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moins par déférence que par conviction, ces amis opulents des beaux-arts dont un amour éclairé du luxe et l'habitude de toutes les élégances faisaient comme ses patrons et ses collaborateurs naturels. Pour eux, elle créa une classe spéciale : elle les décora du nom d'amateurs, amatores, — beau mot, qui ne recouvre plus aujourd'hui tout ce qu'il dit \ A cette intelligente mesure elle dut cette popularité nécessaire à l'artiste de tous les temps, cet échange perpétuel de vues et de goûts qui est pour tout enseignement le correctif indispensable du pédantisme, et pour l'art en particulier un remède à la routine, et un surcroît d'éléments de vie.
Sans doute le titre d'amateur fut souvent, dans les débuts surtout, donné à la légère. L'Académie compta plus de fats que de connaisseurs, plus de protecteurs que de bienfaiteurs. Sa dignité put en souffrir. Tel grand personnage, d'ailleurs justement qualifié de Mécène, traite les artistes avec cette familiarité dont usent les maîtres avec leurs valets ^ Cependant, au xvni'' siècle, la classe des amateurs prend en général sa tâche au sérieux, et rend d'incontestables services. Sans parler de Caylus, un Watelet, un de Piles, un chevalier de Valory, par la parole et par la plume, contribuent aux travaux de l'école, sinon à son éclat. Ils forment aussi le trait d'union entre le monde et les artistes, — deux puissances qui n'en font plus qu'une à partir de 1750 ; ils agitent et varient à l'infini les questions d'art, qui passent par eux dans le domaine de la conversation élégante; ils frayent la voie à la critique d'art. C'est entre deux discussions entendues chez Mme Geoffrin que Diderot improvise son premier Salon.
1. Le premier amateur fut Charles Perrault, « contrôleur général des Bâtiments du Roi, reçu conseiller honoraire amateur, le 4 juin 166o ». (Vitet.)
2. Le duc d'Antin tutoyait les artistes; ses laquais même avaient avec eux l'air protecteur. (Cochin, Mém,)
CAYLLS A L'ACADÉMIE ROYALE. 107
Dès son établissement , rAcadémie avait cherché par quelles occupations elle pourrait soutenir l'intérêt des séances et se délasser de la besogne quotidienne de l'enseignement. Travailler pour l'État, former des élèves, toute communauté en eût pu faire autant. Le mot d'Académie avait je ne sais quoi de plus noble, de plus relevé, qui impliquait l'idée de science, ou tout au moins de recherche. La question des « occupations » des Académies était d'ailleurs, au xvn*" siècle, à l'ordre du jour. A cela rien d'étonnant. Disputer sur ce sujet, n'était-ce pas traiter des rapports des beaux-arts entre eux et de leurs limites, marquer à chacun sa juridiction, songer aux moyens d'en assurer le développement ou d'en retarder la corruption, substituer enfin à l'entraînement de l'exemple ou au jugement de la masse une autorité d'un genre nouveau, circonspecte, modérée, fondée sur l'accord des hommes éclairés réunis en cénacle? L'Académie royale s'inquiéta donc, avec raison, de faire honneur à son titre. Elle sentait vaguement plus qu'elle ne comprenait encore l'importance de sa mission. Mais qu'exécuter? Il ne pouvait être question de quelque dictionnaire raisonné des beaux-arts ; à plus forte raison , d'un grand ouvrage théorique qui eut réclamé des auteurs plus de temps et surtout plus de connaissances qu'ils n'en avaient. Avec beaucoup de sens, l'Académie comprit que de petits travaux, écrits dans un style familier, et d'un genre mi-pratique, mi-théorique, répondraient mieux à son but. Elle institua donc des conférences. En même temps, par ce désir bien naturel des corps d'élite qui s'honorent eux-mêmes en perpétuant le souvenir de leurs membres, un secrétaire fut chargé d'enregistrer les actes de la compagnie, et un historiographe de consacrer la mémoire des académiciens disparus. Courtes conférences, procès-verbaux, biographies sommaires, tel est le bilan modeste de son histoire par les documents. Yoilà
le fonds, longtemps ignoré ou mal connu jusqu'à ces dernières années, de ce qu'on a appelé, un peu pompeusement peut-être, les Archives de Vart français \ La liste de tous les travaux relatifs à cette période a été mainte fois dressée par des mains pieuses : elle est d'une stérilité remarquable. On comprend, en la parcourant, ce que doit l'art français à rinfatigable critique par les soins duquel une École, notre École, longtemps dépourvue au Louvre même d'une installation digne d'elle, a vu s'élever un monument à sa gloire ^
Les conférences seules, parmi ces divers travaux, méritent de retenir un instant l'attention ^ Là seulement on prend sur le vif l'enseignement académique, sa critique, sa méthode. Une fois le mois, sous la présidence de Le Brun, chancelier, modérateur de ces séances, on donne une conférence publique ou une dissertation, dont un tableau, une statue font les frais. L'œuvre est apportée sous les yeux de l'assemblée, qui juge à son tour le jugement. Quand le professeur a fini sa lecture, une discussion s'engage. Le Brun la dirige, la ramène si elle s'égare, souvent la confisque à son profit : il en tire enfin, comme conclusion, un principe d'application pratique qui, aussitôt consigné sur les registres, clôt les débats et la cérémonie.' Poussin a le plus souvent les honneurs de ces séances. Les tableaux en fournissent le sujet ordinaire, et avec lui, grâce à Le Brun surtout, la conférence tourne au panégyrique. Parfois Colbert préside en personne , surtout quand il s'agit de distribuer les prix aux écoliers. Il se
1. Publiées sous les auspices de Pli. de Chennevières et A. de Montaiglon.