‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 130 sur 197 · Cf. Maury, l'Ancienne Acad. des inscriptions, p · texte numérisé non relu

Cf. Maury, l'Ancienne Acad. des inscriptions, p

ilémie, aussi discrets que les Procès-verbaux eux-mêmes, se sont bornés à enregistrer les deux plaidoiries. Qu'il serait piquant de connaître la physionomie de l'assemblée au cours de ce débat contradictoire, et les sentiments qui la partagèrent!

Jusque-là Gaylus n'avait abordé Pline que pour le louer, ou pour le défendre contre l'ineptie des commmentateurs. Il posait maintenant la question décisive — à laquelle il devait forcément aboutir après tant de circuits et de méandres dans ce labyrinthe qu'il connaissait mieux que personne, — l'autorité de Pline en matière artistique, la pureté de son goût, la valeur de ses jugements. Les précautions, les ménagements dont Gaylus s'entoure au début n'en font que mieux pressentir la conclusion. Il absout Pline d'avance : « Un seul objet suffit pour occuper toute la vie, sans qu'on puisse encore s'assurer de l'avoir bien connu * ». Il se justifie lui-même des restrictions qu'il va apporter aux éloges dont il comblait naguère son auteur favori, « son bréviaire » : « On commence toujours par être ébloui, et un plus grand examen laisse enfin discerner des erreurs que la réputation d'un grand homme et la disposition à l'admirer ne voilent que trop ordinairement ^ ». Ceci dit, il n'hésite pas à déclarer que Pline lui parait « plus physicien que connaisseur profond dans la partie des arts ». Il les a vus, en quelque sorte, en « qualité de citoyen de l'univers ». D'ailleurs, il n'est pas original. Il a puisé à des sources grecques, aujourd'hui perdues, tout ce qui regarde « le fond et la pratique des arts ». Et comme les arts « en particulier » ne sont pas l'objet de son examen, mais plutôt l'usage qu'on a fait des différentes matières, on peut ne pas recevoir aveuglément tous les jugements qu'il prononce du point de vue de l'art.

\ . Réflexions sur quelques chapitres du XXXF^ livre de Pline. (XXV, p. 149.) 2. P. 151.

Cayliis s'applique alors à démêLcr chez Pline le solide et le contestable. Il insiste davantage au début sur les détails qui révèlent en lui un demi-connaisseur; puis il se donne du champ. Dans une série de cinq mémoires, distribués sur un espace de quatorze mois \ il aborde la plupart des questions relatives à l'art ancien, en décrit ou discute les principales opérations. Il excelle dans le rapprochement lumineux, dans la conjecture ingénieuse. Les noms d'artistes modernes, qu'une comparaison bien naturelle amène sous sa plume, ravivent l'intérêt et rajeunissent le débat. Le « mores pinxit » de Pline à propos de Zeuxis le fait songer à Raphaël; la vaste érudition de Pamphile lui rappelle Léonard. Mais c'est Pline lui-même qui fait le fond du débat, et qui en porte les frais. Nombre de ses assertions arrêtent Caylus et le déconcertent. Prétend-il que les Grecs ont inventé la peinture : il faudrait donc, répond Caylus, qu'on eût oublié le dessin depuis la guerre de Troie, où se voyaient des œuvres telles que le bouclier d'Achille. Or une telle ignorance « ne peut succéder à une si grande élégance dans le même pays, lorsqu'il n'a été ni dévasté par les Barbares, ni bouleversé par des tremblements de terre ou des volcans ^ ». Les étonnements de Pline, la nature de certaines remarques, les formules de son admiration sont l'objet d'une critique subtile parfois, mais non moins fondée. Sur les quatre couleurs grecques, opposées par l'auteur aux couleurs romaines plus nombreuses, il écrira : « Quel qu'ait été le sentiment de Pline sur ce fait, le mérite de la peinture n'a jamais consisté dans l'abondance et la richesse des couleurs ^ ». Ici une réflexion un peu plate lui dicte cette phrase : « Il semble que de certains yeux ne peuvent voir que des sujets no-

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