‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 181 sur 197 · Relevée par M. Collignon, Archéol. r/recque · texte numérisé non relu

Relevée par M. Collignon, Archéol. r/recque

LA THÉORIE. — CAYLUS ET WINCKELMANN

les ait re[)lacés depuis au rang^ des belles œuvres, mais non des chefs-d'œuvre, il serait supertlu de le montrer \ Il suffit que de telles productions, comparées à celles du xYiif siècle, frappassent les modernes par une incontestable supériorité ; il suffit que leurs yeux, habitués au spectacle d'un art corrompu, aient puisé dans la contemplation d'oeuvres grandes, et d'une beauté déjcà très relevée sinon encore idéale et simple, une admiration qui a pu aller jusqu'à l'enivrement. On découvrait l'art avec leLaocoon, comme naguère la nature avec Jean-Jacques. La fin du xviii® siècle est pleine de ces découvertes, accueillies chacune avec un nouveau débordement d'amour et de foi. L'enthousiasme de Winckelmann a donc été sincère : au lieu de lui reprocher l'excès, on peut dire qu'il n'a valu que par son excès même. Il fallait que ce qu'il avait à dire fût dit une fois pour toutes, d'un ton, d'un accent que l'on ne pùt oublier. A suivre ainsi l'inspiration plus que le raisonnement, on sait ce qu'il gagna. Le coup d'aile qui tout à coup, au milieu de son œuvre laborieuse, l'enlève de terre pour le placer en face de la beauté, Fa débarrassé pour toujours de la médiocre appréciation des œuvres médiocres. On comprend quelle subite clarté dut éblouir les contemporains à la vue seule des titres de ces chapitres fameux : De ressence de Vart , De Vexpression et des proporlioyis , De la beauté des parties du corps humain^ etc. — C'est proprement l'alphabet du sublime que Winckelmann apportait à une foule avide de le connaître et qui le cherchait à tâtons dans les ténèbres. Aussi quels applaudisse-

1. « On ne connaissait pas les marbres du Parthénon et la Vénus de Milo, (|uand on voyait le terme suprême de l'art dans l'Apollon du Belvédère et la Vénus de Médicis. » J.-J, Ampère, l'Histoire romaine à Rome (Revue des Deux Mondes, 15 juin 1855). — Depuis cette date, que de découvertes non moins significatives à inscrire! Voir notamment : 0. Ravel, Monuments de l'art antique, passim, et G. Perrot, les Études d'archéologie classique depuis Winckelmann jusqu'à nos Jours [Revue des Deux Mondes, l^r août 1880).

ments, quels cris de joie! Vingt ans après, l'émotion n'était pas calmée, et Gœthe ne pouvait fouler le sol italien sans évoquer à chaque pas le souvenir de Winckelmann \

C'est qu'en effet Winckelmann avait trouvé dans la méditation et la contemplation ce qu'on chercherait vainement dans les livres, un moyen de sentir et d'interpréter la beauté. Celte vérité, que l'art est un langage, il l'apprit en détail sur le front de ses jeunes dieux, dans le regard de ses déesses, sur les lèvres, le corps de ses héros et de ses nymphes. Il put démontrer, par la plus délicate analyse des formes et des contours, si tel marbre était dieu ou héros, nymphe ou déesse, discerner les divers genres de beauté d'une Vénus, d'une Junon, d'une Diane, définir également le tout et les parties, depuis les grandes lignes qui circonscrivent un groupe jusqu'aux moindres détails du ciseau , aux commissures des lèvres, au clignement des paupières, aux boucles de la barbe et des cheveux. Il n'était pas moins nouveau ni moins démonstratif, malgré d'inévitables lacunes, trop voyantes aujourd'hui % quand il caractérisait les divers styles qui conduisent l'art de la période archaïque à la décadence, l'ancien style, le style sublime, le beau style, la grâce, et la manière qui annonce la chute. Encore une idée, si l'on veut, indiquée par Caylus : mais quelle comparaison entre un axiome sèchement énoncé, et cette vivante définition, incarnée dans des œuvres que l'on voit et que l'on touche, et parée du double prestige de l'érudition et de l'éloquence! En abordant ces régions supérieures où la haute critique se combine si librement avec l'esthétique, en fondant ses remarques sur quelques exemples d'une immortelle beauté, Winckelmann échappait d'un bond aux recherches mesquines qui pou-

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