‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 68 sur 197 · Gaylus, Corr., XXXVIII · texte numérisé non relu

Gaylus, Corr., XXXVIII

tenu de faire sortir telles ou telles antiques à commandement. La mode s'en mêlant, c'est bien pis. Un objet singulier est-il découvert dans un lieu nouvellement fouillé, tout le monde en veut de semblables; pas d'amateur, pas de riche étranger de passage qui n'en commande au Bélisario de l'endroit*; pas de prince, de princesse, qui ne charge son ambassadeur de s'approvisionner a coûte que coûte », et toujours en grand mystère! Ainsi pour les peintures d'iierculanum. Quand les fouilles furent poussées avec un peu d'activité, vers 1755, la curiosité publique fut vivement excitée au bruit qu'un certain nombre de peintures antiques avaient été découvertes. On allait enfin connaître de visu cet art que sa fragilité avait jusqu'alors soustrait à l'admiration des modernes! Les têtes s'échauffèrent. Le mystère dont Tanucci entourait les fouilles, les défenses rigoureuses édictées à ce sujet, allumèrent les convoitises. L'article « peinture d'Herculanum » était dès lors un objet de spéculation tout indiqué pour les brocanteurs. Ils ne s'en privèrent pas. Il faut lire dans Paciaudi ^ et dans Barthélémy ^ l'histoire tragi-comique de cette cliarlatanerie, qui fit tant de savantes dupes. Les acquéreurs de ces impostures s'appelaient : Barthélémy pour le roi de France, Gontucci pour le musée du Collège romain^ le baron de Gleichen pour la margrave de Baireuth, le roi d'Angleterre, le cardinal Albani, La Gondamine; et leurs conseils dans cette opération étaient un Mengs \ un Yenuti!

1. Riche brocanteur, « notre tyran ». Lettres de Paciaudi, XXX.

Page 1