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de mérite n'a pas échappé aux critiques allemands, plus justes que nous — une fois n'est pas coutume — envers l'antiquaire français. Heyne va jusqu'à reprocher à Winckelmann d'avoir trop négligé les œuvres de valeur secondaire. « Quelle lumière, dit-il avec raison, le comte de Caylus n'a-t-il pas su tirer, pour la partie mécanique de l'art, des productions les plus médiocres même? Chaque morceau qui reste de l'antiquité peut donc nous devenir utile ; mais il faut que ce soit suivant le rapport ou l'analogie qu'il peut avoir avec les autres ouvrages de l'art; et rien ne doit paraître absolument à rejeter pour l'amateur qui sait observer d'un œil attentif et éclairé \ » C'est la gloire de Caylus d'avoir senti qu'en art il n'y a pas de quantité négligeable, et que de grands ensembles peuvent être préparés avec des infiniment petits. L'esprit essentiellement constructeur qui d'un bout à l'autre anime le Recueil et fait vivre ces groupes un peu hétérogènes, mais nullement confus, a pu suggérer à Winckelmann Tidée de son Histoire. En tout cas, le Recueil a fourni à l'édifice une foule de matériaux éprouvés, humbles pierres, moellons et ciments destinés à en assurer les bases, à combler les vides, à garnir les parois aux endroits peu voyants, tandis que l'architecte se préoccupait surtout de régler la belle ordonnance du monument, et de sculpter en plein marbre une noble et imposante façade. Entre des mains habiles, le meilleur d'une œuvre fragmentaire a fait corps avec un travail d'ensemble, et le tout est si bien lié, layé, luté, qu'un œil attentif peut seul distinguer cette double provenance.
Si pourtant l'on préfère rendre à chacun ce qui lui appartient, et marquer d'un trait leur originalité, on sera frappé de voir que le plus âgé des deux est celui dont les
1. Eloge de Winckelmann, en tête de V Histoire de l'Art (éd. Jansen), xxx.
LA THÉORIE. — CAYLUS ET WINCKELMANN
idées ont le moins vieilli. Sa conception de l'art est vraiment plus savante, en tout cas plus conforme à l'esprit de la science en général, et soulève plus de débats intéressants. Winckelmann semble être conduit à sa tbéorie de l'art grec par une idée littéraire. L'art, comme la littérature, aurait pris naissance sur un sol favorisé des dieux, s'y serait proposé comme elle un certain idéal, qu'elle aurait ensuite atteint et perdu à la suite des mêmes transformations.
Le système de Caylus l'aurait plutôt conduit, pour continuer l'image, à l'histoire de la formation des langues. En tout cas, il étudie les procédés et les formes de l'art comme les philologues étudient ces racines qui accusent la parenté de certaines races*. Sa curiosité l'eût poussé fort avant dans ces questions, s'il eût pu les aborder plus tôt. C'est là son goût, on pourrait dire son triomphe. Ses préférences sont aussi pour les solutions détournées, délicates, comme peut en trouver un demi-savant propre à tout, très perspicace, très inventif. Au lieu de s'enfermer, comme Winckelmann, dans un cadre rigoureusement tracé, il guette sans cesse, à l'horizon mobile de ses connaissances, l'ouverture qui lui permettra une nouvelle échappée. Admirable pour pressentir les difficultés d'une question vaguement entrevue, il use pour les vaincre de toutes les lumières qu'une compagnie comme l'Académie des inscriptions peut faire briller à ses yeux. Dans cette « communication » perpétuelle de l'art, qui touche à tout, aux races, aux religions, il pressent l'importance de la parenté des langues : il en signale les points obscurs \ il devine l'origine de l'alphabet. Tantôt il se disperse et s'éparpille, voulant se faire tout à tous les sujets; tantôt il se ramasse et se concentre. Il y a chez lui de l'acharnement à percer le mur. Il s'use les