‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 52 sur 197 · Revue libérale, mai 1884, art. de Ch. Henry · texte numérisé non relu

Revue libérale, mai 1884, art. de Ch. Henry

CAYLUS ET LA SOCIÉTÉ DE SON TEMPS-

plus de bornes, si l'on paraît manquer de respect à de grands morts. Le Corneille de Voltaire le met littéralement hors de lui. 11 faut lire cette page adressée de verve à Paciaudi, et les mots cuisants et cruels qu'il y prodigue, de je ne sais quel air outré et vengeur qui ne déplaît pas ici ^ On arrive ainsi à se poser la question suivante : Caylus était-il écrivain? En a-t-il les qualités? Car enfui on n'a pas impunément le goût si difficile, et le moins est qu'on cherche à le satisfaire dans ce qu'on écrit. Et pourtant Caylus n'est pas écrivain: Il n'a que très rarement, autant vaut dire jamais, cherché à écrire. Même dans des ouvrages légers, où d'aucuns prétendent racheter par le souci de la forme la pénurie du fonds, il n'a pas cherché l'art, mais l'amusement. Il a bien fait : car, dans un sujet mauvais en soi, le style n'est qu'un tort de plus. Il se défend volontiers d'avoir voulu faire œuvre d'auteur, et il n'y a qu'à le lire pour le croire : on peut lui donner acte de cette déclaration, tout en convenant qu'elle ne l'excuse pas, et qu'elle témoigne, chez un homme qui a tant imprimé, beaucoup de naïveté ou beaucoup d'orgueil. De toute façon, soit que le labeur de la lime le rebute, soit qu'il lui semble moins convenir à ses sujets ordinaires, soit crainte enfin d'être mal jugé comme écrivain, Caylus a voulu rester « amateur » en littérature comme en tout^. Il ne veut pas être confondu avec cette espèce d'hommes qu'on appelle auteurs, et qui le sont, certes, moins souvent que lui^ Cette originalité de plus lui plaît : il aime assez ne pas être dans les mêmes

Page 1