‹ Essai sur le Comte de CaylusChapitre 81 sur 197 · L. LXV · texte numérisé non relu

L. LXV

d'Espagne était mort, lui laissant la grandesse espagnole, soixante mille francs de rentes, et le titre de duc réversible à perpétuité sur ses héritiers. Caylus employa cette nouvelle fortune comme il faisait auparavant la sienne, et négligea le reste. Qu'importait la grandesse et un tilre de plus à qui s'habillait de gros drap brun, un grand chapeau sur la tête, et faisait d'un carrosse de louage le plus gros article de sa dépense *?Les louanges hyperboliques, les éloges à Titaliennc, l'irritaient. Les attentions de l'amitié le gênaient presque. Mariette ayant placé un beau portrait de lui en tête de l'exemplaire de ses œuvres gravées, il le déchire. Jusqu'au bout aussi il aima le peuple à sa manière, par fantaisie d'artiste et de moraliste, pour son pittoresque, son sans façon, sa bonne humeur. Il monte h l'échelle d'un peintre d'enseignes pour enluminer un saint François ; il donne un louis à un mendiant pour le changer, se cache, et jouit, au retour du gueux, de sa mine effarée ^ Prendre la nature sur le vif, observer l'homme quand il ne se sent pas surveillé, fut toujours un de ses plaisirs.

Ne pas se gêner en était un autre. Quand il a confiance en quelqu'un, il parle sans déguisement, car son caractère est de « n'aimer l'art en rien ». Après le voyage de Paciaudi à Paris, il se donne coudées franches dans ses lettres; jugements, plaisanteries, antipathies, sont exprimées avec une brutalité choquante. Les évêques de France sont « bêtes et paresseux » ; l'archevêque de Lyon est un « drôle ». Un paquet de portraits qu'il envoie à Paciaudi devient « son bordereau de jansénistes », et sur ce bordereau est porté son propre oncle, l'évêque d'Auxerre, homme respectable, qui a du moins à ses yeux le mérite d'avoir combattu les jésuites avec acharnement. Mais, à cette heure, il confond tous les ecclésiastiques dans sa haine

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