‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 43 sur 197 · Lundis, II, 309 et suiv · texte numérisé non relu

Lundis, II, 309 et suiv

GAYLUS ET LA SOCIÉTÉ DE SON TEMPS

auteurs des Portraits intimes. La vérité se trouve probablement entre les deux, plus près cependant des seconds que du premier. Peut-être est-ce Marmontel, le médiocre Marmontel qui en a le plus approcbé, dans le portrait d'elle que nous donnent ses Mémoires \ Il n'était ni ami ni ennemi. Avec assez de talent et d'usage pour bien voir ce qu'il observait, il avait juste l'élévation moyenne de pensées et de sentiments nécessaire pour prendre la mesure exacte de son modèle, sans l'embellir. Ajoutons une certaine parité de nature entre l'un et l'autre, qui n'implique nullement la tendresse de Tun pour l'autre, et l'on comprendra comment ce portrait, très nuancé, plus pénétrant qu'on ne l'eût attendu, nous donne le fort et le faible de l'avisée bourgeoise qu'il connaissait par une sorte de conscience instinctive. Lui-même, par les points qu'il touclie, et la façon dont il les toucbe, se peint en la peignant. C'est qu'il nous figure assez bien, lui aussi, dans le monde des lettres, au milieu de ces écrivains brillants, osés, à scandale ou à génie, qui sont les du Deffand ou les Tencin de la littérature, le bourgeois plus adroit que droit, calculé dans sa bonhomie, sensuel sous sa carrure, sans prétention au début, puis ambitieux en raison même des satisfactions inespérées qui lui ont ouvert l'appétit. Heureux homme à coup sûr, jouissant de ses triomphes et croyant à leur éternité , faisant taclie d'huile dans les salons et à l'Académie, arrivé plutôt que parvenu, gardant pourtant quelque chose de médiocre et de gourd qui est bien la marque de son humilité native. Marmontel n'est pas de race, non plus que « la GeofTrin^ ».

Nommé secrétaire des bâtiments dès 1753, sous Marigny, et dès lors en rapport avec la troupe légère des intendants des Menus-Plaisirs, Marmontel frayait volontiers avec les artistes. Il n'avait garde de manquer les lundis de

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