Guerre de Sept Ans
devraient mieux protéger les antiquaires, et les envois des Académies devraient être si garantis « que ces coquins de corsaires les respectassent et fussent obligés de les renvoyer à leur adresse, quand même ils les trouveraient flottants s,ur la mer * ». Aussi les plus honnêtes se font-ils contrebandiers sans scrupule : Paciaudi baptise d'ordinaire ses étrusques « porcelaines » ; dès qu'une mission officielle le met à l'abri de la visite, il glisse dans ses bagages tout un lot de petits bronzes pour son cher comte. Si le Tanucci doit (( enrager », cette fois ce sera tant pis.
L'achat lui-même est souvent malaisé. Ce n'est pas que la matière manque absolument; on sait au contraire que dans la deuxième partie du xvui'' siècle les objets antiques constituent un véritable commerce, qui a ses centres, ses débouchés. Mais, justement pour cette raison, tout est déjà fort cher. Cinquante ans auparavant, de belles collections ont pu se former sans grande dépense à Rome, à Venise. « Venise est aujourd'hui le magasin des antiques : il y a plus de dix cabinets remplis de raretés ^ ». La mode, comme il arrive, a provoqué un subit renchérissement. Et comme on ne fouille nulle part avec méthode, les objets déterrés au hasard qu'apportent les navires sont sans valeur et sans originalité. De même pour la ferraille ou les pots cassés que le paysan romain, déjà plus avisé, vend au brocanteur, au lieu de s'en défaire au poids sur la place Navone. Toutefois ces objets, véritables articles d'exportation, trouvent de nombreux acheteurs parmi les étrangers, les Anglais surtout, et les Allemands. Ils ont leur tarif, ilinsi les petits étrusques ne sont pas très chers, (( mais, quand ils excédent une palme, le prix est arbitraire ^ ». L'égyptien est assez abondant. Mais Caylus n'en