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CHAPITRE III

CAYLUS ET l'antiquité. ESSAI d'uNE RÉFORME

Nouvel objectif de Caylus : l'antiquité. — Rapprochement des savants et des artistes. — Mengs en Italie. — Caylus en France. — Caractère pratique de ses travaux. Dissertations techniques. Les dessins de Bartoli. — Nouvelles visées : les Tableaux (THomère. Caylus et Lessing. Peinture et poésie. — L'allégorie; l'histoire; le costume. — Hercule le Théhain. — Le Prix d'expression. — Le goût chez Caylus. — Importance et nature de son rôle dans l'art du xvme siècle.

Considérés dans leur ensemble, les premiers efforts de Caylus à l'Académie nous montrent quelle ambition il eut pour elle : la ramener au grand art du xvi*' siècle, en faire riiéritière directe de ses Ecoles, ranimer Fart en le plaçant en face non d'une Italie dégénérée, mais de l'Italie de Jules II et de Léon X. Il a sans cesse devant les yeux cette époque unique où le génie enfantait dans la joie, où la science se revêtait naturellement de grâce et le travail de facilité. Tout ce qui peut la lui rappeler, même de très loin, le charme et l'enchante. Ce ne sont pas seulement les études des élèves qu'il encourage, ce sont les travaux personnels des professeurs, les recherches érudites des peintres, leurs réflexions sur la pratique ou le progrès de leur art. Ainsi faut-il s'expliquer cette prédilection pour les écrivains que l'Académie de peinture a vus naître. Poètes didactiques, critiques, simples panégyristes de Fart, tous

lui sont également chers : il n'en voudrait sacrifier aucun, depuis le premier en date, Perrault, jusqu'à Watelet, en passant par de Piles et Dufresnoy, — l'élégant et disert Dufresnoy * qu'il n'hésite pas à qualifier de sublime. Trop facilement ceux-ci le font songer aux écrits de ces grands ouvriers qui s'appellent Michel- Ange et Léonard. Il oublie sans doute que de tels hommes possédaient non seulement leur art, mais l'art ; qu'ils furent excellents théoriciens par la simple supériorité du génie qui domine tout ce qu'il regarde ; qu'enfin de telles rencontres sont rares, et que les plus beaux traités du monde ne servent de rien où manque le génie. En tout cas, cette illusion, caractéristique chez Caylus, prouve encore son désir d'élever l'école française à la hauteur de tels modèles. Durant longtemps, c'est vers la Renaissance qu'il eut les yeux fixés comme vers l'idéal : en ressusciter l'esprit, en faire renaître les riches talents, voilà quel fut son premier but. C'est à l'atteindre qu'il emploie toutes les ressources de sa fertile intelligence, tout l'ascendant d'un caractère dont la volonté ne connaît pas d'obstacle.

Insensiblement , son objectif change , ou plutôt son horizon s'étend. Derrière la Renaissance il a découvert l'antiquité : nous avons dit comment. C'était là le terme logique, inévitable, où devaient aboutir des études qu'un entraînement irrésisble et la passion de la recherche poussaient jusqu'à leur fin dernière. L'artiste atteint ainsi son développement complet juste au moment où l'archéologue se révèle. Avec son sens pratique et sa haine des idées pures, au lieu de s'absorber dans une stérile contemplation, Caylus songe au moyen de faire tourner ses connaissances nouvelles au bénéfice de l'art moderne. Cela ne se peut que par une série d'expériences. Le champ est tout

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