P. ISO
d'après autrui. Est-ce le rabaisser? Non, car c'est le propre du talent, et même du génie, de marquer à son sceau les idées d'autrui repensées à nouveau. « D'ailleurs, remarque Caylus, on peut avoir toutes les parties que nous admirons dans Pline, et ne pas savoir un art aussi profondément que le savaient les auteurs qui lui ont fourni cet extrait, et qui sans doute étaient artistes eux-mêmes. Les traits qui portent cette même empreinte ne doivent pas diminuer la reconnaissance que nous avons à Pline d'avoir choisi des passages qui nous conservent des idées si justes et si grandes du mérite des anciens \ »
Quelque circonspecte et motivée que fût cette critique, Caylus n'en avait pas moins porté la main sur l'arche sainte. Instituer un débat sur l'auteur dont le nom seul tranchait alors tout débat, mettre en question une autorité comparable pour les beaux-arts à celle d'Aristote naguère pour la littérature, c'était des nouveautés la plus dangereuse. Aussi un fougueux partisan des anciens, La Nauze, n'attendit-il pas au delà du troisième mémoire pour répondre à Caylus. Nulle part n'éclate avec plus d'évidence le conflit entre les deux méthodes, entre Caylus et l'ancienne érudition. Division symétrique et artificielle ^ éloges outrés, admiration aveugle, ou négation de toute critique, voilà tout ce qu'on trouve dans ce Mémoire sur la manière dont Pline traite de la pei?îture. Pline y est exalté comme philosophe, comme citoyen; il est justifié par ses « intentions morales ». Il est précisément loué pour sa « méthode exacte », que l'auteur confond ici avec les divisions du discours. Il est éloquent : comment ne serait-il pas le meilleur des critiques? « On sait que les savants, quand ils sont amateurs et véritablement connaisseurs (et Pline