Publiées par Sérieys dans ses Lettres inédites, etc
buées d'une façon à peu près égale sur un espace de quatre années et demie (du 17 mars 1761 au 10 août 1765). La plupart, il est vrai, sont plutôt des billets. Us n'en offrent pas moins de l'intérêt. Nous y voyons comment Caylus, après avoir en quelque sorte épuisé l'Italie et réduit à merci ses correspondants ordinaires, se lance sur la piste plus fraîclie des antiquités gallo-romaines. Le succès accroît son ardeur. Les trois derniers volumes du Recueil font à la Gaule une place de plus en plus notable. Calvet était bien l'bomme qu'il fallait à Caylus. Jeune alors et plein de zèle, il mit au service du vieil amateur une inaltérable patience, jointe à une connaissance approfondie de la région. Il apprit beaucoup de Caylus, mais Caylus apprit aussi de lui quelque cbose. C'est pourquoi nous nous arrêterions peut-être à étudier cette correspondance, si celle de Caylus avec Paciaudi, dont nous avons tant parlé, n'en offrait en quelque sorte le prototype bien plus complet et autrement instructif. Ce n'est plus Portici, Ilerculanum, ni même Véleia qui nous occupe; c'est Orange, Carpentras, Apt, Vaison, Mornas; au lieu de l'Italie, il faut lire le Comtat; au lieu de Winckelmann, de Passionei et d'Albani, il faut entendre Séguier, M. de Caumont, le marquis de Calvière : savants respectables, mais de marque inférieure. A la conversation de la capitale, succède celle de la province. Il faut donc abréger, et résister à la tentation de faire parade d'inédit. Bornons-nous à quelques traits.
Le Caylus qui nous apparaît dans ces lettres rapides tâcbe visiblement d'être aimable, et*y réussit sans trop de peine. Calvet, il est vrai, le sert à point, discrètement, adroitement, comme il aime à l'être. Il s'acquitte ponctuellement des ordres les plus minutieux. Surtout, pas de cadeaux déguisés ^ : « Yoilà bien des cboses qui ne vous
1. « Payez bien le mouleur; payez bien l'emballeur; qu'il y ait beaucoup de tasseaux, point de frottement, point d'ébranlement. » (Lettre XII.)
coûtent rien. Cela commence à devenir suspect. » Pas de dessins non plus dont on ne puisse contrôler l'exactitude, en vertu de la règ-le que Caylus s'est tracée : « Je vous avoue que je ne donne que très rarement les monuments qui ne sont point à moi, et dont je ne puis juger. Ce n'est pas que je m'estime de mon jugement, mais je suis comme Brantôme ; Je ne le donne pas pour hon^ mais pour mien. » Enfin, pas de compliments : « Au nom des dieux, ne me faites plus de compliments. Ils me font le même effet qu'à Scarron, ils me font pleurer » Les conditions nettement posées, avec cette rondeur qui chez lui prenait parfois le tour le plus imprévu et le plus comique ^ Caylus se laisse peu à peu aller; il s'échappe à des houtades sur ses « poupées », sur son sixième volume « en chantier », sur les « ravaudages » qui restent ^ Il s'épanche suivant son caractère, et toutes ses confidences ne sont pas également empreintes d'orthodoxie. Calvet s'effarouche et le dit, ce qui lui vaut des excuses hien plaisantes. Caylus aurait-il pu prévoir « qu'une chose aussi vague et aussi variée que la religion en général pùt présenter une citation dangereuse » ! Il est « au désespoir d'avoir commis une indiscrétion ». L'intimité, au reste, n'en fut pas altérée. A l'oc-
<( Achetez... quantité de niasse... et des caisses fortes. C'est la meilleure manière de faire voyager l'objet de nos amours. » (L. xxxi.)