Biogr. universelle
farouche, — les antiquaires exceptés, et il en est bon nombre, heureusement pour lui, à l'Académie et en Italie. — Sans faire montre d'athéisme, il n'en fait pas mystère. Il ne déclame pas; mais, quand on le met sur ce chapitre, il nie froidement, résolument. De bonne heure il fut ainsi : « Il y a longtemps que j'ai prouvé que je ne pensais pas comme mon oncle ». Ce n'est pas un de ces épicuriens indifférents qui assistent en amateurs au conflit des croyances, sourient, et s'endorment : il n'est ni de la race des Bachaumont et des Doublet, ni l'héritier de Ninon, qu'il cite pourtant volontiers \ Entre ce groupe et celui des cyniques, de ces gens 'pleins cVair qu'il note d'un mot à la Saint-Simon, il fait figure à part. Il ne badine ni ne ricane. C'est un pur athée, sans déclamation ni rétractation. Si on le presse, il déclare tranquillement qu'il n'a point d'âme, et qu'il doit le savoir mieux qu'un autre ^
Il faut lui rendre cette justice que cette triste intrépidité ne se démentit pas un instant au milieu des plus cruelles souffrances. Atteint d'un mal douloureux et incurable, il montra un stoïcisme plus rare et probablement plus difficile que la résignation. D'assez bonne heure il souffrit de la chiragre. A la fm de sa vie, un dépôt d'humeurs qui se porta sur les reins, sur la vessie, sur les jambes, nécessita plusieurs opérations. C'est à peine si ses lettres en font mention : la douleur ne semble pas exister pour lui. Il se comporte comme un homme en santé, fuit les médecins, ne change rien à son régime, ne reste au lit que le temps indispensable, dictant de là des lettres à son valet Carlin, ou des notes à Marin, son secrétaire, même quand il sent venir le délire, auquel il ne veut pas céder. Il travaille au
1. « Telle est l'humanité : un peu plus tôt, un peu plus tard, il faut s'en aller et retourner d'oii l'on est venu, et envisager le monde comme Mlle de Lenclos, qui disait en mourant à un de ses amis : Je ne laisse que des mourants. » (L. LXXVI.)