‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 32 sur 197 · Paris, an xui, 1805. Chez Hubert · texte numérisé non relu

Paris, an xui, 1805. Chez Hubert

4. Voir notamment l'article accablant de Beuchot dans la. Biogr. Michaud, ef rintrod. de Charles Nisard à la Corresp. de Caylus avec Paciaudi. — Cependant, si Sérieys a beaucoup et mal compilé, nous ne croyons pas qu'il ait, comme l'en accusent Quérard et Beuchot, fabriqué. Pour ce qui nous concerne, les lettres de Calvet à Caylus publiées dans ses Lettres

compilateur sans intelligence; à notre connaissance, il n'est pas un faussaire. Mais quel pauvre discernement! quel charlatan d'inédit! Dans les portefeuilles tombés on ne sait comment entre ses mains, et où il avait trouvé matière à toutes sortes de pillages, restaient diverses glanes du comte de Caylus : il les enfla de tous les débris de cahiers qu'il put rassembler encore, et, découpant en chapitres certaines anecdotes affublées de titres à sensation, il profita du succès des Souvenirs de la mère pour lancer les prétendus Souvenirs du fils qui devaient y « faire suite ». Or la partie historique ou anecdotique de ce ramassis fut écrite par Caylus avant la date de 1717 : donc bien avant et non pas après la rédaction des Souvenirs V C'est entre son retour d'Italie et son départ pour Constantinople que le jeune homme, frappé des bruits qui circulaient, les jeta sur le papier. Ces « on dit » de la vieille cour ont été transcrits tels quels; ils ont l'accent et la chaleur de la confidence. Au tour bref, expressif, de quelquesuns, on sent qu'ils tombent directement des lèvres de la marquise. C'est la manière même des Souvenirs^ avec, çà et là, quelque trait brutal qui accuse un transcripteur masculin. Faut-il ajouter que le nombre en est très restreint, et que le reste ne vaut pas un coup d'œil? Gela suffit néanmoins pour que nous voyions dans ces pages une trace des premiers entretiens du comte avec sa mère, et une preuve de la vivacité des impressions qu'il en retira. Les

de Henri IV et de divers hommes célèbres, etc., sont bien authentiques : — authentique le Voyage en Italie de Barthélémy, dont M. Ch. Henry a retrouvé le manuscrit préparé par Barthélémy lui-même pour l'éditeur; — authentiques les Lettres de Paciaudi à Caylus; — authentiques enfin les Souvenirs du comte, ou du moins la farrago publiée sous ce titre. Les Lettres de Mme de Caylus découvertes par M. Raunié et le manuscrit donné en fac-similé chez Rouquette suffisent à le prouver. — Sérieys est sans doute peu intéressant par lui-même : toutefois, l'équité exige qu'on ne réduise pas encore le nombre de ses mérites.

1. Ceci est démontré par le manuscrit des Me'moires et Réflexions, dont il est parlé un peu plus haut : il est daté de 1717 en deux endroits.

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voyag-es, les plaisirs, les travaux auxquels il se livra depuis lui firent délaisser cette sorte de journal. Plus tard cependant, il s'en serait souvenu lorsque, au chevet de sa mère malade, il cherchait à tromper par une distraction agréable les longues heures de la maladie. C'est ainsi que nous devrions les Souvenirs et à une attention pieuse du comte, et au désir qu'il eut à la fin de retrouver dans un récit continu la trame d'une histoire dont il avait jadis noté pour lui, à bâtons rompus, les particularités qui l'avaient le plus frappé.

Mme de Gaylus mourait peu de temps après, en avril 1729, à l'âge de cinquante-six ans. Le comte en ressentit une douleur plus qu'ordinaire : ce fut un vrai déchirement pour son âme, une sorte de veuvage intellectuel pour son esprit que la perte de cette mère si séduisante et si aimée. Son affliction s'exhale dans quelques lettres pleines de tendre abandon. Il faut les citer, bien qu'elles soient connues. Le cœur du comte s'y montre tout entier, s'ouvre tout grand sous la blessure. On peut y lire cette fois jusqu'au fond. Yoici une lettre écrite à l'abbé Conti, deux mois après la catastrophe * :

Paris, n juin 1729.

« Connaissant vos sentiments comme je les connais, mon cher abbé, je n'ai point été étonné de la lettre touchée et touchante que vous m'avez écrite sur le plus grand malheur de ma vie. J'ai éprouvé, en la lisant, une douleur aussi déraisonnable (en un sens) que celle du premier moment; et je vous assure que dans celui où je vous écris, je suis pénétré et accablé de mon malheur. Plus je vais, et plus je sens la perte que j'ai faite. Le détail journalier de cette privation est un état affreux, et je me

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