là que les chiff'resolficiellement constatés par le paiement du droit. On évalue les quantités livrées en fraude à la consommation, à un quart ou un cinquième de la production officielle.
Les produits coloniaux se trouvent dans une situation pire qu'à l'époque du dégrèvement. En 1840, le sucre brut était vendu dans
(1) 160 dans le dcparlemcnt du Nord, 82 dans le Pas-de-Calais, 38 dans la Somme , 38 dans l'Aisne; le reste réparti entre 38 déparlemens. (2) Le départamenl du Nord y figure pour la moitié, 15,334,000 kil.
les ports de mers au prix de 66 à 67 fr. les 50 kil. En 1839 , lorsque M. Cunin-Gridaine dégreva, par ordonnance, le sucre colonial , les prix étaient descendus à 57 fr. Après la récolte du sucre indigène, en 1841 , ils tombèrent à 55 fr., puis en octobre 1841 , à 52 fr., 12 fr. par 50 kil. au-dessous du prix reconnu nécessaireaux colons (1).
Quelle est la cause de cette baisse extraordinaire après une aggravation d'impôt?
C'est l'excédant de la production sur la consommation.
Il n'y a qu'un remède au mal qui menace de ruiner tant d'intérêts considérables : c'est la suppression des fabriques indigènes. En vain invoquerait-on l'intérêt de l'agriculture : on a déjà prouvé combien l'agriculture était intéressée à la prospérité du commerce maritime qui iui procure d'immenses débouchés ; on a démontré que l'agriculture n'avait retiré de la betterave aucun des avantages qu'elle avait promis (2). If suffit, au reste , de jeter un regard sur les chiffres suivans pour voir de quelle faible importance est la culture de la betterave dans l'ensemble des cultures indigènes :
Les céréales occupent en France.. 13,000,000 d'hectares.
La vigne 1 ,900,000 »
Le chanvre et le lin 209,000 »
Le colza.. 231,000 »
(i) II faut aux Colons pour être indemnisés. . 48 fr. par 100 kil.
Frais de transport des Colonies à la Métropole ,
commission , etc • 31 »
Droits 49 fr. 50 c. »
128 fr.SOc. »
Le sucre indigène revient en moyenne à 70 fr. les 100 kilogrammes ;^le transport jusqu'à Paris et les autres frais élèvent ce prix à 98 fr. 50 c. Le droit est de 27 fr . 50 c . Total : 1 26 fr . Il y a donc perte pour tous , à moins que la fraude ne vienne au secours de l'industrie métropolitaine.
(2) On lit dans une pétition adressée à la Chambre des Députés par des agriculteurs du Nordj: « L'industrie du sucre indigène est fatale à l'agriculture , car elle enlève aux céréales une immense quantité de terrains qui lui seraient bien nécessaires dans les années peu fertiles. Elle devait varier lesassolemens ; le contraire a eu lieu : il y a des terrains plantés en betteraves depuis dix années consécutives ; elle devait augmenter la masse des engrais et les rendre meilleur marché ; le prix s'en est élevé de 5 à 20 fr. la charretée. Elle devait favoriser l'élève des bestiaux en France, et l'importation des bœufs étrangers par la frontière du INord a doublé , celle des moutons a triplé. » -
Le mûrier.. 40,000 »
La garance • 14,000 »
La betterave 20,000 »
Si le sucre indigène parvenait un jour à satisfaire à tous les besoins de la consommation intérieure , il occuperait à peine 60,000 hectares des terres les plus fécondes de l'Artois, de la Flandre et de la Picardie.
Faut-il pour satisfaire les départemens les plus riches, grever le trésor , ruiner les départemens les plus pauvres qui récoltent le vin, renoncer à l'emploi annuel de 900 navires, de 12,000 matelots, à l'exportation de 60 millions de nos produits agricoles et manufacturés ; écarter pour toujours de nos échanges le sucre exotique , devenu à peu près le seul élément utile de nos transactions lointaines? Est-il prudent^de détruire la pépinière de notre marine? Ceux qui veulent la prospérité et la puissance de la France doivent vouloir l'abolition du sucre indigène.
Sans doute , l'égalité des charges entre les deux sucres , serait plus conforme aux principes ; la suppression avec indemnité crée un mauvais précédent , elle a une apparence de dureté et de destruction de richesses qui répugne à beaucoup de personnes. Mais si c'est le seul moyen de sauver notre commerce maritime , il faut l'employer. Nous croyons que l'égalité des charges n'atteindrait pas le but, à moins d'une réduction très large des droits d'entrée. L'industrie indigène soutenue par d'immenses capitaux, par les progrès de la science , et, on peut le dire , aussi par la fraude , résisterait à l'élévation des droits, elle envahirait le marché national, et enlèverait à notre marine le peu d'aliment qu'elle trouve encore dans le transport du sucre colonial. Qu'on interdise la fabrication du sucre indigène , qu'on abaisse encore la surtaxe des sucres étrangers , à l'instant même , un immense moyen d'échange est créé pour notre commerce et il en résulte par la création de larges débouchés oflerts à nos industries agricole et manufacturière , un admirable développement de toutes les branches do la prospérité publique.
S ni. — RAFFixSERlE DU SUCUE A 3IAIISEILLE.
Première raffinerie à Marseille — Établissement de six autres fabriques. — Heureux effets de la concurrence. — Entrée et sortie des sucres fde diverses qualités, produildes raffineries de Marseille et leurs bénéfices en 1755. — Transit et prime. — Situation sous l'Empire. — Sous la Restauration. — Etablissemens en .ictivité en 1830. — En 1838. —En 1842. — Sucres bruts importés de 182G à 1841. — Employés dans la raffinerie en 1.828 , 1829 , et de 1839 à à 1841. — Produits actuels. — Sucres raffinés exportés de Marseille et de la France, de 1826 à 1841 . — Réflexions sur la surtaxe des sucrf s étrangers. — Sur le rendement exigé pour le remboursement des droits. — Diminution des des droits d'entrée.
La première raffinerie fut établie à Marseille vers l'année 1670.
C'était la seule raffinerie de France qui expédiât ses produits à l'étranger ; elle en exportait environ 150 milliers par un.
Marseille , étant isolée du royaume par la franchise de son port , ne pouvait introduire en France les produits de ses fabriques.
Cependant le sieur Gaspard Maurellet, propriétaire de celte raffinerie , obtint en 1674 la faculté de faire entrer chaque année dans le royaume la quantité de|50 milliersde sucre raffiné, en payant les mêmes droits qui se levaient alors aux autres entrées du royaume.
En 1691, cette permission fut étendue à 130 milliers.
En 1700, elle fut réduite de nouveau à 100 milliers, à conditiou de payer 7 livres par chaque cent pesant de sucre raffiné et à charge de justifier que ce sucre provenait des moscovades des îles française d'Amérique-
Dans l'arrêt du conseil d'état qui prononce cette décision , il est dit qu'il fallait 2^3 livres de sucre brut pour faire un quintal de sucre raffiné.
Les lettres patentes de 1719 en appelant Marseille au partage du commerce de l'Amérique , augmentèrent considérablement les importations des sucres bruts dans cette ville. La raffinerie privilégiée qui y était établie n'en employait qu'une partie. Elle avait le monopole des importations en France par Marseille du sucre raffiné. Toute autre raffinerie n'aurait pu introduire ses produits dans leiroyaume sans payer 22 livr. 10 s. du cent pesant comme sucre étranger. C'était une prohibition formelle.
Malgré un aussi énorme désavantage, quelques particuliers voyant les immenses quantités de sucres bruis qu'on était forcé d'exporter
pour l'Italie et la Hollande, sur jlesquels on perdait les bénéfices qu'aurait procurés le raffinage , témoins des profits considérables que donnait cette fabrication, résolurent d'élever denonvelles raffineries soit pour la consommation de lavilie^ soit pour l'exportation dans les échelles du Levant et dans l'Italie. Ces fabriques réussirent. Marseille y gagna , elle eut du sucre raffiné en plus grande quantité et à meilleur marché. La concurrence ne tarda pas à imprimer de nouveaux et nombreux perfectionnemens à cette industrie que le monopole laissait stationnaire.
Six raffineries nouvelles s'étaient élevées. Cependant ce qu'il était facile de prévoir arriva, la prohibition favorisa la contrebande. Les fabricans demandant la destruction du priviléL;e , prouvèrent par les tableaux des droits d'entrée et de sortie , et par l'état de la consommation locale, que la majeure partie des sucres raffinés à Marseille était introduite dans le royaume en fn'iide des droits.
En conséquence, le conseil d'état par une décision du 7 septembre 1740 abolit le privilège créé en faveur du sieur Maurellet, et déclara que les raffineries de Marseille , quel qu'en fût le nombre , pourraient introduire leurs produits en France en payant le simple droit de 7 liv. par quintal poids de marc.
Cette mesure eut les résultats les plus heureux pour Marseille.
Le nombre des raffineurs s'éleva rapidement à 14. En voici les noms:
Bègue, V« Bon et fils. Bressan et fils. Comte, Feraud, Fremendili, Garric père et fils, Giraud, Jouve et Sibon, Michel, Pons et compagnie, Beinier, Rougier, Saugey.
Les sucres terrés ne jouissaient pas de la faveur accordée aux sucres raffinés pour leur introduction dans le royaume.
Voici le tableau des entrées et sorties de sucre de diverses qualités à Marseille pendant l'année 1755 :
Sucre terre.
Entré à Marseille 22,968,085 livres
Sorti du port 16,180,908 »
Passé en transit à travers le royaume 350.000 »
Consommation dans la ville par évaluation.. 750,000 » Employé aux raffineries pour mêler aux sucres bruts, par évaluation 2,000,000 »
19,780,908 livres
Report 19.780,908 liv,
H dut par conséquent entrer duns le royaume par Marseille , pendant cette année , soit en payant le droit de 8 livres ordonné par lettres patentes de 1719, soit en fraude 3,187,177 »
Voici de quelle manière se trouvèrent réparties les exportations de Marseille en sucre terré :
Pour l'Italie 9,753,811
Pour l'Espagne. . ..... 2,955,878
Pour le Portugal 44,163
Pour le Levant 2,677,345
Pour la Hollande 630,921
Pour l'Angleterre 1 2,795
Pour le Nord 105,995
16,180,908 liv.
Par l'Angleterre il faut entendre Gibraltar et Mahon , et par le Nord , le Daneraarck, la Suède, la Norwège, la Russie et les villes Anséatiques.
Sucre brut.
Entrée 2,436,171 liv.
Exportations pour les pays ci-après :
Italie 388,913 liv.
Levant 121,191 »
Nord 53,500 »
Hollande 14,950 »
Restent 1,857,617 liv.
Qui furent employées par les raffineries de Marseille. D'après les calculs des raffineurs de cette époque , chaque quintal de sucre brut donnait un cinquième en sucre raffiné, un quart de mélis ou cassonnade , un quart de versoir, et le surplus en sirop ou crasse; le produit fut donc :
371,523 liv. sucre raffiné.
' 464,404 » sucre mélis ou en poudre.
464,404 » sucre versoir.
557,284 0 sirop ou mélasse, ou crasse.
— 2i6 — Outre le sucre brut employé aux raffineries de Marseille , on a vu qu'elles|employèrent dans la même année 2,000,000 de Hv. de sucre terré, qui durent produire, d'après le rendement d'alors :
666,666 liv. 2/3 sucre raffiné en pain.
400,000 » mélis ou sucre en poudre.
333,333 » 1^3 sucre versoir.
400,000 » sirojt ou mélasse.
200,000 » crasse et déchet.
Il résulte de ces chiffres un total de 1,902,595 liv. 2/3 sucre raffiné en pain ou en poudre, dont la consommation fut répartie ainsi qu'il suit:
En Italie 140,676 liv.
En Espagne 104,699 »
En Portugal 856 »
En Levant 455,009 y>
En Angleterre 712 »
En France ...• 657,885 a
A Marseille 542,758 » 23
1,902,595 liv. 2/3 Voici comment l'auteur de l'ouvrage auquel j'emprunte ces renseigneraens établissait les bénéfices de cette industrie à Marseille : Les 1,857,617 liv. sucrebrut ont coûté,
à 20 liv. le cent 371,523 liv. 8 s. »
Les 2,000,000 liv. sucre terré, à 33 liv.
le cent 660,000 » »
Frais de fabrication tout compris, même
l'usage des ustensiles, à 5 liv. le cent
sur la quantité de 1,902,595 liv. 21^3. 95,129 » 15s.8 d.
1,126,653 liv. 3 s. 8 d.
Produit.
Sucre raffiné en pain 1,038,191 1. 2/3 à 58 1. 602,151 l. 3 s. 3 d. Mélis ou sucre en
poudre 864,404»
Sucre versoir 797,737 » 1/3
Sirop ou mélasse. . . 771,522 »
Crasse- 192,881 »
Total 1,255,764 16
Profit des fabricans 129,111 1 2 5
On voit que Marseille exportait avant la Révolution d'assez grandes quantités de sucre. Nos colonies à celte époque suffisaient non seulement à la consommation de la France, mais à celle d'un grand nombre de marchés étrangers.
En 1786, les raffineries de Marseille, sur la demande de M. Rostagny, député de la Chambre de commerce à Paris , obtinrent la faculté déjà accordée aux autres raffineries du royaume , d'expédier leurs produits, en transit , pour la Suisse et autres pays étrangers , avec une prime de 4 livres par quintal , et la restitution du droit du domaine d'occident (1).
Celte industrie languit à Marseille pendant les guerres de la révolution et de l'Empire.
La matière première manquait.
En l'an xii le nombre des raffineurs, qui était de 12 avant la Révolution, était réduit à 3.
En février 1806, la Chambre de Commerce écrivait: «En ce » moment, et depuis plusieurs mois, il n'y a pas, dans cette » ville , une seule raffinerie qui soit en activité. »
La paix rendit à cette industrie son importance et son activité.
La loi du 17 mars 1826 , accordant une prime de 120 francs par 100 kil. à l'exportation du sucre raffiné, imprima un rapide essor aux progrès de la raffinerie.
Marseille si bien placée pour approvisionner l'Italie et le Levant , s'empressa de profiter des avantages que lui offrait cette loi. Elle s'enrichit de nouvelles manufactures et occupa bientôt le premier rang parmi les villes qui se livrent à cette importante fabrication.
On comptait à Marseille , en 1830 , 20 raffineries , dont 17 en activité , établissemens beauccoup plus considérables que ceux des autres villes, Paris excepté (2); plusieurs livraient au commercé cinq à six cent mille kilogrammes de sucre raffiné par an. Elles occupaient 600 ouvriers.
(1) Arrêt du Conseil du 25 mai 1786. Bureau de la Chambre de Commerce du -f octobre 1786.
(2) En 1825 , Paris et ses environs possédaient vingt-cinq raffineries. Elles exploitaiant annuellement 33,600,000 livr. sucre brut et terré, valant 27,659,000 francs. Elles occupaient directement 7 à 800 ouvriers.
Voici l'état de leurs produits d'après la Slatislique des Bouches^ du-Rhône : {\)
40,000 q. m. sucre raffiné , à 225 fr ..-. . 9,000,000 fr. 24,000 q. m. bâtarde ou lump, à 215 fr. . 5,160,000 )>
14,000 q. m, vergeoise , à 100 fr 1,400,000 o
20,000 q, m., mélasse, à 22fr. 50 c 450,000 »
16,010,000 fr-
En 1838 il existait à Marseille 16 raffineries de sucre en activité, exploitées par 10 fabricans, occupant 977 ouvriers.
En 1842 , il n'y en a plus que 7 exploitées par 7 raffineurs.
Ce fait semblerait prouver que cette branche d'industrie n'est point dans un état prospère . Néanmoins on peut voir par les chiffres ci-après que l'importance de sa consommation et de sa production , loin de diminuer, a considérablement grandi depuis dix ans : c'est que grâce à l'emploi de procédés très avancés^ nos raffineries ont donné un immense développement à leur puissance productive. Plusieurs de ces raffineries pour le grandiose des constructions , la force des machines , la perfection des appareils , peuvent être comparées aux manufactures les plus remarquables de la France et de l'étranger.
Pour se convaincre de l'importance relative de nos raffineries, il suffit d'observer les rapports de la consommation en sucre brut de nos établissemens avec celle de 167 établissemens que possède la France.
Sucres bruts des Colonies françaises Dans le reste de la
importés à Marseille. France.
En 1826 10,918,942 k. 61,879,138 k.
(1) Le rendement ordinaire de 100 kil. sucre brut était alors évalué comme suit : 40 kil. sucre rafGné en pain. — 2i kil. lump ou bâtarde. — 14 kil. vergeoise. — 20 kil. mélasse. — 2 kil. décbet. C'est d'après ces données et sur l'emploi dft 10,000,000 kil. sucre brut qu'est basé cet état des produits de la raffinerie en 1830.
Sucres bruts des Colonies françaises Dans le reste de la
importés à Marseille. France.
1832 22,511,827kil. 54,720,895 kil.
De 1820 à 1824 les arrivages en sucres de toutes qualités à Marseille , se bornaient à 4,000,000 kil. , dont 2,400,000 livrés à la raffinerie- Dans l'espace de quelques années l'importance de cette industrie avait quadruplé. En 1828 et 1829 la raffinerie de Marseille employait les quantités suivantes de sucre :
Sucres employés dans les raffineries de Marseille.
En 1828. En 1829.
Martinique et Guadeloupe, barriques. 18,562 21,927
— — tierçons.. 1,109 1,394
— — quarts. .. 3,969 4,487 Ile Bourbon balles 7,500 25,000
Réduction en kil 9,331,300 10,748,300
De 1839 à 1841 , sur les quantités de sucre brut importées à Marseille, il a été mis en consommation, savoir: enl839, 23,785,336 kil.— en 1840, 19,360,635. — en 1841, 20,379,487.
Il a été, en outre, introduit, avec paiement des droits 428,679 k. sucre brut étranger autre que blanc, en 1839. — 4,239,067 en 1840. — 4,777,369 en 1841.
Ce qui fait pour la moyenne triennale de 1839 à 1841, en réunissant les sucres étrangers et coloniaux , un total annuel de kilog. 24,323,521. Si nous déduisons 2,323,521 kil. pour la vente en nature , ou pour les confiseurs , les fabricans de chocolat , etc. , il reste pour la consommation de la raffinerie , 22 millions de kil. , plus;du^double de ce qu'elle employait il y a douze ans.
Le rendement de 1 00 kil. sucre brut s'établit comme il suit :
70 kil. sucre raffiné. — 10 kil. bâtarde ou lump. — 8 kil. ver-
geoise. — 6 kil. mélasse. — 6 kil. déchet. — D'après ces chiffres,
nous obtenons pour 220,000 q. m. sucre brut :
154,000 q. m. sucre raiïiné , à 156 fr.... 24,024,000 fr.
22,000 q. m. bâtarde ou lump, à 146 fr. 3,212,000 »
17,600 q. m. vergeoise , à 72 fr 1,267,200 »
13,200 q. m. mélasse , à 27 fr 356,400 «
Total 28,859,600 fr.
On a vu dans quelle proportion Marseille contribuait aux importations de sucre brut , la proportion de nos exportations en sucre raffiné est bien plus considérable.
Sucre raffiné exporté de Marseille. Du reste de la France.
En 1826 834,279 k. 2,486,506 k.
On voit combien le travail de nos raffineries est important. Elles soutiennent, à peu près seules sur les marchés étrangers, la concurrence des manufactures belges , hollandaises et anglaises. Presque seules, elles ont pu résister aux lois qui, en établissant un rendement exagéré pour le remboursement des droits, ont fait succéder à un régime de fuveur et de protection , un régime de sévérité empreint de réaction et d'injustice.
Et pourtant celle branche d'industrie est bien digne d'encoura-
(1) En 1831, l'exportation de Bordeaux ne s'est élevée qu'à environ 525,000 kil . pour l'Espagne , le nord de l'Europe et la Suisse.
(2) La diminution de l'exportation de 1834 est l'effet delà loi du 20 avril 1833, qui abolit la prime et la remplaça par un simple drabwback.
ment. Elle répand les plus grands bienfaits à Marseille et dans les environs. Indépendamment des nombreux ouvriers, la plupart pères de famille, qu'elle occupe directement, combien n'en occcupel-elle pas indirectement?
Elle alimente à Aubagne et à Fos de nombreuses fabriques de poterie. Six fabriques de noir animal se sont élevées et prospèrent sous ses auspices. Elle emploie les produits de plusieurs papeteries; elleoffre un débouché aux charbons des minesdeGardanne, Fuveau, Peynier et de celles des départemens du Gardet et du Rhône. A tout cela qu'on joigne les bénéfices des mécaniciens, chaudronniers, serruriers , rouliers , portefaix , emballeurs , et l'on aura une idée des heureux résultats de cette fabrication à Marseille. El qu'on se persuade bien que chaque branche d'industrie introduite dans notre ville y produira les mêmes effets. Qu'on juge de l'immense prospérité dont elle jouirait si on y établissait quelques-unes de ces manufactures qui ont fait la richesse et la gloire de la Grande-Bretagne!
Les principaux débouchés de nos raffineries sont le midi de la France , la Suisse , l'Italie, l'Espagne et le Levant.
Voici le détail de nos exportations à l'étranger :
Sucres exportés avec jouissance déprime.
Russie q.m. 954 984 678 — 193
Suède » SI — — . 38
Danemarck » 95 7 — —
Prusse » 66 . — . — :.
Angleterre et possessions. » 907 977 563 39 379
Espagne » 15 97 913 49 U
Autriche , « 9,604 — 1,956 911 3,186
Sardaigne..: » 10,647 1,634 19,383 7,490 19,516
Suisse et Savoie » 11,479 1,580 14,989 7,465 19,932
Deux-Siciles » 11,167 169 5,769 91 3,35»
Toscane » 11,319 929 3,589 937 796
Autres États d'Italie » — — 1,505 95 950
Grèce » 1,906 4J0 1,003 379 1,031
Egypte » 1,044 3,199 869 631 2,-45
Alger • 3,114 3,829 6,877 (0,040 14,794
Etats Barbaresques » 1, 470 1, 530 1 , 090 1, 017 2, 443
Indes Anglaises . » — 1 18 — 10
Indes Hollandaises 14 — 1 „
Ile Maurice » 10 10 75 99 5
Côte occidentale d'Afrique » — — — 18 U
Etat-Unis » 541 153 5 6 68
Haïti » 61 47 4 1 34
Brésil » 4 5 18 1 2
Chili » — — 81 -
Rio-de-la-Plata » 9 10 9 36 91
Guadeloupe » 435 904 316 455 1, 212
Martinique » 506 745 583 354 871
Bourbon » 12 43 44 71 239
Sénégal » 158 113 412 352 504
Guyane Française » 13 34 123 45 55
Iles Espagnoles d'Amériq. » — 1 12 31 15
Iles Danoises » — — 54 145 49
Nous rencontrons sur les marchés étrangers une concurrence ruineuse , surtout lorsque les sucres bruts éprouvent quelque hausse.
Ces marchés sont inondés de sucres raffinés ou terrés introduits parles Anglais et les Américains. Voici ce que m'écrivait à ce sujet, en 1 829, un des principaux fabricans de Marseille : n Ce n'est qu'en » nous soumettant à des sacrifices dont la prolongation nous écra- » serait, que nous parvenons à faire encore quelques affaires dans » le Levant. Les places d'Italie sont encombrées de produits raffi- » nés anglais, qu'on y donne au-dessous des prix auxquels nous
» reviennent les'nôtres Aussi plusieurs raffineries ont-elles
» suspendu leurs travaux et laissé ainsi sans travail une foule d'ou- » vriers que le faim forcera bientôt d'aller porter leur industrie à » l'étranger et augmenter, par leurs lumières, les avantages que les » fabriques du Piémont, de Gênes et des états autrichiens ont déjà » sur nous, sous le rapport des matières brutes de meilleure qua- » hté et moins chères que les nôtres. »
L'état comparé des exportations de la France et de l'Angleterre prouve combien nos rivaux l'emportent sur nous : la quantité de sucres raffinés exportés de la Grande-Bretagne en 1827 s'éleva à 409,000 quintaux. La totalité des exportations de la France en cet article pendant la même année fut de 90,789 qx. de 50 kil. (1).
A Naples , où les expéditions de Marseille ont tant d'avantages sur celles de l'Angleterre, soit par brièveté de la traversée, soit par l'économie du fret et surtout de l'assurance qui présente une
(1) La valeur du sucre raffiné exporté du Royuume-Uni a éléjen 1840, de 11,232,548 fr. — En 1841, de 13,825,808.-11 s'agit de la^yaleur déclarée. La valeur officielle serait plus élevée d'environ 50 pour cent.
différence de 2 0/0 en notre faveur, à Naples , nous ne fournissons que le tiers d'une énorme consommation. Les deux autres tiers sont livrés par les Anglais.
Dans la première édition de ce livre , je recherchais la cause de celte infériorité. Elle était alors dans le prix trop élevé du sucre colonial protégé par la surtaxe qui repoussait les sucres étrangers. Il n'en est plus de même aujourd'hui ; la concurrence du sucre de betterave a produit sur le prix du sucre colonial un immense dépression. Je crois devoir néanmoins laisser subsister ce que je^disais il y a dix ans : l® pour prouver que si l'on avait alors écouté les partisans d'une sage liberté , si l'on avait subi la concurrence bien moins redoutable des sucres exotiques , on aurait prévenu l'exagération des prix qui seule à provoqué les développemens de la fabrication betteravière. 2° Pour rappeler, en cas de suppression du sucre indigène, que cette mesure a pour corollaire indispensable l'admission avec une faible surtaxe des sucres bruts étrangers. Sous ce point de vue les paroles qui suivent ont encore leur opportunité :
(( D'où vient , disais-je en 1831 , la supériorité de nos rivaux ? De ce qu'ils paient les sucres bruts meilleur marché que nous , de ce que nous repoussons les sucres bruts étrangers.
» Nos raffineries ne peuvent recevoir leur aliment que des trois colonies que nous possédons. Or, qu'une mauvaise récolte survienne dans ces îles, que la spéculation opère sur leurs produits, en élève le prix trop haut , voilà le raffineur dans l'impossiblité d'exporter, parce que la plus value assurée à nos sucres coloniaux cesse d'être remboursée entièrement par la prime (1). Dès lors plus de travail dans les ateliers de raffinerie de Marseille, car c'est à l'étranger que s'écoulent les neuf dixièmes des sucres ralfinés dans notre ville.
» Notre marine marchande éprouve d'un tel ordre de chose, les préjudices les plus graves. En 1830, sur 89 navires chargés de vins partis de Cette pour le Brésil , 4 seulement étaient français. Pourquoi? Parce que nos armateurs obligés de prendre en échange de leurs caigaisons des sucres repoussés de France , ne pouvaient les vendre à l'étranger sans de grandes pertes (2).
(1) Enquête sur les sucres , page 101,
(2) Nous perdrions sur la vente de ces sucres au delà de ce que nous aurions gagné sur nos marchandises. (Enquête, page 84 J
Nous aurions ainsi pour les sucres que nous porterions sur les marchés étrangers, un désavantage de 10 à 12 pour cent. (Ibid.^ page 119.;
» Autre inconvénient pour notre marine : l'obligation de s'approvisionner exclusivement dans les colonies, y appelle à la fois un grand nombre de navires. Il suit de cette affluence que le prix du fret s'avilit , et que les enfutaillemens et les chargemens se font avec précipitation : cette précipitation nuit à la qualité des sucres , car, ainsi que le fit remarquer dans le cours de l'enquête M. de Beilac , directeur des douanes à la Guadeloupe , les sucres livrés immédiatement après la fabrication, n'ont pas dès lors le temps de se purger (1).
A Et non seulement le prix du fret s'avilit, mais bien souvent nos navires ne trouvent rien à charger. Les états de 1827 indiquent que 92,000 tonneaux se sont présentés pour charger à la Martinique et à la Guadeloupe^ et que 84,000 tx. seulement sont revenus en France. Cependant les produits de ces deux colonies n'ont pu fournir au-delà de 50 à 60,000 tx., ce qui a laissé un déficit de 24,000 tx., revenus à vide ou à faux fret, tandis que ces 24,000 tx. auraient été utilement employés à l'île de Cuba et au Brésil , si nos navires avaient pu y prendre des sucres (2).
0 L'abondance de nos expéditions pour les colonies y avilit le prix des marchandises françaises, qui peuvent rarement]se vendre au prix qu'elles coûtent, et de plus renchérit les denrées coloniales. Les sucres , disait M. d'Argout, rapporteur de l'enquête, s'y paient à un taux qui ne permet pas le plus souvent de les réaliser en France avec un bénéfice quelconque.
a Tous ces dommages occasionnés par la combinaison actuelle des tarifs, furent évalués à 30 millions en 1821 par la commission du budget de la Chambre des Députés.
wNos raifineries, obligées de consommer exclusivement du sucre dès colonies , luttent avec peine avec celles de l'étranger, qui emploient de meilleures matières.
» En effet, les colons de la Martinique et de la Guadeloupe, affranchis de toute concurrence, assurés du débouché de leur sucre, apportent peu de soin à leur confection , sauf quelques rares exceptions.
» Aussi, malgré l'énorme prime accordée à l'exportation des sucres raffinés , et dont l'effet est de faire consommer à nos voisins , qui n'ont pas de colonies, notre sucre au prix de 40 cent. la liv.,
{i) Enquête, page 158.
(2) Enquête. Dép. du délégué delà Chambre de commerce ie-Nante», page59.
tandis que nous, qui le récoltons,' le payons 90 cent.; malgré cette faveur , Marseille est menacée de perdre cette riche branche de commerce et d'industrie toutes les fois que les prix tendent à hausser.
» Profitant de toutes ces fautes , les étrangers élèvent des raffineries.
» Trieste s'est livrée avec succès à ce genre de fabrication et dispute à nos produits les marchés du Levant.
» Le gouvernement sarde a statué, par un décret du 19 février 1830, qu'à l'avenir les sucres bruts destinés aux raffineries du pays, au lieu de payer 25 livres, ne paieraif;nl plus que 15 livres. D'un autre côté , le droit de 50 livres établi sur les sucres étrangers piles a été porté à 80 livres comme pour les sucres en pain. Ce droit est prohibitif.
» Ce n'est point seulement aux dépens de l'exportation , c'est bien plus encore aux dépens de la consommation intérieure que sont établis ces droits desiructours de notre industrie . » Comparons :
Pendant l'année 1827, il a été raffiné pour la consommation intérieure :
En Angleterre. . ...... 3,158,000 qx. sucre brut.
En France 1,234,000 »
» C'est pour l'Angleterre un peu plus de 18 hvres, et pour la France un peu moins de 4 livres par individu , en évaluant la population de la Grande-Bretagne à 17 millions, et celle de la France seulement à 31 millions.
» Quel intervalle entre nos rivaux et nous ! Il faut s'efforcer de le franchir. Pour cela quels moyens?
» Il n'en est qu'un, c'est l'admission des sucres bruts étrangers , importés sous pavillon français , moyennant un droit encore assez élevé pour ne pas laisser sans protection les intérêts de nos colonies.
» L'admission des sucres étrangers procurerait de grands avantages à toutes les branches de commerce. Elle favoriserait les progrès de notre marine marchande , provoquerait le mouvement de plus grands capitaux , accroîtrait l'exportation et enrichirait le fisc. «Alors nos raffineurs, employant les mêmes matières premières que les Anglais, favorisés par la position géographique de notre ville, pourraient fournir, sur tous les marchés de la Méditerranée, îours produits à plus bas prix que leur concurrens étrangers. »