‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 79 sur 197 · Recueil, III · texte numérisé non relu

Recueil, III

auteurs anciens et modernes, recevant avec joie de toutes mains cartes, plans, coupes, explications techniques, dont le détail fastidieux peut faire hausser les épaules à Findifférent. Certes, Gaylus a droit à la reconnaissance de quiconque étudie Fart, l'industrie de notre pays à travers les âges ^ : la quantité des inscriptions, vases, statuettes, monuments de toutes sortes qu'il a expliqués ou sauvés d'une destruction certaine ^ suffisait à lui faire un nom à côté de La Sauvagère et des autres curieux dont l'art gallo-romain fut la seule étude ^ Mais quelle admiration ne nous saisit pas quand nous voyons présider à ces recherches minutieuses l'idée d'un plan colossal, inexécutable de son temps, encore inexécuté du nôtre, et dont il fournissait si libéralement les matériaux à la science de Favenir? Aujourd'hui qu'on ne le lit plus guère, et qu'on risque plus que jamais de ne voir dans son œuvre que documents informes et fragmentaires, sans lien comme sans idée commune, il est juste de dégager la grandeur de ses visées en ce qui concerne Fétude de notre pays. C'est la seule idée générale de son œuvre que nous voulions et puissions retenir ici. Mais il importait de la signaler : et il suffît de l'avoir fait pour qu'on sente, dès maintenant, que l'infini détail de sa vie d'archéologue se rattachait, quoi qu'il en dise, à autre chose qu'à une intention de vain amusement.

Ce n'est pas tout. En même temps qu'il étudie ces

1. Caylus est cité presque à chaque page de Paris à travei'S les âges.

2. Le moins qui pût leur arriver était d'être mutilés ou dénaturés. Une belle mosaïque trouvée à Metz en 1755, Dicmse Venatricl, devient un Venite Adoremus-, une biche couchée se transforme en agneau pascal, etc. {Rec, V, 326, et passim.)

3. On sait que l'ouvrage de l'ingénieur La Sauvagère sur les Antiquités de la France est parfois joint au Recueil de Caylus comme en formant la suite naturelle. (Voir Brunei, Manuel du Libraire.) Ce n'est rien moins qu'une suite. Mais Caylus était en rapport avec La Sauvagère, qu'il cite (VI, 380, etc.), pour ses recherches en Bretagne. Il est naturel qu'on ait cru voir un lien entre le dernier volume de Caylus et l'ouvrage d'un de ses plus brillants émules.

ruines vierges dont nos provinces sont couvertes, Caylus suit d'un œil attentif, presque attendri, ces missions que l'on commence à dispenser d'une main moins avare. Celle de Sevin et Fourmont excitait chez lui, dès 1730, une attente pleine d'émotion \ Maintenant, c'est le jeune Anquetil-Duperron qu'il protège, fait pensionner, auquel il procure le passage gratuit pour aller dans les Indes. En quittant la terre française, le 15 décembre 1754, Duperron lui écrit encore de Lorient pour le remercier. Ces études orientales, auxquelles il n'entendait rien pour son compte, auxquelles Barthélémy lui-même renonçait à moitié faute d'encouragements, Caylus a le pressentiment des services qu'elles peuvent rendre; il y pousse les jeunes gens, il les soutient. C'est à lui qu'Anquetil- Duperron, qui en trois ans a reçu à peine une lettre d'approbation officielle, écrit de Surate : (( Malgré cela, la loi des Guèbres, leur langue sacrée, leur mythologie est dévoilée. Le reste suivra, ou je mourrai à la peine s » On dirait ici que le vieil antiquaire a communiqué à son jeune protégé le feu sacré qui l'anima durant sa longue vie : tant on est sur de le trouver partout au premier rang, pionnier infatigable de la science, jugeant toujours l'horizon trop étroit, avançant sans toujours savoir où, avançant pour avancer, allant ainsi au-devant des découvertes, comme s'il pressentait que les services rendus à l'art par son siècle n'étaient rien encore auprès de ceux qu'allait lui rendre l'âge suivant.

L'heure est solennelle, en effet, pour l'archéologie. Jusqu'ici elle s'est traînée dans l'ornière de l'ancienne érudition, tout occupée de mettre en batterie le plus grand

1. Voir lettre à l'abbé Conti du T' décembre 1730, dans H. Bonhomme, Mme de Maialenon et sa famille.

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