Mém. inédits, I, 245 et suiv
de rÉcriliirc semble marquer mie distance entre les chameaux et le puits. La leçon qu'il tire est à recueillir : « De sorte que M. Poussin a pu supposer sur un fondement solide que ces animaux avaient été tirés à l'écart, comme si la bienséance eût exigé qu'on les eût séparés d'une troupe de filles agréables, surtout dans le temps qu'on allait concerter un mariage avec une d'entre elles ; ce qui demandait toute la circonspection et la propreté d'une entrevue galante et polie ». — Restait, pour clore l'entretien, à formuler un principe pratique à l'usage des élèves. Un peintre, demande-t-on, ])eut-il retrancher du sujet principal les choses bizarres ou accessoires? L'assemblée hésite; on se tourne vers Colbert, on le supplie de prononcer. If s'en défend, et pour cause, étant venu s'instruire et non juger. Coypel rouvre la discussion; Le Brun applique à la peinture le fameux distinr/uo littéraire du bas et du noble, bref, tout va recommencer. Colbert, pressé de nouveau , s'enhardit à prononcer qu'un peintre « doit consulter le bon sens ». — « L'Académie, dit le procèsverbal, demeura pleinement persuadée de la force et de l'autorité d'un jugement si judicieux, et y déférant avec autant de joie que de respect, elle a voulu qu'il soit pris à l'avenir pour un précepte positif, et s'est fait un plaisir et un honneur de signer ce résultat ^ »
C'est ainsi que se traitent, au xvn° siècle, les questions d'art et de goût. Ces discussions, qu'à peine peut-on qualifier d'artistiques, ne laissaient pas, on le voit, de susciter plus d'un orage. Ceci tenait, comme il arrive souvent, moins aux questions qu'aux personnes. D'autres dissentiments, relatifs à la nature même de l'art et à son interprétation, s'élevèrent bientôt. Longtemps Le Brun put comprimer ces sourdes révoltes; son autorité reçut à la fin
J. Rédaction de Guillet de Saint-Georges, historiographe de l'Académie.
CAYLUS A L'ACADÉMIE ROYALE
plus d'une atteinte. Au dire de riiistoriograplie Guillet de Saint-Georges, les « particuliers introduits par civilité » dans l'assemblée y semèrent « des maximes absurdes tirées de l'école de Lombardie * ». La dispute du dessin et de la couleur, qui devait partager notre siècle, s'annonce déjà. On profite d'une maladie de Le Brun pour battre en brèclie ses doctrines. Avec quelques termes d'art , on « éblouit les élèves », d'ailleurs crédules et mal éclairés. Pour arrêter ces abus, ou mieux ces « attentats », il faut suspendre les conférences jusqu'à la guérison de Le Brun. Encore ne sont-elles, dans la suite, que rarement reprises. Le Brun meurt. Mignard, qui lui succède, ne « dirige •» que peu l'Académie. Il s'y sent trop étranger ; il a contre lui son passé, et d'autres soins l'occupent, les lionneurs, la fortune. Il se désintéresse des travaux traditionnels ; d'ailleurs, sa carrière est aclievée. Il meurt. Le sceptre passe à d'autres , plus mous encore. La constitution de 1705 vient, il est vrai, raffermir les cadres. Mais l'ancien esprit de discipline s'efface tous les jours. Les élèves n'ont plus l'art seul pour objectif. Ils ont vu un Mignard, le favori de la noblesse, se faire une place dans ses rangs^; ils assistent à la vogue inouïe du peintre des Gilles. Pendant la Régence, l'école a perçu les échos des boudoirs par la porte entrebâillée. Le directeur, homme d'esprit dont les ancêtres ont eu du talent, écrivain facile à l'occasion^, se délasse de l'art académique en peignant des mascarades. Maîtres et élèves, tous se ressentent d'un défaut de conduite. L'enseignement a fléchi avec l'art. C'est sur ces entrefaites que Caylus, élu sur la proposition de Louis de Boulogne, prend