SOIE
Industrie de la soie en France. — A Marseille. — Filature.— Tissage. — Commerce des soies.
C'est là une riche industrie pour la France. On y récolte environ un million de kilogrammes de soie qui ne suffisent point encore aux besoins de nos fabriques et de notre commerce qui absorbent annuellement près de 2,800,000 kil. Le sol de la France, éminemment favorable à la culture du mûrier, ne tardera pas, sans doute, à produire cette quantité , et notre agriculture s'enrichira des sommes énormes que la France emploie à l'achat des soies à l'étranger.
On compte en France 84,954 métiers, produisant une valeur
(1) Dont 2,890 kil. pour l'Algérie.
en soieries de 250 millions de francs environ. Ces métiers occupent 170,000 ouvriers, et emploient 140 millions de francs de soie. La main-d'œuvre est de 70,923,965 frarfcs ou 300 francs par ouvrier. La fabrique de Lyon seule , en temps ordinaire , occupe 40 ou 50 mille métiers, emploie 90,000 ouvriers et produit près de 100 millions de francs. La consommation intérieure en soieries françaises est de 75 millions et l'exportation de 140 millions, terme moyen.
Marseille prend peu de part à ces richesses. Quoique l'éducation des vers à soie y rencontre les conditions les plus favorables, elle y a été à peu près nulle jusqu'en 1836. A cette époque, M. J. Cohen fit dans sa propriété de Sainte-Marguerite une plantation de 6,000 mûriers nains , 500 mûriers à haute tige , et 8,000 pourreties ou mûriers sauvages. Le produit de ces plantations procura en 1839, une récolte de 180 kilogrammes de cocons, plus des deux tiers de la production totale de la commune de Marseille, qui n'en eut celte année que 240 kilogrammes. Les cocons se vendaient alors 4 fr. le kilogramme.
Cet exemple encouragea quelques propriétaires : la culture du mûrier prit de l'extension sur notre territoire. En 1842^ Marseille a produit 800 kilogrammes de cocons, dans lesquels ceux de M. Cohen sont compris pour 320 kilogrammes. Ils se sont tous vendus à 3 fr. 50 le kilogramme. Le produit de cette industrie en 1842 a donc été de 2,800 fr. (1)
Pour assurer les progrès de cette riche production à Marseille, il serait nécessaire d'y fonder des filatures de soie. Il n'y existe actuellement que celle de M. Consolât, qui , n'ayant que deux tours, ne peut filer que 110 à 120 kil. soie grège toutes les années.
M. Cohen, qui a fait construire deux grandes magnaneries où il pourra élever 30 onces de graines de vers à soie pour Tannée 1843, a reconnu aussi la nécessité de créer un débouché assuré à ses produits par l'établissement d'une filature. Dans ce but, il en fait élever une attenant à ses magnaneries ; elle aura 12 bassines , et pourra filer 450 à 500 kilogrammes soie grège par an.
(t) 11 a élé recueilli à Aix ou dans ses environs , 11,965 til. cocons. La récolte de tout le département est évaluée 250,000 kil. On obtient de 12 kilogrammes cocons , un kilogramme de soie filée, dont le prix, moyen est de 46 francs 50 centimes. *
Notre climat, à cause de sa sécheresse, est très favorable à celle industrie, et l'on pourra tiler jusqu'à la fin d'octobre.
La certitude de trouver dans la localité l'emploi immédiat des cocons et de n'être plus obligé d'aller les vendre à Aix ou à Avignon , engagera beaucoup de propriétaires à élever des vers à soie chez eux, et notre pays aura ainsi conquis un nouvel élément de richesses.
Il serait bon que le gouvernement encourageât les efforts de M. Cohen, afin de multiplier le nombre de ses imitateurs.
Le tissage de la soie n'est guères plus avancé à Marseille que la filature. Il n'y existe qu'une fabrique de soierie appartenant à M. Consolât. Elle a 14 métiers pour les florenccs , ce qui permet d'en fabriquer par mois 14 pièces de 120 mètres, soit par an 10,160 mètres ; à 4 fr. le mètre , c'est une somme de 80,640 fr. Cette fabrique emploie ordinairement 20 ouvriers.
On a vu dans le livre premier qu'avant la Révolution Marseille possédait une manufacture de riches étoffes de soie brochées d'or et d'argent, à l'usage des Orientaux (1). Elle recevait une subvention de la commune. Les États de Provence accordaient aussi des primes d'encouragement à plusieurs fabriques de soierie établies à Aix.
Il y avait encore à Marseille une fabrique de velours.
Si sous le rapport industriel , la soie est un objet de peu d'importance pour Marseille , il n'en est pas de même sous le rapport commercial. On peut voir dans le résumé du livre troisième la progression de nos importations de ce riche article. Il est d'un haut intérêt pour nous de fixer à Marseille le marché des soies étrangères pour l'approvisionnement de toute l'Europe.
Nos négocians , aidés par le gouvernement y parviendront sans doute. Les relations de Marseille avec le Levant et l'Italie permettent de concentrer sur noire place d'immenses quantités de soies (2^. Mais il es nécessaire qu'on puisse les faire venir sur les paquebois à vapeur de l'Etat.
(1) Un privilège du roi avait été accordé en 1750 à J.-F. Olive, pour cette manufacture.
(2) Autrefois les soies du Levant et d'Italie ne pouvaient entrer en France que par Marseille , sous peine de saisie et conflscation. On lit dans le procès-verbal du bureau de la Chambre de Commerce du 21 janvier 1070, qu'elle envoya un huissier à Lyon , à Pont de Beauvoisin et à Valence pour leur signifie r l'interdiction de recevoir des soies étrangères par un> autre voie que celle de Marseille»