‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 127 sur 197 · Momim. inediti, préf · texte numérisé non relu

Momim. inediti, préf

nets; les membres de l'Acaclémie des inscriptions, de Boze en tête, et les curieux de province ; les confrères de la congrégation aussi bien que les savants de Liège, de Bâle, les collectionneurs de l'Italie et les cardinaux romains. Dans cette étonnante diversité de moyens, dans cette information perpétuelle et infatigable mise au service d'une grande œuvre, il y a un exemple qui ne sera pas perdu pour les successeurs de Montfaucon , et surtout pour le plus zélé de tous, le comte de Caylus.

En résumé, pour bien juger de l'art ancien, il ne manque qu'une cliose aux antiquaires^ c'est d'être artistes. Dépourvus du sens particulier qui était ici l'instrument nécessaire, ils sont arrivés, tliéoriquement, à des résultats négatifs. On peut dire qu'en principe la connaissance de Fart ancien n'a pas fait un pas. Pourtant ce grand effort n'aura pas été inutile. Le moment est procbe où de ce chaos d'érudition sortira la lumière, alors qu'on ne l'attend plus. Les antiquaires auront été ces ouvriers obscurs qui retournent la terre, creusent le sol et amoncellent les matériaux sur l'emplacement d'un palais futur. Ils en ignorent la destination, ils ne le verront pas sortir de terre. Mais il suffit à leur gloire de s'être sacrifiés à l'ingrate besogne des déblayements, d'avoir arrosé les fondations de leurs sueurs, et facilité sa tâche à l'architecte de l'avenir.

Il y a plus; et, pour la science, le profit a été moins indirect qu'on ne pourrait le penser. Si les antiquaires n'ont guère abordé les questions d'art que pour les embrouiller, ils les ont du moins fait sortir du cercle étroit où elles s'agitaient avant eux; ils les ont mises en circulation, et par eux le public est devenu capable de s'y intéresser. Les études d'archéologie figurée qui, jusque vers 1720, tiennent une place à peu près nulle dans les Mémoires de l'Académie, en occupent une de plus en plus notable quand les pre-

miers volumes de V Antiquité expliquée ont paru. En même temps, une des sciences qui touchent de très près à l'art, au moins à titre consultatif, l'épigTapliie, enrichit son trésor d'une manière inespérée, et vient en quelque sorte accroître le faisceau des lumières que des mains habiles projetteront sur les points obscurs. Rien n'est plus remarquable, en effet, que le contingent d'inscriptions apporté par la France à Fœuvre commencée par Gruter. Ce n'est pas par centaines, c'est par milliers qu'il faut compter les textes lapidaires découverts ou commentés par nos voyageurs, nos amateurs, nos érudits, un Spon avec Weliler, un Séguier avec Mafféi, un Fourmont avec Sévin, en attendant que se révèle leur maître à tous, Barthélémy. Leur persévérance les rendait dignes d'attacher leur nom, il y a plus d'un siècle, à cette grande entreprise que l'Allemagne a de nos jours réalisée, au Corpus. Plus d'un Français en conçut alors l'idée; mais ils furent trop modestes. Il ne manqua à tel d'entre eux que la décision nécessaire pour faire appel à l'érudition de nos voisins d'Italie, et le courage de faire autour de l'œuvre nouvelle le bruit dont tels autres plus tard, les Encyclopédistes par exemple, surent si bien faire profiter la leur.

Il faut encore noter le sentiment nouveau qui peu à peu pénètre et vivifie ces études, la curiosité scientifique : non pas cette curiosité qui cherche dans les choses nouvelles le pur amusement, mais celle qui vous pousse hors de votre cabinet, vers des pays lointains, pour voir, pour vous instruire sur les lieux, sans intermédiaires. C'est la description d'une Grèce imaginaire faite par un froid historiographe qui chasse Spon de sa ville natale; et Spon revient de Grèce avec un livre qui déjà est un guide. D'autres iront, ce livre à la main, contrôler les assertions du Lyonnais, et feront des prosélystes. Le roi bientôt distribuera des missions. Les premières donneront des résultats peut-être

médiocres; mais celle qui sera confiée à deux membres de l'Académie des inscriptions marquera déjà une date. Long^temps après, on en racontera avec orgueil les bienfaits. Désormais le branle est donné; les esprits sont en éveil ; les idées les plus contradictoires se combattent ; une vie singulière anime ces vieux textes dont cliaque jour découvre un commentaire plus précis. Quelque chose de grand se prépare . L'ère des antiquaires est encore l'ancien régime de l'archéologie, — mais la Révolution est proche.

C'est aux environs de 1750 que nous arrêtons cette étude préliminaire, ou plutôt cet aperçu. A cette date apparaissent les premiers travaux archéologiques de Caylus, qui forment comme une subdivision dans la « période des antiquaires ». Celle-ci, avons-nous dit, on l'étend d'ordinaire jusqu'en 1764. Mais 1764, c'est V Histoire de VArt\ 1750, date moyenne, c'est encore l'art sous les antiquaires. Entre la science fondée et l'absence de science, une transition est nécessaire, si courte soit-elle. Un seul homme remplit cet intervalle; un seul homme peut nous l'expliquer, — Caylus.

Avant de Tétudier cnfm lui-même, rappelons une dernière fois ce que ses devanciers étaient le plus incapables de lui fournir :

Une technique des arts anciens;

Une méthode de recherches;

Une théorie de Fart,

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