‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 78 sur 197 · En · texte numérisé non relu

En

Caylus ci Gocliin voulurent jadis en partager les frais. On peut donc ajouter foi à cette ligne de Galvet écrite après la mort du comte : « Il avait multiplié les motifs de mes regrets ».

Après tout, cette correspondance est, si Ton veut, d'intérêt secondaire. Mais elle prend tout à coup une signification et une valeur considérables, quand on réfléchit que loin d'être seule de son espèce, elle en suppose une foule d'autres. Quand bien même la chose ne serait pas démontrée par tous les indices que nous nous sommes plu à relever, les seules lettres à Galvet pourraient l'établir. On ne suit pas à distance, avec ce zèle et cette lucidité, les moindres travaux d'une région sans s'intéresser aux travaux analogues de toutes les autres. Gette curiosité particulière en comporte une plus haute, plus générale, qui enveloppe, englobe, pénètre tous les lieux en détail, et se fait toute à tous. Ge n'est pas un Galvet, c'est trente, cinquante, cent Galvet peut-être que Gaylus échauffe, instruit, forme à son écqle sur tous les points du royaume. Il est en contact direct, permanent, avec toutes les parties de la province. Ges rapports datent de loin. Au temps de sa toute-puissance à l'Académie royale, Gaylus a orga^ nisé dans plusieurs villes renseignement du dessin. De toutes parts on est alors venu à lui. Dès lors il s'est lié avec la plupart des Académies de province, les a comblées d'attentions et de prévenances, s'y est fait des correspondants dévoués, d'obscurs collaborateurs. D'autres agents subalternes, toujours largement rétribués, et fidèles par reconnaissance, se sont acquittés du gros de la besogne : signaler les découvertes, faire fouiller ou dessiner, acheter en bloc, expédier. Il s'est, suivant son joli mot, achalandé * ; tous les curieux de France ont formé sa clien-

1. « Il n'est pas mauvais d'acheter [même avec de grands risques].... On s'achalande. Cela fait conserver les monuments. Il se répand dans un

lèle. En dernier lieu, s'avisant que pour des fouilles les antiquaires sont moins utiles que les constructeurs, il recrute dans le corps des ingénieurs et des architectes les plus précieux, les plus compétents des auxiliaires \ C'est de partout que les Ponts et chaussées lui adressent rapports, documents de toute espèce ^ Lui-même s'étonne de cette abondance. La quantité de monographies ou d'études déjà publiées sur nos antiquités depuis le x\f siècle et sitôt oubliées, le plonge dans un autre étonnement. Le jour ne viendra-t-il pas où ces divers matériaux pourront se fondre en un tout unique? On voit ainsi son plan germer, grandir. Ce n'est pas seulement la France méridionale qu'il veut faire revivre. Par delà l'ouvrage qui dans sa pensée doit continuer Desgodetz, il en médite un autre, gigantesque à la vérité, et fort au-dessus de ses forces, mais dont le rêve est doux à son imagination d'antiquaire : « Je m'estimerais heureux si le peu qu'il m'a été possible de rassembler inspirait à quelque personne éclairée le désir de satisfaire la curiosité par une Gaule antique ^ ». Une Gaule antique, c'est-à-dire la restitution méthodique complète de tous les monuments gallo-romains qui sont comme les vestiges d'une histoire lapidaire empreinte sur notre sol, voilà la conception grandiose qui le hantait dans les dernières années de sa vie. C'est pour en hâter quelque jour l'accomplissement qu'il se livrait avec passion à des recherches d'apparence rebutantes, pâlissant sur Peutinger, interrogeant les

canton qu'on en a de l'argent. Il faut donc par raison et par amour prendre souvent des objets dont on se passerait, et qui ne valent rien. » (L. XXXIV.)

!.. « Un corps de cette nature est bien fait pour répandre mille connaissances, ouvrir les idées, éveiller la curiosité. » Recueil^ VII, 238.

2. Le T volume du Recueil contient à lui seul des antiquités de presque tout le Midi, outre celles du Bugey, de Lyon, de Chalon-sur-Saône, de Vienne, de Saintes, de Périgueux, de Valognes, etc. ~ Voir ce qu'il en dit lui-même, p. 251.

Page 1