Archives nationales
J'ai eu pendant près d'un an la triste consolation de Mme Bolingbroke : mais enfin c'en était une pour moi. Sa société pleine d'amitié, mille traits de conversation, et des faits arrivés dans le même temps que ceux que nous lui avons entendu raconter avec tant de plaisir; ajoutez-y que c'était la seule personne du monde avec laquelle et chez laquelle je pouvais vivre en pleine liberté; tout cela, dis-je, qui m'avait un peu consolé, ou plutôt médiocrement distrait, est parti avec cette pauvre femme, qui, depuis un mois, est retournée en Angleterre. Je suis donc tout seul dans ma solitude... \ »
Ce grand vide, c'est désormais l'étude qui le remplira. Moins que jamais, Caylus voudra d'une existence stérile : la seule vue d'un Yilleroy vieillissant et inutile lui fait pitié : « Ce n'est pas son grand âge seul qui le tue. Croiriez-vous bien que le chagrin de ne se mêler à rien lui a nourri dans le cœur un ver qui le fait périr? C'est un beau sujet de morale et qui nous doit bien engager à nous occuper de tout ce qui peut nourrir et amuser l'esprit. La vieillesse de ceux qui vivent ainsi est une belle ruine dont la solidité plaît aux passants, et ne leur inspire que du grand ^ » Belle parole, dont il semble dès lors avoir fait sa devise.
1. Mme de Bolingbroke était alors malade ou, pour mieux dire, mourante. Les lettres de Mlle Aïssé (éditées par Ravenel, 1846) nous la montrent à chaque instant à l'extrémité. On voit en quels termes d'affectueuse compassion Caylus parle de cette « pauvre femme » qui était une « triste consolation )>, mais enfin en était une « pour lui ». Ainsi s'évanouit le soupçon de roman que certains ont mêlé à l'histoire de ce deuil. (Concourt, Portraits intimes, p. 158-159; Uzanne, Notice en tête des Facéties de Caylus, etc.)