Supercheries littéraires, art. Caylus
3. Notice sur Paciaudi, I. « Ce qui ressort de cette correspondance, c'est surtout la part considérable que le Père a prise aux cinq derniers volumes du Recueil d'antiquités du comte et dont, malgré les aveux de Caylus, on était loin de connaître toute l'étendue. »
4. De 105 morceaux, il tire parfois deux ou trois ^planches à grand' peine. Il est naturellement encombré de morceaux sans rareté, qu'il garde, pour ne pas décourager ses commissionnaires. Tantôt c'est « tout un collège d'Hercules », tantôt 23 vases de lout point semblables à celui qu'il publie, etc. Il reléguait ces innombrables répliques au deuxième ■étage, dans un « grenier ».
ment des diverses missions dont Caylus le chargea : ses lettres sont des commentaires, parfois assez étendus, de ses envois ; plusieurs fournissent comme des notices toutes faites. Son intérêt pour T œuvre du cher comte serait même allé jusqu'à fournir de petits travaux complets, sans condition, pour peu que Caylus eût fait mine de les accepter. Caylus ne voulut jamais entendre d'un pareil marché. Nous savons déjà avec quelle fermeté polie il renvoya certain manuscrit, de Talo lusorio. Il voulut que son œuvre, dédiée à tant de parrains, n'eût qu'un seul père, et pût n'être signée que d'un seul nom. Toutes les fois qu'il peut citer Paciaudi avec honneur, il n'y manque pas Des lettres entières de lui sont insérées, entre guillemets, dans le Recueil. Pour le reste, nous pouvons juger pétr nous-mêmes : les pièces du procès sont entre nos mains. Or nous ne voyons pas que les lettres de Caylus soient moins pleines de faits, d'observations, de renseignements, que celles de Paciaudi à Caylus. Nous trouvons, dans cette correspondance comme dans tant d'autres, des hommes désireux de s'instruire mutuellement sur des sujets délicats, et qui se communiquent leurs opinions, leurs doutes. Parfois des lettres se croisent qui contiennent la même pensée • suggérée par le même objet; parfois aussi les opinions des deux amis diffèrent, et tantôt chacun garde la sienne — (c'est le cas le plus fréquent), — tantôt l'un des deux reconnaît son erreur. Sans doute il ne pouvait résulter de ce commerce que du bien pour tous deux. Mais lequel a le plus profité? C'est une question; — et ce n'est pas la question. Paciaudi a-t-il beaucoup formé Caylus? Il se pourrait. Mais alors, comment Paciaudi se dit-il quelque part 1' « élève de Caylus »? Tout ce qu'on
1. On pense bien que Paciaudi n'est pas en reste de politesses avec lui. 11 l'en accable même : dans les Monum. Peloponn.^ le comte est spectantissimus, doclissimus, Mœcenas, etc., etc.
l'oeuvre archéologique de caylus. 299
peut acorder se réduit à ceci : Paciaudi, en indiquant la provenance exacte de certains objets et parfois leur usage, a pu éclairer Caylus. D'autre part, il lui offrait, avec les sources auxquelles il le renvoyait, des éléments de discussion. Caylus, sur ces deux points, lui adresse parfois des questions expresses, et il tire des réponses bon profit. Monuments et renseignements, voilà ce que peut fournir Paciaudi, voilà bien ce qu'on lui demande. Mais qu'eût-il tiré lui-même des uns et des autres? Guère plus que ce qu'il en dit. Et quel emploi en fait Caylus? Un emploi tel, que le bon théatin, au lieu de dénoncer le plagiat, se récrie d'admiration, et déclare que l'auteur du Recueil a « ouvert une route nouvelle * »..
Pour Bartbélemy, la question est plus délicate, quoique au fond analogue. Caylus lui doit évidemment beaucoup. Bartbélemy a favorisé la naissance du Recueil^ il a larg-ement contribué à la rédaction du premier volume; il a pris Caylus pour confident de son piquant et instructif voyage en Italie, il l'a mis en rapport avec Paciaudi; plus tard, quand Pavenir du Recueil était assuré, il ne lui a jamais marcbandé les éclaircissements dans les cas difficiles, pour une inscription, une monnaie, une médaille. Caylus, de son côté, lui a toujours montré une grande reconnaissance et, même du temps où il avait « doucement retiré ses troupes », une sincère admiration. Cependant il n'y a aucun rapport direct entre leurs œuvres et leurs idées ; non seulement on peut croire qu'ils ne se sont jamais beaucoup aimés, mais il est certain qu'ils ont été sans grande influence l'un sur l'autre, et même qu'ils se sont peu compris. On ne voit pas trop en quoi Caylus relève de Bartbélemy lielléniste, épigrapbiste , orientaliste ou numismatiste : d'érudition il ne se piqua jamais, même