‹ Essai sur le commerce de Marseille, ouvrage couronné en 1833 par la Commission chargée de décerner le prix fondé par le baron Félix de Beaujour. 2. éd., augm. et continuée jusqu'en 1841Chapitre 63 sur 181 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

La cause de rinfëriorilé de nos venles de sucres raffinés à l'étranger était alors dans le haut prix des produits coloniaux.

Aujourd'hui elle est dans l'évaluation du rendement des sucres bruis en sucre raffiné. L'ordonnance du 8 juillet 1 834, qui exigeait l'exportation de 75 kil. sucre raffiné pour le remboursement du droit perçu sur iOO kil. sucre brut, était une mesure injuste et aveugle, parce que les raflineurs ne peuvent pas obtenir ce rendement. Elle eût eniièrement livré à nos rivaux les marchés étrangers qui sont à nos portes, si la baisse excessive des sucres bruts à l'intérieur, par suite delà concurrence entre les produits coloniaux et métropolitains, n'avait encore permis quelques exportations. En Angleterre , en Hollande le rendement exigé pour le drawbach était, et est encore aujourd'hui moins élevé qu'en France. On a vu dans le second volume, les raffinés élrang-rs de Belgique et de Hollande venir lutter contre ceux de Marseille jusques dans notre entrepôt (i). La loi de 1840 qui n'exige plus qu'un rendement de 72 p . Yo, a un peu ranimé nos exportations en 1841, mais elle ne fait point encore les conditions égales entre les raffineurs de France et ceux de l'étranger. Le rendement devrait être abaissé à 67 p. Vo (2). Si l'on veut favoriser les développomens de cette belle industrie , principal aliment de notre commerce lointain , il faut lui permettre de combattre à armes égales la concurrence étrangère. Nous payons le fret ou le transport du sucre brut plus cher que les Hollandais, n'ajoutons pas à cette aggravation celle qui résulte de la différence des primes.

Un moyen plus puissant encore de développer cette riche branche d'industrie, serait une large réduction des droits qui frappent le sucre, brut mesure indispensable si l'on conserve la fabrication du sucre indigène. Sans cette réduction , sans l'accroissement de consommation qui en serait la conséquence, on ne pourra mettre un terme à l'encombrement du marché et aux souffrances qui en résultent.

Si , par le bas prix du sucre , nous en élevions la consommation en France au niveau qu'elle a atteint en Angleterre , il y aurait place sur le marché national pour 240 millions de kilogrammes , dont 90 millions seraient fournis par nos colonies, 50 millions par

(1) Pages 42 et 520.

(2) Le drawback hollandais équivaut à un rendement de 67 et demi pour cent. Avant 1841 il était de 61 1/3.

(3) En 1841 il a été importé dans le Royaume-Uni 236,711,500 kil. sucre.

la fabrication indigène; il resterait à demander à l'étranger 100 millions qui nous permettraient de conclure les traités de commerce les plus avantageux et de donner à notre marine et à nos manufactures d'immenses développemens.

Page 1