‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 60 sur 197 · Hist. du Cabinet des médailles · texte numérisé non relu

Hist. du Cabinet des médailles

3. a Barthélémy insiste, prie, supplie, parle tour à tour au cœur de

jusqu'à la mort de Caylus. On connaissait depuis longtemps celle de Paciaudi, intéressante à vrai dire, quoique très incomplète, inexacte, et mal datée \ Celle de Caylus a été plus récemment mise au jour, avec un soin, une richesse d'informations qui forme avec la première un complet contraste, en même temps qu'elle fait le plus grand honneur au savoir aussi précis qu'étendu de l'éditeur ^. C'est là, sans cesse contrôlé, rectifié ou complété, l'ensemble le plus considérable de renseignements que nous ayons de Caylus sur lui-même : quoiqu'il n'embrasse pas dix années, et ne se rapporte qu'à un seul correspondant, hâtons-nous d'ajouter que c'est probablement aussi sa correspondance la plus nourrie et la plus suivie. On ne le prend guère que là sur le fait; mais on l'y prend bien tout entier, sans fard, et parfois même sans vergogne. On n'a vraiment que là l'exacte mesure de son caractère et de son humeur : comme aussi on ne retrouve que là, écrite au jour le jour, l'histoire des joies et des tribulations d'un antiquaire tout entier à sa passion. Une autre histoire s'y mêle aussi, qui intéressait plus son correspondant que nous, celle de nos disputes politiques et religieuses, la guerre des chansons et des pamphlets ^ Mais elle est accessoire : le principal, c'est la conversation de ces antiquaires parlant antil'homme, qui était assez froid, et à l'intérêt de l'antiquaire, plus prompt à s'échaufîer que le cœur. Il l'emporte enfin.» Corr. de Caylus, préface, xxxii.

1. Lettres du P. Paciaudi au comte de Car/lus, publiées par Sérieys, bibliothécaire du Prytanée. — Paris, Tardieu, 1802. On n'a guère là que les deux cinquièmes de la correspondance.

2. Correspondance inédite du comte de Caylus avec le P. Paciaudi, théatin (1157-1765), suivie de celles de l'abbé Barthélémy et de P. Mariette avec le même, publiées par Charles Nisard. Impr. Nationale, 1877, 2 vol. in-8. — Ces lettres avaient été signalées par les Concourt, qui les avaient vues à Parme, et en avaient donné de courts extraits dans l^ViVS, Portraits intimes du XVÎIV siècle (art. Caylus).

3. Si Caylus avait la passion des antiquités, Paciaudi avait celle des brochures, des « actualités ». Chacune s'évertue à satisfaire de son mieux la manie de son correspondant. Caylus se tient au courant, achète et envoie par ballots les nouveautés au bon père. C'est ce qu'il appelle « ses petites attentions de colporteur ».

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quités. Technique et spéciale, elle a son esprit particulier et sa date : sèche par elle-même, comme tous propos entre gens de métier qui ne se sentent pas écoutés, elle devient, par l'abondant et clair commentaire qui Taccompagne, singulièrement instructive et précise. C'est dire tout ce que nous devrons à celui-ci dans les pages qui vont suivre \

Ouverte dès la fin de 1756 (car les premières lettres manquent), la correspondance ne prend fm qu'à la mort de Caylus, survenue le 5 septembre 1765. Le l''"' septembre, il écrivait encore à Paciaudi. On y peut distinguer comme trois moments. Le premier, jusque vers 1759, quoique marqué peut-être par les envois les plus importants, est le moins vif. Les correspondants, qui ne se connaissent pas, ne s'échauffent que lentement. L'annonce de nouvelles découvertes à Herculanum, la surveillance jalouse du ministre Tanucci, la publication de Baïardi ^, raniment tout à coup leur ardeur. Dès 1759, Caylus prend feu à l'idée de voler Tanucci. Le voyage de Paciaudi à Paris, en 1762 ^, vient ralentir ce beau zèle. Dès lors, il doit rabattre de ses espérances : Paciaudi, à son retour en Italie, n'habite plus Rome, mais Parme; d'antiquaire il est devenu bibliothécaire. Caylus ne reçoit plus que de minimes secours pour ses publications. Il est vrai qu'il s'emploie d'autant plus pour Paciaudi que celui-ci peut moins s'employer pour lui. Ainsi, tantôt recevant plus qu'il ne donne, tantôt donnant plus qu'il ne reçoit, il écrit tous les ordinaires tant qu'il peut tenir la plume ou dicter.

Le père Paciaudi est aujourd'hui bien connu par la

1. Nous ne pouvons que renvoyer ici aux pages brillantes qui résument la correspondance côté Caylus : p. ii, xlix et l de la préface.

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