L. XLII
3. Voyage en Italie, 1. Y, XI, XV, et la XVP (de la Gondamine à Caylus). Voir aussi Corr. de Caylus, 1. XLIII.
4. Mengs était pris à son propre piège, et méritait cette leçon. Il enseignait que la peinture antique devait être, a priori, dans tel ou tel goût. II prétendait, dans ses peintures, en reproduire l'esprit et la couleur. N'était-ce pas frayer la voie aux faussaires habiles, et se condamner d'avance à prendre leurs supercheries pour une confirmation de son enseignement? Passe pour l'imprudence; mais voici la malhonnêteté : ne s'était-il pas avisé, pour accroître son autorité, d'enterrer et de faire
Barthélémy seul put être averti à temps par Caylus, qui se méfiait, non sans raison. Mais le même Gaylus, qui écrit : « A laA^ue d'une de ces peintures que La Gondamine envoya quelques mois après à Paris, l'enduit moderne et l'huile sautaient aux yeux », se laisse plus tard prendre lui-même, sur l'autorité de Natoire, à des contrefaçons parties de la même main, et, les ayant gravées, n'a que le temps de les détruire. C'est à quoi Winckelmann fait allusion dans sa Lettre au comte de Drilhl. Gaylus, ayant anéanti les preuves de son erreur, la nia énergiquement dans la traduction française qu'il fît imprimer de cet ouvrage. Il n'était donc qu'à moitié de bonne foi. D'ailleurs, cette traduction, qui lui donna tant de mal, lui procura chemin faisant une occasion de payer Winckelmann de sa monnaie. S'il s'acharna tant à la publier, c'est que la malice y trouvait son compte : Winckelmann, apprenant sur ces entrefaites qu'il avait été lui-même la dupe de Gasanova, insista vainement pour corriger la Lettre, pour y retoucher au moins le passage, visant Gaylus, où il s'égaye aux dépens de ces antiquaires exercés qui prennent le moderne pour l'antique. La traduction parut, telle quelle. « G'est, dit Iluber \ toute la vengeance que M. de Gaylus en tira. » Elle avait de quoi le satisfaire.
Les antiquaires semblent alors mettre tout leur amourpropre cl dissimuler leurs propres erreurs, ou à s'en excuser en dénonçant celles d'autrui, tant le danger est réel! Ge danger, les artistes de profession l'augmentent encore par la liberté qu'ils prennent avec leurs modèles, par l'infîdélilé de leurs reproductions, par les « fantaisies à l'antique » qu'ils ajoutent à de prétendues copies. Tant pis pour le crédule ou le mal informé! Il renouvellera la mésaventure
« découvrir » comme antique une de ses peintures! II s'en confessa à son lit de mort (voir Gœthe, Voyage en Italie), un peu tard pour Winckelmann et tous ceux qui Tavaient célébrée.
1. Mémoire sur la vie de Winckelmann, IV (en tête de l'édition de Jansen). — La traduction de la Lettre au comte de Briihl est d'Huber.
de Caylus avec les dessins de Louis d'après Hubert Robert L'antique est un thème sur lequel on dessine, d'après lequel on grave mille bizarreries, au goût du jour, sans prendre la peine d'écrire au-dessous, comme l'aimable abbé de Saint- Non, « inventé de Robert^ ». Peintres, graveurs et faussaires, virtuoses du pinceau, de la pointe ou du tour, tous contribuent à répandre une fausse idée et un faux goût de l'antiquité.
Ce n'était donc pas un mince mérite que de pouvoir se défendre contre eux, d'avoir dans la connaissance des diverses techniques un moyen de démasquer l'erreur. Caylus se vante fort de ce chef, et, s'il s'applaudit un peu bien vite de « n'avoir pas encore été attrapé », il est certain qu'il le fut beaucoup moins que les autres. Excellent fabricateur lui-même, la fraude lui inspire peu de crainte, mais plutôt de la pitié si elle est mauvaise, et une sorte d'estime si elle est bonne. Sa méthode consistant à réinventer l'antique pour le démontrer, il serait, s'il le voulait, un redoutable falsificateur ^ Quand Paciaudi lui parle des briques en relief du cardinal Albani, il répond que « ce n'est pas difficile à faire ». Il « fait » aussi des émaux, du verre coloré. Pour peu qu'on l'en priât, on sent qu'il en livrerait, par gageure, à l'iVnglais ou à l'Allemand, quitte à faire avec Paciaudi de bonnes gorges chaudes. Car, sur ce terrain, il n'a qu'une conscience de collectionneur. Voyez-le transformé en chasseur, en voleur — ce sont ses termes — rôdant autour d'Herculanum, cherchant à faire « enrager »,
1. Leltres de Paciaudi, XXXIX, et Corr. de Caylus, L XLI, note.
2. Nous avons sous les yeux un eurieux recueil de ])Ianches gravées d'après l'antique, H feuillets petits in-f°, et signées Saint-Non se. 1763. Les pièces sont disposées dans le goût du Recueil de Caylus, et l'exécution, quoique un peu molle, est fine et caressante. C'est le « gentil gribouillage >> dont parlent les Concourt. En marge de chaque objet sont indiquées la provenance et les dimensions. Mainte fois on y lit : « Inventé de Robert ».
3. « Il est toujours bon de connaître les friponneries et les moyens de tromper en tous les genres. » (L. XXIII.)