VIII AVANT-PROPOS
des gazettes officielles, les vérités d'oraison funèbre; ou encore, les protestations plus éclairées, mais partiales, de l'amitié; — de l'autre, les aigres critiques de tout un clan littéraire, animé par Marmontel et Diderot, ou la haine recuite d'artistes à l'épiderme trop sensible, et d'ailleurs sujets à caution. Entre les deux, comme un accord de silence où l'on distingue quelque épigramme à demi-voix du discret Barthélémy.
L'opinion ne savait vraiment où se prendre entre cet omnium artium Maecenas et ce « fléau des artistes », lorsque, coup sur coup, plusieurs pubhcations ont fait dernièrement entrevoir un Gaylus plus vivant et surtout plus vraisemblable. La Correspondance de Gaylus avec Paciaudi, si remarquablement éditée, y a surtout contribué; les Portraits intimes des Goncourt n'y ont pas nui; les Mémoires de Gochin ont éclairé les alentours \ Une enquête sérieuse sur l'homme devenait possible, et l'on a pu espérer un instant que M. Gh. Nisard nous la donnerait. Nul n'y était mieux préparé.
En même temps, comme à point nommé, le nom de Gaylus nous revenait de l'autre côté du Rhin accompagné des plus vifs éloges. Deux professeurs distingués, l'un voué au grand Winckelmann et à son œuvre, l'autre occupé de retracer l'histoire complète des études
1. Correspondance, inédite du C. de C/njhis avec le P. Paciaudi. théatin. 1757-1165 (etc.), par Ch. Isisard; Impr. nationale, 1877, 2 vol. gr. in-8. — Portraits intimes du xvr.i- siècle, par E. et J. de Goncourt (article Gaylus); Paris, 1879. — Mémoires inédits de Ch. -Nie. Cochin. par Ch. Henry: Paris, 1880.
AYAiNT-PROPOS. IX
archéologiques dans un manuel des plus précieux, rencontraient Gaylus sur leur route et le traitaient, l'un avec une visible estime, l'autre avec une considération qui causa chez nous une sorte d'étonnement \ Le lecteur français put se rappeler alors q^ue M. Alf. Maury avait le premier assigné une place de choix à Gaylus dans l'ère des antiquaires que naguère le nom de Gaylus servait d'enseigne à la pubUcation nouvelle, trop tôt disparue, d'un savant distingué ^ ; qu'une inscription spéciale le consacrait dans deux de ces édifices où l'étude aime à se recueillir qu'enfin maint artiste et maint critique le tenaient en honneur On s'apercevait alors que cet homme avait touché à la plupart des questions de l'art ancien et moderne. On cherchait un livre qui résumât l'histoire de son activité et le résultat de ses efforts; on ne le trouvait pas, mais on concevait qu'il fût dès lors possible et môme agréable de l'écrire.
C'est ce livre que nous présentons aujourd'hui au public, sous la forme modeste d'un Essai historique et critique. Tel quel, il risque de ne satisfaire ni ceux qui aiment le document pour le document, ni les purs artistes, ni les purs érudits. Si cependant on nous accorde qu'il s'agissait avant tout de faire connaître Gaylus et
1. WinckelmcDin, sein Lebeii. .seine Werke u. seinp Zeitçienossen. par K. Jiisti, II, II, p. 86-94; Leipziii-, ^872. — lland/mc// der Archncolof/ie (1er Kiinst. par K.-B. Stark; Leipzig, 1878.
2. L'Ancienne Académie des inscriptions, par Alfred Maury (Didier), p. 212 et suiv.
;'). Le Musée arche'olof/ique, par Caix de Saint-Aymour. 4. Aux Beaux-Arts (salle Gaylus) et au Cabinet des médailles, ."i. Clément de Ris, les Amateurs d'autrefois: — Duménil, llist. des plus célèbres amateurs français, passim.