Walpole
2. Sainte-Beuve, Lundis, VII, XIV. — Les lettres de Barthélémy à Paciaudi sont données pour la première fois par M. Ch. Nisard (op. cit.). Les Concourt en avaient publié de courts fragments dans l'Appendice de leurs Portraits intimes du XVIH" siècle.
voyage d'Italie pour son instruction, il reçut plus encore. Barthélémy lui cherche non seulement des antiquités, mais un antiquaire à son usage ; — non seulement il lui facilite les voies pour ses achats, mais, pour tout dire d'un mot, il lui trouve le correspondant dévoué des neuf dernières années, — le père Paciaudi.
Le moment, pour Caylus, était décisif. C'est celui de sa plus grande activité. Il a pris rang à l'Académie parmi les plus chercheurs. Nul n'a plus soulevé, sinon résolu de prohlèmes, tenté, sinon frayé de voies nouvelles. Si l'on excepte l'épigraphie, où il n'entendit jamais grand'chose, et la céramographie, alors connue par de rares et médiocres échantillons , nul n'a plus fouillé, retourné en tous sens le champ de l'archéologie. Architecture, sculpture, peinture, toreutique, glyptique, restitutions de monuments, de procédés disparus, tels sont les sujets dont il s'est emparé simultanément, avec sa fougue ordinaire. Plus de trente mémoires ou communications sont déjà venus grossir le recueil de l'Académie, sans parler du reste. Il a restitué le tombeau de Mausole et le théâtre de Curion, retrouvé la peinture encaustique. Il a fondé un prix annuel pour le meilleur mémoire sur un sujet d'archéologie. Il a été chargé trois fois de la lecture en séance publique. Il a fait lui-même les honneurs de son Cabinet à l'Académie par des communications qui ont décidé celle-ci, sur le rapport de deux commissaires, de Boze et Sallier, à prendre en quelque sorte le Recueil cV antiquités sous son patronage ^ En même temps il fait profiter les artistes de ses études sur les textes, et s'avance
1. Procès-verbal ms. (séance du 18 février 1752). — Séance du 11 août, rapport de la commission : « Ils ont dit que, l'ayant lu et examiné avec toute l'attention qu'il mérite, ils l'avaient jugé très capable de faire honneur à l'auteur et à l'Académie. En conséquence de ce rapport et de leur approbation par écrit remise sur-le-champ à M. le secrétaire perpétuel, la Compagnie a cédé son droit de privilège à M. le comte de Caylus. « Le l*"' volume fut présenté par Caylus le 17 novembre 1752.
ainsi sur deux voies parallèles : les Tableaux d'Homère et de Virgile sont distribués en 1 756. Il commence aussi à s'occuper de la province ; il connaît les principales collections, les endroits à fouiller et à sonder. On sent que son influence grandit tous les jours au sein de la Compagnie : c'est tout un réseau d'études qu'il embrasse, toute une brigade de travailleurs qu'il dirige , élèves chez lui , amateurs au dehors. Là, comme ailleurs, il devient centre : par le zèle, l'ingéniosité, la dépense, il passe au premier rang. Il a la main dans les élections. Il fait nommer correspondant le collectionneur Cary , de Marseille * ; sur la recommandation de Barthélémy, il présentera et fera agréer Paciaudi. — Une fois entré dans ces travaux, il n'en sortira plus. Sa vie elle-même change insensiblement. Ses occupations gravitent autour de son Cabinet et de l'Académie, vont de sa table d'expériences au Cabinet du roi. Dès 1755, il fait à celui-ci une première donation, et comme un premier versement d'antiques ^ Une fois l'objet décrit, dessiné, expliqué, il n'y tient plus et court à d'autres. Il a donc fait place nette chez lui, vidé ses vitrines de tout ce qui s'y accumule depuis vingt-cinq ans. Il ne demande qu'à recommencer. Encore faut-il le pouvoir. Et c'est ici qu'apparaît l'immensité du service rendu par Paciaudi. Où Paris ne peut plus, l'Italie donnera; où Mariette, l'ami fidèle, où Le Beau, le confrère et le commensal du vendredi, sont impuissants, Paciaudi pourvoira.
C'est donc à point nommé que Barthélémy lia deux hommes qui devaient si bien s'entendre, si bien se servir l'un l'autre, et l'un de l'autre. La correspondance, dès lors engagée avec empressement par l'Italien, avec quelque méfiance par le Français ^ ne se ralentit pas un instant