‹ Essai sur le commerce de Marseille, ouvrage couronné en 1833 par la Commission chargée de décerner le prix fondé par le baron Félix de Beaujour. 2. éd., augm. et continuée jusqu'en 1841Chapitre 7 sur 181 · IV. — ILE BOURBON · texte numérisé non relu

IV. — ILE BOURBON

Consommation et production de l'île dans le dernier siècle . — Accroissement de sa culture et de sa population depuis 1815. — Son commerce avec la France , de 1828 à 18i0. — Navigation. — Echanges avec Marseille. — Régime de ses douanes. — Nécessité d'un port. — Perfectionnemens appliqués par M. Vincent à la fabrication du sucre.

D'après M. Blancard , l'île Bourbon consommait dans le dernier siècle pour environ 2,400,000 francs de marchandises

françaises, consistant en vin , huile, savon, bière, eau-de-vie, viandes salées , fer, cordages , clous , plomb , toiles à voile , quincaillerie , etc.

Sa production était évaluée ainsi qu'il suit :

60,000 balles de café pesant 100 livres poids de marc , à 120 francs la balle 7,200,000 fr.

2,000 quintaux coton à 5 fr. la livre 1,000,000 »

En 1792 , les importations en France des îles de France , Bourbon et de Mozambique furent évaluées 3,613,000 liv.

Les exportations de France pour ces colonies 9,121,000 liv. Maurice avait alors beaucoup plus d'importance que Bourbon : mais depuis, l'inverse a eu lieu :

La population de Bourbon était en 1815 de 65,000 habitansj elle est aujourd'hui de 105,424 (celle de Maurice est de 90,000). Bourbon cultivait, en 1819, 13,418 hectares ; en 1838, 28,515. Voici quelle est depuis 1828 la valeur des importations et des exportations entre la France et l'Ile Bourbon, y compris le numéraire :

Importations Exportations

en France. de France.

1828 11,790,785 fr. 8,216,594 fr.

Une crise commerciale éclata à Bourbon en 1830 ; on y avait expédié, en 1829 , trop de marchandises ; il fallut les vendre à vil prix. Plusieurs maisons furent compromises. Il en résulta une diminution notable dans les exportations de la France pour cette colonie en 1831.

Navigation entre la France et l'Ile- Bourbon

ANNÉES

ENTRÉES EN FRANCE

SORTIES DE FRANCE

Nombre

Nombre

des

Tonnage.

des

des

Tonnage.

des

navires.

hommes.

navires.

hommes.

Les chiffres suivans aitesient que la part de Marseille dans celle navigation n'est pas sans importance :

Navires venus Navires partis

de Bourbon de Marseille

à Marseille. pour Bourbon.

En 1834 , 100 navires sont arrivés de la métropole à Bourbon ; sur ce nombre , 46 avaient été expédiés pour la France à la lin de l'année , 20 avaient été dirigés sur l'Inde , 34 restaient en charge ou sans emploi. Ce grand nombre de navires sur le même point avait avili le prix du fret , élevé celui des denrées coloniales et fait baisser celui des marchandises d'Europe.

Les sucres étaient tenus de 5 piastres 1/4 à 5 piastres ï/2 les 100 livres ; les cafés de 15 1/2 à 16.

Plusieurs navires venus de France à Bourbon étaient obligés d'aller ailleurs chercher du fret pour leur retour.

En 1834, U navires sont venus de Bourbon à Marseille. En 1835, 24, En 1836, 28. Le nombre des départs de Marseille pour Bourbon a été de 24 en 1834 , de 16 en 1835 , de 17 en

De 1837 à 1840 , la navigation entre Bourbon et les ports de France a été comme suit :

NAVIRES CHARGÉS ENTRES EN FRANCE

NAVIRES CHARGÉS SORTIS DE FRANCE

PORTS

Bordeaux

Rochelle.

Nantes . .

St-Malo..

Morlaix . .

Le Havre

Marseille.

Granville.

Cherbourg Totaux . . .

En 1841 , 22 navires jaugeant 6,237 tx, montés par 348 hommes, sont venus de Bourbon à Marseille ; 27 navires de 7,429 tx , montés par 401 hommes, sont partis de notre port pour cette île.

En 1833, la valeur des importations de l'île Bourbon à Marseille s'est élevée à 4,900,419 fr. Celle des exportations de Marseille pour celle colonie a été de 1,921,289 fr.

Pendant la même année il a été expédié de l'île Bourbon en France :

19,601,770 kilog. sucre brut, 30,478 kil. sucre brutblanc, 5,636 kil. cacao, 1,058,906 kil. café, 93,105 kil. clous de girofle, 33,402 kil. poivre, et autres objets de moindre importance.

En 1839 , les importations à Marseille ont été de 4,848,185 fr., les exportations de 2,001,576 fr. '**'

En 1833, 1834, 1839, 40 et 41 , les importations et les exportations entre l'île Bourbon et Marseille , se sont composées des articles suivans :

Principaux articles importés de l'Ile Bourbon à Marseille.

Sucre brut (1) ....q.m. 62,213 35,675 42,044 33,200 68,133

Sucre brut blanc » 2,793 630 833 105 215

Café » 2,226 644 1,266 940 975

Griffes de girofle » — — 294 750 297

Clous de girofle » 575 1,808 3,379 421 1,015

Muscade(2) « 5 6 16 7 38

Poivre • . 330 — 47

Guinées de coton pièces 1 , 290 5, 236 940 1 , 837 —

Argent... •.... kil. 64 10 — 5 35

Principaux articles exportés de Marsetlle pour l'Ile Bourbon .

Morue q.m. 13 32 918 554 393

Viande salée , saucisson. » 300 216 134 91 93

Fromage >. 111 220 76 75 25

Grains de froment». ... hect. 3,630 — — 4 —

Farine de froment q.m. 1,719 1,002 336 730 540

Grains de maïs » 164 378 — 40 —

Légumes secs » 652 1,395 847 165 13

Pâtes d'Italie . 144 116 86 44 70

Fruits de table » 96 242 297 257 963

Huile d'olive >. 614 251 615 319 32

Fer et acier « 149 338 1,203 895 307

Sel marin » 3, 824 6, 527 7, 737 3, 964 18, 391

Parfumerie « 90 104 122 141 173

Savon » 1,605 2,3^1 1,059 1,667 2,389

Vin ordinaire en fut . . . hect. 1 5, 557 16, 929 7, 622 1 2, 086 8, 929

Vin ordinaire en bout. » 76 531 89 72 226

Vin de liqueur en fut.. » 137 79 15 7 18

Vin de liqueur en bout.. » 175 67 15 32 35

Vinaigre de vin « 83 39 90 119 196

Bière. » 19 90 72 8 9

Eau-de-vie de vin « 641 754 108 511 1,540

Liqueurs » 59 87 190 174 225

(1) En 1822 , il en a été importé de cette colonie à Marseille , 35,974 quintaux métriques ; en 1831 , 20,856 ; en 1830 , 28,649 ; en 1829 , 18,687 ; eu 1828, 13,991; en 1827, 7,409; en 1826, 10,023 quintaux métriques.

(2j La loi du 2 juillet 1836 , pour favoriser celte culture à Bourbon , a étendu aux muscades de cette île la réduction de droits précédemment accordée à celles de la Guyane française. -'

Verrerie.... q.m. 195 309 300 331 778

Fil de lin et de coton... » 19 50 92 23 38

Draps kil. 764 621 52 2,368 1,690

Etoffes de soie » 410 499 649 1, 194 1, 336

Bonneterie de soie.. . v 130 74 301 146 94

Chapeaux soie ou feutre . pièces 4, 330 2, 587 2, 475 1 , 677 3, 1 50

Tissus de coton q.m. 173 377 1 60 t95 189

Papier blanc » 130 172 97 77 101

Peaux tannées et corroy. » 21 15 \

Peaux marroq. et vernis. » 10 2 ( 47 54 138

Peaux ouvrées , souliers. » 64 37 (

Chapeaux de paille.... pièces 2,162 1,882 1,000 922 764

Outils de fer et acier... q.m. 15 4 34 15 32

Ouvrages en fer, quincail. » 156 167 162 187 273

Armes » 43 7 2 2 5

Coutellerie » 4 8 19 18 26

Mercerie » 35 38 60 83 125

Modes fr. 11,140 6,870 4,579 ^4,275 9,830

Parapluies en soie pièces 949 759 1,252 1,653 2,415

Meubles fr. 4,530 4,135 5,320 9,948 31,073

Les marchandises françaises venant de France sur navires français paient à Bourbon un droit d'entrée de 4 % ;

Les marchandises étrangères non prohibées prises dans les entrepôts de France , 12p. % ;

Les fers et aciers étrangers non ouvrés 6 p. %. Ils ne sont admis que lorsqu'ils proviennent des entrepôts de France et qu'ils ont payé le cinquième des droits de consommation ;

Les usines , machines et mécaniques de fabriques étrangères servant à la fabrication du sucre ou à faciliter le travail de l'homme, 6 p. Vo;

Les eaux-de-vie de fabrique française et par navires français, la velte , 3 fr.; de fabrication étrangère , 4 fr. 50 c. ;

Les marchandises non prohibées importées de Maurice à Bourbon par caboteurs anglais ou par navires français, 9 p. %. En général , les provenances do Maurice sont traitées à Bourbon comme celles de Bourbon à Maurice.

La sortie du blé, des monnaies d'or, d'argent et debillon , des chevaux, mulets et autres bètes de transport est prohibée. On ne peut exporter des denrées coloniales pour l'étranger, à l'exception du girofle , qui paye alors un droit de 4 p. "(o par navire

français, et de 15 p . « o par navire étranger. Pour Maurice, le droit de sortie est aussi de 15 p. % , même par caboteurs français.

Le conseil privé du gouverneur est juge des circonstances où l'admission des marchandises étrangères apportées de l'étranger par navires français ou étrangers doit être permise ou interdite. Jl résulte de coi état de choses de nombreux inconvéniens, surtout pour les relations entre Bourbon et Maurice. Les transactions avec l'étranger doivent être réglées par des lois fixes et immuables , et non par la volonté de quelques hommes. L'incertitude ne permet au commerce aucune opération .

On S3 plaint aussi à Bourbon de l'interdiction qui pèse sur la sortie du numéraire. Pourquoi l'emprisonner dans la colonie , quand il pourrait servir à l'enrichir en développant ses relations avec l'Inde?

Le cabotage entre Bourbon et Maurice réclame quelques dispositions législatives en faveur de la marine nationale.

Les intérêts commerciaux de la colonie sont nombreux et importans ; il serait utile d'y créer un tribunal de commerce.

On y éprouve aussi le besoin d'un tarif légal des tares, usages, tonnages, etc., de la place.

Le projet de loi sur les douanes présenté en 1834, admettait les sucres de Pondichéry au môme droit que ceux provenant de l'île Bourbon. Les planteurs de celte île , craignant la concurrence des sucres étrangers , avaient vu avec inquiétude cette mesure déjà appliquée par ordonnance. La proposition ne fut pas admise par la commission : « l'expérience , dit-elle , justifierait mal cette « innovation. Lorsque nous avons admis les sucres du Sénégal , « quelques barriques seulement annoncèrent leur présence dans « nos ports ; bientôt elles se compièrent par centaines ; ces pré- <r tendus sucres du Sénégal touchaient à cette colonie , mais ils « venaient de Saint-Yago et de la Jamaïque- »

L'île de Bourbon n'a point de port. Un danger toujours présent menace les navires qui y abordent. Au moindre signe précurseur d'un orage , ils sont tenus d'aller au large braver la tempête.

Pour réparer leurs avaries ils ne peuvent aller qu'à Maurice , où tout leur est vendu à des prix exorbiians , où ils sont soumis à des droits très élevés de douane, d'amirauté , de mise en règle , etc. De juillet en novembre 1834, 14 navires français ont été obligés d'entrer à Maurice pour ce motif. Le Solide , de Saint-Malo , a dépensé plus de 2,000 piastres pour remplacer quelques feuilles

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