‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 182 sur 197 · Voyage en Italie, passim · texte numérisé non relu

Voyage en Italie, passim

2. Notamment en ce qui concerne les diverses écoles de la Grèce, aujourd'hui si ingénieusement définies et classées, avec leurs genres et même leurs sous-genres.

LA THÉORIE

CAYLUS ET WINGKELMANN.

vaient le clouer à terre : il planait déjà quand la foule des antiquaires rampait encore autour de lui, et que Caylus, s'élevant avec effort, et cherchant à saisir le beau qu'il voyait trop bas, n'étreignait que le vide et retombait lourdement.

Ainsi, des trois éléments qu'on peut distinguer dans V Histoire de VArt^ Télément historique, l'élément technique et l'élément esthétique, — le premier est de valeur contestable \ le second manifestement emprunté de Caylus; quant au troisième , il n'est pas sans modèle dans ses parties inférieures ou moyennes, mais il est original et inimitable dans ses parties supérieures ^ , ce qui justifie suffisamment sa fortune : en art, il n'y a que le supérieur qui compte.

Winckelmann devait déployer un autre genre de mérite dans son second ouvrage, incontestablement supérieur au premier, bien qu'il n'en contienne guère que les pièces justificatives. Ici la précision des détails, la fécondité des ressources, l'abondance et l'ingéniosité de l'érudition mettent l'auteur au-dessus de lui-même. Dès lors, ce qui demeura acquis à la science nouvelle, ce fut cette herméneutique spéciale que Winckelmann avait pour ainsi dire créée de toutes pièces. Prouver que la connaissance des mythes est la clé de l'art ancien, c'était nous ouvrir la Grèce et l'Orient; pour trouver en archéologie une découverte de cette importance, il faut descendre jusqu'à Cham-

1. Signalé de très bonne heure par Heyne [Eloge de W.)^ qui semble avoir jugé son glorieux compatriote avec une perspicacité de frère ennemi.

2. « Son principal mérite est d'avoir indiqué à l'étude de l'antiquité sa vraie source, qui est la connaissance de l'art. Gomme aucun artiste n'avait encore écrit sur les anciens ouvrages de l'art, mais seulement quelques savants,... le plus savant antiquaire n'avait pas encore songé à tourner ses regards vers l'origine de l'art ou sur la manière de le traiter et de l'exécuter », etc. (Heyne, Eloge de W.) — On sait maintenant, sans diminuer la gloire de Winckelmann, quelle restriction il faut apporter à cette dernière phrase au bénéfice de Caylus.

pollion. Ici encore, Winckelmann doit bien quelque cliosç à Caylus, c'est-à-dire l'art de ces descriptions exactes et techniques qui sont déjà des demi-explications : et, s'il s'y montre l'égal de son maître, il ne lui est pas supérieur. Quant à l'idée même d'un art mythique, il a pu, comme nous l'avons déjà fait remarquer , en prendre l'idée ou plutôt le soupçon fugitif dans Caylus lorsqu'il écrivait son Cabinet de Stosch. Mais insister serait attribuer d'autant plus de mérite à Caylus qu'il a plus laissé à faire. L'entreprise , à supposer qu'il Tait crue possible, était trop au-dessus de ses forces. Si l'idée sur laquelle reposent les Monumenti inediti est déjà dans Caylus, elle n'y existe que comme la statue existe dans la carrière.

C'est pourtant quelque chose que d'avoir fourni le marbre, et ce genre de service, Caylus l'a souvent rendu à son glorieux successeur. Winckelmann a puisé dans le fouillis du Recueil en génie qui prend son bien partout il le trouve. Libre à lui; mais on peut constater que c'est presque uniquement dans Caylus qu'il l'a trouvé. Si d'ailleurs l'emprunt porte sur des idées non moins que sur des faits, s'il touche à la méthode et à la constitution même de la science; si, d'autre part, dans la divergence qui sépare ces deux hommes remarquables, il se trouve que le plus ancien des deux a eu, à certains égards, la vue la plus pénétrante et la plus vraiment scientifique, on peut — sans prétendre à les comparer sous le rapport de l'influence directement exercée sur les contemporains, — on doit même, semble-t-il, au lieu de les sacrifier l'un à l'autre, associer leurs noms comme désormais inséparables l'un de l'autre, inexplicables l'un sans l'autre, et montrer dans l'œuvre commune, dans la science définitivement fondée, la conciliation qu'on ne trouve ni dans leurs caractères, ni dans leurs esprits, ni parfois dans leurs œuvres.

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Oui, malgré Févidente disproportion de leur savoir et de leurs titres, leurs mérites sont jumeaux, et par la difficulté très particulière que chacun rencontrait dans son œuvre, et par Tinvention dont chacun a fait preuve dans la partie qu'il a réalisée. Chacun d'eux est plus d'un demiarchéologue, au sens le plus large du mot; mais Tun est encore trop antiquaire, et l'autre ne l'est pas assez. Il faut les réunir pour avoir un archéologue complet. Ils offrent alors, si Ton peut dire, les deux côtés de la science, la face et le revers. Winckelmann a joué le rôle éclatant, retentissant, celui qui attire d'ahord la vue. Dans une question encore confuse, d'instinct, il est allé droit à Tessentiel : il Ta dégagé, il Ta montré. Éhloui de sa propre découverte, il s'en est enivré, il Ta prêchée au monde. Qui s'inquiète alors de son émule, penché sur des fragments informes, cherchant ses preuves dans ce qui fut le rebut des âges, occupé, comme ce vieil orateur méticuleux, à « soulever toutes les pierres ' » pour voir ce qu'elles peuvent cacher d'arguments?

Qu'on ne s'y trompe pas cependant. Si la part de Caylus n'est pas la plus belle, elle ne fut pas la moins utile. Caylus n'est ni précisément érudit, ni du tout esthéticien, métaphysicien, ou mythologue : mais, s'il n'a pas les qualités d'un fondateur de doctrine, il a, au plus haut degré, celles de l'observateur, du critique, et de l'archéologue de profession. Quand, au lieu de lui reprocher ce qu'il n'a pas fait, on tient compte de ce qu'il a su tirer de ses « guenilles », on demeure confondu. Il fallait un tact surprenant, un sens exceptionnel, affmé encore par un maniement quotidien, pour opérer tant de découvertes sur des objets si misérables. Materiam supeirivit opus. Ce genre

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