Voici ce que disait l'une de ces chansons
Chantez, Brassac; gravez, Caylus;
Voilà ses ordres absolus ;
Tous deux vous n'entendrez plus
D'autres ritournelles; Mais ne souffrez pas qu'un maçon,
Un ladre de maçon,
Souille ainsi votre nom.
Une autre faisait ainsi parler Caylus :
Dans ton temple assez mal bAti, L'encens que tu m'as départi Me force à louer ton ouvrage; Voltaire, accepte ce louis.
Je veux racheter, à ce prix, La liberté de mon suffrage.
Et un malin écrivait à ce propos : « Voltaire recevra volontiers de pareilles épigrammes, lorsqu'elles seront accompagnées du même passeport « (Maurepas). (Raunié, Chansoimier hist., VI, 57, 59.) — Voltaire se plaignit amèrement à Caylus, qui affirma être resté complètement étranger à ces sottises. On le croit facilement. Un mot vaut la peine d'être retenu de cette justification très nette. Caylus affirme n'avoir jamais fait un vers. Si cela est vrai (et quelle raison d'en douter?) on voit tout ce qu'il faut encore rabattre de l'œuvre toujours trop considérable qu'on lui attribue. (Lettre III de Caylus à Voltaire, Paris, 16 juin 1733, dans le livre de Sérieys cité. plus haut.)
comprendre et à les aimer, il entra de plus en plus dans leurs goûts et dans leurs intérêts, quand il fut de l'Académie royale. On sait déjà ses longues études avec Watteau, son amitié avec Mariette, sa passion pour Boucliardon, sa collaboration au grand ouvrage de Crozat. Cette action indirecte sur le goût public ne suffit bientôt plus à son zèle : il veut former des artistes, faire de sa maison un laboratoire de Fart, tenir une école professionnelle, diriger, corriger, joindre l'exemple au précepte, la pratique à la théorie. Il bat le pavé de Paris pour trouver des jeunes gens animés du feu sacré. Ce n'est chez lui ni calcul, ni bienfaisance au sens strict : c'est instinct. Caylus est, de sa nature, protecteur \ il a « l'humeur protectrice » comme Mme Geoffrin avait « l'humeur donnante )). Il est aussi professeur. Enseigner et protéger pour lui ne font qu'un. Il accomplit 'l'un et l'autre avec l'élan et le plaisir d'un homme qui donne satisfaction à un besoin. Il va chez les artistes, les surprend au travail, les observe; on le traite en artiste, en confrère, en homme du métier. Il fait des commandes, en procure, attire sur tels et tels l'attention du pouvoir. C'est ainsi qu'il « découvre » Bouchardon, le pousse, s'attache à lui et se l'attache pour la vie. La plupart des artistes nés dans le premier tiers du xvm'' siècle ont travaillé chez lui, ou pour lui, ou devant lui. Il connaît et encourage Cocliin le fils à ses débuts, celui qu'on appelle encore « le petit Cochin », et qui le traitera si mal dans ses Mémoiî^es ; il va chez Blondel d'Azincourt ; plus tard on le rencontre dans le singulier ménage du graveur Le Bas \ Un autre graveur, un compatriote et ami de Winckelmann établi en France, J.-J. Wille, reçoit ses commandes^. Des professeurs de l'Aca-