LE POUR ET LE CONTRE
Portrait de C. C***.
En comptant "ses défauts, dont le nombre Tétonne, De lui-même Damon fait souvent peu de cas, Mais à se corriger Damon ne parvient pas. Il se gronde trop fort, et trop tôt se pardonne. On peut le peindre en laid, on peut le peindre en beau. Employons, s'il se peut, un fidèle pinceau :
Par amour-propre il est timide,
Et par timidité stupide.
L'extérieur est froid, l'intérieur est vif. Lent dans les petits soins, dans ses devoirs actif; Il est né très sensible et connaît peu la haine. Il s'offense aisément et pardonne sans peine. Sujet aux passions, épris de la vertu, Damon dans ses désirs est toujours combattu. A l'amour du travail il unit la paresse.
Parfois caustique, et jamais médisant.
Sans complaisance, ou par trop complaisant, Opiniâtre né, docile par faiblesse, Il voudrait être libre, et s'enchaîne sans cesse. Son cœur à l'amitié s'ouvre trop aisément, Et les soupçons, enfants de la délicatesse, Dans ce cœur trop sensible entrent facilement. A cacher ces soupçons avec soin il s'applique ; Il boude fréquemment, rarement il s'explique ; Au sort des malheureux toujours il compatit. Il est quelquefois grand, et souvent très petit.
Quant à l'esprit, je rêve, j'examine :
En dirai-je du mal? en dirai-je du bien? Sait-il beaucoup? — Tant soit peu plus que rien. Assez facilement, dit-on, il imagine.
Passable en ses écrits, en personne ennuyeux; Philosophe parfois, ne pouvant faire mieux, Il fuit le monde et désire lui plaire. Doux à l'extérieui*, au fond assez malin, Saisissant les défauts, à les citer enclin ; Se connaissant assez toutefois pour se taire. — Si vous trouvez Damon flatté dans ce portrait. N'en soyez point surpris, par lui-même il est fait : Amis, fournissez-lui chacun un beau mémoire. De sa correction il vous devra la gloire.