‹ Essai sur le commerce de Marseille, ouvrage couronné en 1833 par la Commission chargée de décerner le prix fondé par le baron Félix de Beaujour. 2. éd., augm. et continuée jusqu'en 1841Chapitre 84 sur 181 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

SOUDES ARTIFICIELLES, SELS DE SOUDE , ACIDES SULFURIQUES , SOUFRE RAFFINÉ ET AUTRES PRODUITS CHIMIQUES.

,^ \". — Soudes artificielles.

Premières fabriques en 1808 et 1809. —Prix de 1810a 1842.— Production.— Statistique de cette industrie en 1830. — de 1837 à 1841.— Son importance. Attaques dont elle fut l'objet en 1814. — Coalition entre les fabricans. — Moyens de développer cette industrie. —Exportations.

Dans le 17^ siècle, Marseille tirait les soudes du territoire d'Arles, et cette production végétale était tellement abondante dans cette fertile contrée, qu'elle suffisait encore à la consommation qui s'en faisait en Espagne et en Italie (2) j mais la consommation du savon

(l)Les tourteaux de lin étaient, en janvier 1842, h 16 fr. les 100 kil. En novembre ils sont à 12 fr. 50 c. Ceux deravisonàlt fr. Ceux de Sésamr; à 8 fr. (2) Quiqueram de laud. Frovinc. page 294.

ayant pris un rapide accroissement , nous devînmes , à noire tour, tributaires de l'Espagne et de l'Italie.

Les guerres de la Révolution et de l'Empire avaient interrompu nos rapports avec ces deux contrées ; nos savonneries allaient périr faute de ces matières , dont le prix avait décuplé , lorsque lu science vint à leur secours et suppléa à l'absence des soudes naturelles.

Depuis long-temps, on avait reconnu la soude dans le sel marin; mais cette précieuse découverte avait été jusques-là considérée comme plus brillante qu'utile, parce qu'on ne croyait pas à la possibilité de fabriquer économiquement l'acide sulfurique, agent indispensable pour la décomposition du sel marin.

Les premiers essais furent heureux ; des fabriques furent établies à Marseille en 1808 et 1809; le gouvernement s'empressa d'encourager et de proléger celle nouvelle industrie, en accordant aux fabriques de soude la franchise de l'impôt sur le sel^ et en prohibant les soudes étrangères. De beaux bénéfices furent réalisés(l).

Marseille était de toutes les villes de France la plus heureusement placée pour répondre avec succès à l'appel du gouvernement. Recevant directement les soufres et les salpêtres, entourée de nombreuses salines, de mines de charbon et de masses considérables de pierres crayeuses, elle possède tous les élémens nécessaires pour la fabrication de la soude.

Les progrès furent rapides. En 1810, les soudes d'Espagne , de 120 fr. étaient tombées à 55 fr. le quintal table ( de 40 k. 8 h. ) ; au mois de juillet de la même année , date du décret qui prohiba les soudes étrangères, les soudes factices, qui d'abord avaient été à 80 fr. le quintal table , étaient cotées 55 fr.; au mois de novembre, elles l'étaient à 54 ; puis en 1811, au mois de juin, on les vendait de 18 à 22 fr.; en 1814, à 10 et 12 fr,; en 1829 elles étaient à 4 fr. 50, soit environ 11 fr. les 100 k.

Cet avilissement du prix amena un arrangement entre divers fabricans , dans le but d'acheter tous les sels des marais salans pour plusieurs années , et par ce moyen s'affranchir de toute concurrence. Les prix montèrent alors à 17 ou 18 fr. les 100 kil.

(1) Leblanc, inventeur du procédé quia élevé tant de fortunes /après avoir consacré luute la sienne à créer et perfectionner cette industrie , se vit réduit à la dernière indigence. Il venait de se suicider au moment où on lui apportait le brevet d'une pension du gouvernement.

Aujourd'hui l'association , frappée par les tribunaux , a cessé d'exister , les prix varient suivant les besoins du marché. Ils sont en ce moment (novembre 1842) à 15 fr. les 100 k.

En 1814, il existait à Marseille ou dans ses environs 8 fabriques de soudes.

Depuis, 24 fabriques plus ou moins importantes se sont successivement élevées (20 dans lesBouches-du-Rliône, 4 dans le Var); quelques-unes ont coûté plus de 800,000 fr., et ce n'est pas exagérer en évaluant toutes ces constructions à 15 millions (1).

Voici un apperçu de leur production depuis 1810 :

Soudes fabriquées.

En 1810 18,933 q. m.

La Statistique des Bouches-du- Rhône renferme le tableau suivant des fabriques de soude factice répandues dans le département, d'après le dénombrement fait en 1828, avant l'établissement du monopole.

/l) Moniteur du 18 Mars 1832.

LOCALITÉS

NOMBRE

d'établissemens.

QUANTITÉS

de sel décomposé

annuellement.

QUANTITÉS

d'acide sulfurique employé.

QUANTITÉS ^^««^Q^f

desoudes ^^^^f fabriquées, ^epu' s 1829

Marseille. . .

Auriol

Fos

Fuveau. . . .

Istres

Lambesc . , .

Septèmes . .

VitroUes...

Berre... ..

Marignane.

Totaux. .

Yaleur des produits.

318,000 q. m. soade brute à 17 fr. 5,406,000 fr.

A déduire :

223,400 q. m. acide sulfurique de 50 à 51°,

àl2fr. 50 2,792,500

210,000 q. m.selroarin, à 1.50 315,000 318,000 q. m. craie, extraction,

transport, etc., à 1 fr. 318,000 210,000 q. m. poussière de

charbon , à 2 f r 420,000

250,000 q. m. charg. de houille

pour la grille, à 2 fr. 50. 625,000

4,470,500 Salaires de 800 ouvriers, à 600 f. 480,000 Entretien de 100 chevaux, à 500

francs 50,000

Loyer, transports, entretien des bâtimens, reconstruction , indemnités diverses, frais généraux, etc- 230,900

5,231,400 yy

Bénéfice aux expîoitans 174,600 fr.

De 1837 à 18il, la production moyenne, soit en soudes, soit en sulfates, a été ainsi qu'il suit :

Production annuelle des fabriques de soude du département de 1837 à 1841.

LOCALITÉS

Vallon de l'Un..

Trou des Cap^i'ns Septèmes (* fa^»". )

Pinchinier

Fuveau

Goudes

Montredon

Ponteau

Pointe de Berre.

Rassuens

Plan d'Aren. . . , La Redonne (3)

SULFATE

de soude ordinaire

Totaux ; 40,426

SULFATE

de

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