SEL LIVRÉ
pour la fabrication.
(1) C'est la production de 18ii seulement. Il n'en a pas été fait dansieg années précédentes.
(2) En 1841 il en a été produit 9,249 quintaux métriques.
(3) La fabrique de la Redonne n'a commencé à travailler qu'en 1838 , et n'a produit de la soude qu'en 1839. Son travail moyen de trois années figurant dans ee tableau quinquennal, il en résulte une légère exagération dans les totaux. Pour obtenir un chiffre rigoureusement exact , il suffit de prendre la moyenne de l'élat suivant.
On peut donc apprécier la valeur de cette production en 1841 , par les chiffres suivans :
340,119 quintaux métriques soude . à 15 fr 5,104,785 fr.
3«,783q.m. sulfate de soude riche (1) à 18fr. 50. 587,985
Total 5,689,770
En 1830, on évaluait à 90,000 quintaux métriques la production des fabriques situées dnns le territoire de Marseille, et le nombre de leurs ouvriers à 250. Maintenant cette production s'élève à 110,000 quintaux métriques.
Les deux tiers environ des soudes fabriquées sont employées dans la savonnerie; une partie, convertie en carbonate de soude sec ou cristallisé, est employée dans les blanchisseries, dans les manu-, factures de glaces, de cristaux et dans les verreries ; ces dernières consomment aussi depuis quelques années des sulfates de soude. Enfin , une partie est livrée à l'exportation.
« Pour se faire une idée , disait M. Auguis , dans un rapport à la Chambre des députés, séance du 17 mars 1832, pour se faire une idée de l'importance de cette nouvelle branche d'industrie dans les seuls départemens des Bouches-du-Rhône et du Var, il suffit de remarquer :
» 1» Que la main-d'œuvre des quantités ci-dessus de soude et carbonate de soude, à quoi il faut ajouter le sel , le charbon, la craie et les transports qui sont aussi main-d'œuvre , puisque tout est façon, ne s'élèvent pas à moins de 3 millions par an.
» 2° Que les produits tirés en presque totalité du sol français , remplacent l'importation d'une quantité pareille de soudes et potasses étrangères, dont le prix, calculé au plus bas et à rentre()ôt, dépasserait la somme de 15 millions. »
Celte branche d'industrie dont l'utilité avait été si vivement sentie pendant la guerre maritime, parut à quelques-uns peu nécessaire, à d'autres nuisible-, lorsque la paix nous ouvrit de nouveau les mers (2).
(1) Le sulfate de soude ordinaire ne se vend pas , les fabricans l'emploient euxmêmes pour la soude.
(2) La Chambre de Commerce écrivait le 9 décembre 1814 : « La population » entière perdra ( par suite du droit sur les soudes étrangères ) l'avantage de pou- » voir se procurer à bon prix du savon non sujet à gâter le linge , et à attaquer Ja » santé de ceux qui en font usage. . . L'on verra tôt ou tarden France les savons « fabriqués avec des soudes artificielles abandonnés.»
On se plaignit de la protection que lui accordaient les tarifs de douanes. On regretta les nombreux navires que le transport des soudes naturelle amenait jadis dans notre port.
Voici comment s'exprimaient à ce sujet , dans un mémoire présenté au roi en 1814, les députés que la ville et la Chambre de commerce envoyèrent à Paris saluer l'avènementde Louis XVIII:
« Les soudes étant une marchandise d'encombrement et de peu » de valeur, occupaient autrefois beaucoup de marins et de navires JD à leur transport; nous les recevions de l'Espagne, de l'Italie et M des côtes de Barbarie , et nous les payions paroles produits de « notre industrie et de notre sol ; en Espagne , par nos chapeaux » et nos rouenneries, nos batistes , nos toiles ; en Sicile, par nos » toiles, nos cuirs tannés, nos objets de luxe , de mode , de bijou- » terie et d'horlogerie ; en Barbarie, par nos draps , nos bonnets » et une foule d'autres articles. Loin d'être un tribut payé à l'é- » tranger, comme l'avancent les fabricans , l'importation de la » soude était donc pournous une des sources de la prospérité pu- » blique que nous risquerions de tarir nous-mêmes en repoussant » tout à fait celte marchandise (t). »
Les députés firent pressentir ce que l'on vit plus tard, une association entre les fabricans de soude dans le but de maintenir leurs produits à un haut prix.
« Si les soudes naturelles ne sont pas reçues librement à|Mar- » seille, disaient-ils, les fabricans de soudes factices augmenteront » graduellement le prix de cette marchandise , quelque assurance » qu'ils puissent donner du contraire.
» En admettant, au contraire, les soudes naturelles, il en résultera incontestablement :
» Que le marché sera mieux approvisionné et que les prix seront modérés ;
» Que les fabricans de soude factice seront obligés de perfec- » tionner leur fabrication , de se contenter d'un bénéfice raisonft nable , d'éloigner d'eux , soigneusement , tout reproche de » monopole ;
» Que le fabricant de savon qui n'est pas en même temps fabri-
(1) Dans la lettre déjà citée ,1a Chambre de commerce évaluait celte importation, sous l'ancien régime, à 300,000 quintaux ( de 40kil. 8 hect. ) soil d'Espagne , soit d'Italie; la moitié au moins sous pavillon français. Valeur : 4 à 5 millions de francs.
t) canl de soude, ne sera pas obligé -de subir la loi dans le prix de » Tune des principales matières de sa fabrication , et qu'il aura la » faculté de fabriquer le savon de la manière qu'il croira la plus » convenable à ses iniérêls, à son industrie, à ses connaissances ;
» Que le consommateur français, dont les intérêts ne doivent i) pas être perdus de vue , aura le savon à meilleur marché ...
» De tout ce qui vient dê'tre dit , il résulte que les fabricans de » soude factice sont seuls intéressés à la prohibition des soudes et » natrons , prohibition nuisible à l'intérêt de la marine , du com- )} merce et de l'industrie.
» Ces fabricans appuient leur cause de l'utilité qu'ils prétendent » présenter à l'état , en employant un grand nombre d'ouvriers ; » mais les députés de Marseille , dans un mémoire qu'ils ont eu » l'honneur de remette à M. le directeur-général des manufactures i) et du commerce , ont prouvé entr'autres choses , que le calcul » fait à cet égard par les fabricans de soudes factices est extrême- » ment exagéré; que le nombre des ouvriers employés par eux î; est de 400 tout au plus pour la ville de Marseille ; qu'il ne peut x> être augmenté, et qu'on ne saurait accorder dans cette ville un » privilège à celle fabrication , dont l'avaniage se fait sentir à un » si petit nombre d'individus de la classe ouvrière, sans nuire es- » sentiellement à la totalité de la population de Marseille.
» La concurrence doit suffire à cette fabrication. Si les soudes » factices valent mieux que les soudes végétales , elles auront la TD préférence sans le secours des droits ; si elles sont moins bonnes » ou plus chères , pourquoi obligerait-on nos savonniers à em- » ployer des matières premières qui rendent leurs savons plus >i cliersou moins parfaits. (1). »
A cela l'expérience a répondu : les soudes factices n'ont porté qu'une légère atteinte à notre commerce avec l'Espagne et l'Italie. Les objets que nous fournissions, et que nous fournissons encore à ces pays, ne peuvent leur êire livrés, nulle part, avec plus d'avantages qu'à Marseille, et c'est un motif qui nous assure à jamais leur préférence.
D'ailleurs, que ceux qui craignont que ces pays ne manquent
(1) Les députés signataires de ce mémoire étaient MM. Pierre Perron, le marquis Delyle-Saint-Marlin, Pierre Plasse, Laget Levieux , Pierre-Hoooré Roux et le marquis de Montgraod.
d'objets à importer en France , jettent les yeux sur les immenses quantités d'huiles, de blés, de soufre, etc., qu'ils nous envoient.
Le gouvernement repoussa la demande des députés de la Chambre de Commerce. Et à l'abri de la protection des tarifs , cette fabrication prit , comme on Ta vu , un large et rapide accroissement (1).
Cet accroissement et ce succès , on peut le dire , ont été utiles au pays. Les fabriques établies, pour la plupart, dans des lieux déserts et incultes ont donné de la valeur au sol , y ont amené de nombreux capitaux , établi une population d'ouvriers. Les communes voisines ont trouvé une source de richesses dans les profits prélevés sur les objets de consommation de ces ouvriers et de leurs familles.
Les fabriques de soude ont procuré à nos salines un débouché annuel de 200 à 300,000 quintaux métriques de sel, et à nos mines de houille une consommation de 600,000 hect. de charbon.
La soude artificielle a permis l'emploi des huiles de graine dans la fabrication du savon. Ainsi les départemens du Nord ont été appelés au partage des profits de cette importante conquête de la science et de l'industrie.
La main-d'œuvre entre pour beaucoup dans le prix de la soude . 100 kil. coûtent environ 2 fr. 50 cent, de façon. Ainsi 400,000 q. m. produits dans une année par les fabriques du Var et des Bouches-du-Rhône, procurent un million de francs à la classe ouvrière. Celte somme divisée par le prix moyen de la journé (1 fr. 50 c. ) à raison de 300 journées par an, fait subsister plus de 2,000 ouvriers.
On a vu qu'en 18*0, les soudes se vendaient 55 francs le quintal table; que l'amélioration toujours croissante des procédés, et sans doute aussi la concurrence, firent descendre ce prix jusqu'à 4 fr. 50 c. , soit 5 fr. 50 c, les 50 kil. ; qu'on ne vit de remède aux pertes qui paraissaient résulter de ce bas prix, que dans une association, dans une sorte de coalition. Les fabricans de soude, après
(1) Le droit sur les soudes étrangères fut Gxé à 15 fr. par 100 kil. La Chambre des députés étendit ce droit aux natrons. Le conseil municipal, le conseil général du département, le conseil d'arrondissement et la Chambre de commerce réclamaient encore en 1819 et 1820,1a suppression ou du moins la réduction de ces droits. La loi du 7 juin 1820 établit le droit sur les sondes à 11 fr. 50 c. les 100 kil. Celui des nalrons à 6 fr. 50 .
s'être entendus pour l'achat du sel , s'entendirent pour confier la vente de tous leurs produits à une seule personne. Celle-ci, à l'abri de toute concurrence , vendit à 8 fr. 75 centimes ce qui ne se vendait que 5 fr. 50 c. Les fabricans qui ne voulurent pas entrer dans cette association, reçurent annuellement des sommes considérables pour tenir leurs fabriques fermées.
On sent que cet état de choses devait amener de fâcheux résultats.
Voilà une fabrication à l'abri de toute concurrence ; et quelle garantie pour le consommateur là où il n'existe pas de concurrence?
Aussi, les fabricans de savons se plaignirent vivement. Leur industrie, si importante dans noire cité, était à la merci des producteurs d'une de leurs principales matières premières. Le dommage éprouvé était considérable. La hausse, résultat de la coalition, était de 3 fr. 25 c. , par 50 kil. , soit 6 fr. 50 c. par quintal métriques. La savonnerie de Marseille consommait annuellement alors environ 400,000 milléroles d'huile, ce qui, à 50 k. soude par millérole , représentait 200,000 quintaux métriques de soude. La différence était donc de 1,300,000 fr. C'était un impôt énorme prélevé sur la savonnerie et sur le consommateur.
Un grand nombre d'ouvriers demeurèrent sans travail par suite de l'inaction payée de plusieurs fabriques.
Il n'est pas bien que l'on prélève sur le public de quoi payer largement l'oisiveté de quelques fabricans (1). Cela est contraire à tous les principes. C'est une atteinte à la liberté du travail et aux droits de l'industrie. Les tarifs qui protègent les soudes françaises contre les soudes étrangères sont institués en faveur de tous et non de quelques-uns.
Les fabricans de soude , par des stipulations adroites , avaient tenté de se mettre à l'abri des rigueurs de la loi ; mais son esprit n'en était pas moins violé. Elle a consacré la liberté de l'industrie ; elle a aboli les jurandes et les maîtrises ; elle punît les monopoles et les coalitions. C'est qu'elle ne veut pas que le prix d'une denrée soit élevé par des moyens factices aux dépens des consommateurs. La concurrence est nécessaire, non-seulement pour procurer au pays le prix le plus bas possible d'une denrée , mais
(1) On prétend qu'un individu qui tirait de sa fabrique an loyer de 3,000 fr. lorsqu'elle travaillait, recevait 25,000 fr. pour ne point la faire travailler.
encore pour garantir la qualité. Or, la concurrence n'existait p'.uo par suite de la coalition. C'est un fait incontestable.
Il est évident à mes yeux que ce moyen d'augmenter îes bénéfices d'une industrie n'est point licite (1).
Je crois qu'il est possible de venir au secours des fabricans de soude autrement qu'aux dépens du consommateur. Un débouché de plus ouvert aux produits de nos savonneries serait aussi utile, sans doute , à la fabrication des soudes que le peut être une coalition.
Qu'on supprime les droits exorbitans qui frappent les salpêtres de l'Inde à leur entrée en France (2). Notre commerce et notre marine y gagneront comme la fabrication des soudes.
Qu'on facilite l'exportation des soudes. En 1818, de nombreuses expéditions furent faites avec succès pour les ports de l'Angleterre.
Malheureusement, dès le commencement de ! 81 9, un bill prohibitif arrêta presque dès leur naissance des spéculations qui auraient ouvert à nos manufactures un immense marché. Le gouvernement français devrait s'attacher à obtenir de l'Angleterre la modification de ce bill. Les Etats-Unis d'Amérique et l'Italie offriraient aussi un débouché considérable à nos soudes, si une prime d'exportation leur était accordée en remboursement des droits auxquels sont soumis les soufres d'Italie et les salpêtres de l'Inde. Cette prime pourrait être réglée ainsi qu'il suit :
(1) Ces tentatives de monopole renaontenl fort loin. On en trouve des traces pour chaque industrie dans nos archives commerciales. Les grands seigneurs euxmêmes ne dédaignaient pas ce moyen de s'enrichir; mais la Chambre de commerce ne cessait de réclamer au nom de la liberté ; on lit ce qui suit dans le procès verbal du bureau , tenu le 27 février 1653.
».... A esté représenté que depuis quelques années, feu M. de Claugny » avait obtenu du roi la palte ( ce mot est employé en Orient dans le sens de » privilège ) des soudes , matières , bariles et cendres, afin que toutes lesdites » marchandises passent par ses mains ; depuis la mort duquel seigneur, M. de » Villeroy a obtenu la levée [ c'est-à-dire la même concession ), si bien que Mes- » sieurs de la ville s'y sont rendus opposans, et désirent de défendre cette oppres- » sion qui regarde la liberté du commerce. Et à cet effet , ils ont proposé à la » Chambre de se joindre à eux, pour, tous ensemble , empêcher un parti sidom- » F.iageable à la liberté publique. » — Il y eut à ce sujet pourvoi devant Jf. le lieutenant et envoi de députés à Paris.
^2; Ces droits ont été diminués depuis la première édition do ce livre.
1 fr. 50 c. par 100 kil. de soude brute.
2 fr. 50 c. par 100 kil. de sulfate de soude. 4 fr. 50 c. par 100 kil. de sel de soude.
Qu'on cesse d'assujétir cette industrie à des règles trop restrictives. Ainsi , pourquoi interdire la fabrication des soudes audessous de 20 degrés de l'alcalimètre ? Cette mesure est inutile. Ca savonnerie s'en plaint, et il est juste d'accorder la faculté de fabriquer dessoudes salées sans aucun titre alcalimétrique.
Il est de la prudence sans doute de dénaturer les sels marins, à leur sortie des entrepôts, par une addition de charbon et de goudron. Mais pourquoi , lorsque les sels, déjà dénaturés par le goudron et par la poudre de charbon, sont expédiés sous acquit-àcaution aux diverses fabriques de soude , et que là ils sont mis en entrepôt dans un magasin fermé à trois clefs , pourquoi leur faire subir une nouvelle altération par un mélange de 15 parties de sulfate , sur 85 parties de sel ?
C'est Une précaution rigoureuse qui n'a d'autre objet que d'imposer au fabricant un surcroît de dépense en main-d'œuvre et en combustible.
L'exportation des soudes à l'étranger et aux colonies (1) a été en 1835, de 6,580 quintaux métriques. — En 1836, de 3,258. — En 1837, de 4,869. — En 1838 , de 6,175: Voici les chiffres des années suivantes avec les destinations :
(1) Il s'en expédie aussi pour les ports français de l'Océan et de la Méditerranée. Les états du cabotage réunissent en un seul article les soudes et autres produits chimiques. En voici les résultats :
Soudes , potasses et autres produits chimiques , expédiés des ports français de la Méditerranée aux ports français ds l'Océan.
Produits chimiques expédiés de Marseille.
Pour les ports français de la Méditeranée Q. M. 26,847 16,542 5,938
Soudes exportées de Marseille.
(Commerce spécial. )
Russie Q. M. 183 190
Danemarck — —
Villes Anséatiques l 15
Hollande 390 118
Belgique 1,366 979
Espagne 776 514
Autriche 167 815
Sardaigne 2,484 2,054
Deux-Siciles 546 270
Toscane 1,073 1,065
Autres États d'Italie 2 82
Grèce — 274
Turquie — 42
Algérie 167 222
Étals-Barbaresques 10 1
Etats-Unis. 179 107
Possessions anglaises d'Afrique. 22 —
Brésil — 261
Rio-Plata et Uruguay 1 —
Guadeloupe 1 1
Martinique 4 1
Bourbon — 1
Totaux 7,372 7,012
Sulfate de soude exporté de Marseille.
(Commerce spécial ).
Belgique Q. M. 1,594 139 —
Espagne 1,647 700 2,006
Autriche 2,083 2,052 1,413
Sardaigne 603 276 916
A Reporter 5,827 3,167 4,335
Report .Q.M. 5,827
Deux-Siciciles *
Toscane • — • • ^^
Etats-Romains. . . . .^
Turquie *3
Algérie • *
Venezuela • • •
Brésil
Martinique
Guadeloupe
Totaux 5»897