‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 100 sur 197 · Ms. de la Sorbonne, de la Nécessité des conférences · texte numérisé non relu

Ms. de la Sorbonne, de la Nécessité des conférences

l'obligation stricte de se conformer à cette prescription des statuts, et ne leur reconnaît pas le droit de s'y soustraire. Rien de frappant comme le ton de ce discours; il tient du conseil, mais plus encore de la mercuriale, Caylus s'y révèle gardien de la tradition"; on le sent investi d'un pouvoir. Ne lui demandez ni ménagements, ni complaisances : il dit à chacun son fait, avec une rudesse tempérée de bonhomie. Il parle sans façon de la « paresse » et du « dégoût » de certains académiciens : est-il donc si pénible de parler d'un art où l'on excelle? L'assiduité n'est rien, si « des hommes profonds dans un art consentent à s'assembler pour ne jamais parler de ce même art ». « Des empiriques, ajoute-t-il spirituellement, qui craindraient le vol de leur secret, n'auraient pas une conduite plus réservée. » Est-ce une fausse timidité qui les retient? « Je veux supposer qu'on apportât à l'Académie des choses communes et triviales ; je soutiens qu'elles auraient encore plusieurs avantages. » Aussi ne peut-on attribuer ce silence qu'à « une paresse trop écoutée, que le fond de leur cœur désavoue ». Et Caylus montre les fruits incontestables de ces conférences, et pour ceux qui les font, et pour ceux qui les écoutent. Il plaide la cause de cette jeunesse « qui fera dans la suite l'honneur de son pays comme vous le faites aujourd'hui, et qui mérite par ses progrès que vous fassiez un effort pour elle ». Que de chemin encore à parcourir pour que l'Académie devienne « la fidèle copie de celle que les Grecs avaient l'habitude de se former »! Car — Caylus n'en doute pas — c'est là le modèle sur lequel s'est réglé le fondateur de l'Académie. Caylus, par ses conseils, veut seulement rappeler « les moyens de mettre en action les images de l'école d'Athènes, indiquée si précisément dans les statuts ». Enfin, pour mieux convaincre la compagnie et la a tirer d'une espèce de léthargie », l'orateur fait appel à sa reconnaissance.

CAYLUS A L'ACADÉMIE ROYALE

« Songez que les conférences sont un moyen de répondre aux bontés du roi, qui vous comble de ses bienfaits, et qui vous a honorés de sa protection immédiate. »

i^près un tel manifeste, Caylus était tenu de prêcher d'exemple. Il n'y manqua pas. Tous ses discours ne nous ont pas été conservés, et c'est grand dommage. Il est même impossible d'en établir la liste probable, car nous en connaissons au moins deux qui ne sont même pas mentionnés au procès-verbal \ L'existence de cinq autres nous est garantie ^, et certainement il en a composé un nombre bien plus considérable. Dans la seule année 1747, il en a lu deux ou trois, et non des moins importants. Celui qui nous reste, Réflexions sur la 'peinture'^, est intéressant à plus d'un titre. C'est une sorte de leçon sans apprêt, sans ornement, mais pleine de sens, de justesse et d'autorité. Caylus pose des définitions, donne des conseils. Il distingue le génie, le goût et la nature ; il rend compte du rôle de chacun dans la conception d'une œuvre d'art. Il justifie l'objet de son étude : « Le méchanisme d'une chose nonseulement nous fait plaisir à savoir, mais souvent nous en facilite la production ». Après quoi il définit les termes (['académie et d'étude, précise l'emploi et l'utilité de ces exercices, et passe à l'exécution. Les jeunes peintres doivent surtout se défier de ce qu'il appelle ingénieusement un (( faux feu », et de la réminiscence, cette grande ennemie de l'originalité. Entre autres moyens de se prémunir contre celle-ci, il indique le suivant : « laisser

1. Sur la nécessité des conférences et Sur les dessi)îs des maîtres.

2. Réflexions sur la peinture, 3 juin 1747 (relu le 5 août ensuivant); — Sur Vharmonie et sur la couleur, 4 novembre 1747 (relu le 5 juin 1762); — Dissertation sur Vamateur, 1 septembre 1748 ; — Sur la composition, 5 décembre 1750 (perdu?); — Sur diverses statues d' hermaphrodites, 27 octobre 1758 (perdu?). — Ceci sans préjudice des autres travaux tels que biographies, environ une vingtaine de Vies courtes, et plusieurs très développées, etc.

3. Retrouvé et publié par M. Ch. Henry (Revue libérale de mai 1883).

reposer quelque temps sa pensée pour être bien assuré du degré de propriété qu'on a sur elle ». Pendant qu'il compose, le peintre pourra être utilement conseillé par des amis éclairés. L'ami « qui vous conseille et non pas qui vous loue » joue un rôle considérable dans les opuscules de Gaylus. Volontiers il rappellerait le vers du satirique :

Faites-vous des amis prompts à vous censurer.

Il termine par quelques considérations sur le costume, et sur les moyens d'en acquérir la connaissance : Fétude de Fbistoire et de la fable, la lecture de quelques auteurs. Mais i] ne veut pas qu'on s'adonne exclusivement à cette recbercbe : « ce serait se distraire d'un art qui demande un liomme tout entier ».

Ce discours est déjà digne d'attention; il replace l'enseignement de l'art sur son véritable terrain, qui doit être technique et pratique; mais il ne relève que de ce que nous appellerons la pédag-ogie artistique. Caylus, qui connaissait à merveille les vieux papiers de l'Académie, a pu en trouver d'analogues dans les rédactions d'un Boulogne le père ou d'un Van Obstal. Le suivant, Discoui^s sur V harmonie et sur la couleur \ relève de la critique d'art. Un artiste, possédant à fond le métier, doué du goût le plus fin et du jugement le plus sùr, a seul pu l'écrire. Quand on considère la valeur des idées d'un tel morceau, comme on passe aisément sur quelques imperfections de forme! Encore faut-il s'entendre, et convenir que, pour exprimer certains jugements, Caylus trouve dans rexcellencc de sa pensée des ressources imprévues, et touche au parfait. — Le discours est composé avec rigueur. Dans un sujet si vaste, l'auteur se bornera. 11 rappelle cette première harmonie dans une figure dessinée, qu'on appelle balancement;

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