‹ Essai sur le culte rendu aux empereurs romainsChapitre 14 sur 61 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'assemblée provinciale avait à sa tête un prêtre dont le nom varie selon les diverses provinces. En Occident, on ne trouve généralement qu'un seul terme par province pour désigner ce prêtre, mais ce terme n'est pas le même partout. Le prêtre des Gaules s'appelle Sacerdos Romae et Augusli ad aram, ad confluentes Araris et Rhodani (1). Il porte ce même titre de Sacerdos en Sardaigne(2), dans les deux Pannonies (3), en Mœsie (4), en Liburnie (5) et en Afrique (6). Le nom usité en Tarraconnaise (7), en Bétiqae (8), en Lusitanie (9), en Narbonaise (10), dans les Alpes maritimes (11) et Gottiennes(12), dans la Maurétanie césarienne (13), et en Numidie (14) est celui de Flamen. Nous trouvons le titre de Coronatus joint à celui de Sacerdos^ dans les trois Dacies (15), et, quand

(1) Allmer, Inscr. antiques du musée de Lyon, II, p. 50, 59 et suiv.

(2) C. I. L., X, 7518, 7917, 7940. En Sardaigne, on trouve aussi le nom de Flamen. Cf. 7599.

(3) Ibid., III, 3485, 3626, 4183. Eph. Epigr., II, p. 358.

(5) Ibid., III, 2810.

(6) Ibid., VIII, 1827, 2343, 4252, 5338. Bull, des antiq. afric, I, p. 286. Bull, de VAfr. franc., 1887, p. 332. Gagnât, Nouv. explor. épigr, en Tunisie, p. 17 et 24. Bull, épigr. de la Gaule, 1884, p. 90. Saint Augustin, Epit. CXXXVIII, n. 19.

(7) C. I. L., II, 4188 et suiv.

(8) Ibid., II, 1475, 1614, etc.

(9) Ibid., II, 35, 396, etc. Bull. crit.. 1882, p. 137.

(10) C. /. L., XII, 6038, 3183, 3184, 3212, 3275 add, 4323. (ll)/bid., V, 7907, 7917.

(12) Ibid., V, 7259.

(13) Ibid., VIII, 9409.

(14) Ibid., VIII, 7987.

(15) Ibid., III, 1209, 1433, 1509, 1513. Eph. Epig., IV, p. 65.

LBS PRÊTRES PROVINCIAUX. 121

l'Italie fat divisée en provinces, celui de Praetor en Etrorie (1).

Dans rénumération qui précède , nous disons toujours le prêtre. C'est qu'en effet il est hors de doute que les provinces de langue latine n'avaient chacune qu'un seul prêtre.

Les théories contraires qui ont été émises au sujet de quelques provinces sont contredites par les faits. Lorsque MM. Boissieu et Bernard supposent que l'autel de Lyon était desservi par un collège sacerdotal dont le prêtre provincial était le président (2); ils vont directement contre le texte de Tite-Live qui ne parle que d'un seul prêtre (3). De même, l'hypothèse de M. Hûbner, d'après laquelle les Flamiues de la Tarraconaise formaient un collège, ne repose sur aucun fondement. Le rédacteur du tome II du C. I. L. avait été amené à cette conclusion en constatant que les Flamines de cette province appartiennent à un grand nombre de cités différentes, mais il suffit, pour expliquer ce fait, que le Concilium ait pris soin de répartir équitablement les charges qu'imposait le sacerdoce (4). Il est contraire à tous les usages romains que les Flamines soient constitués en collège. Partout où nous i-encontrons un prêtre portant ce titre, il est seul (5).

Une inscription qui mentionne un C. Batonivs Primus flamen Auguslorum (6) et une autre dans laquelle Trebellius Rufus est appelé 'Apj^tepeùç icpàiToç èwxpj^wtç (7) avaient fait supposer de même à quelques auteurs que la Nai-bonnaise avait plusieurs Flamines. Toute autre doit être l'interprétation donnée à ces textes. Primus est un cognomen (8) ; irpâ-ro? i-iz/irt;; est un titre indépendant du sacerdoce. C'est une expression semblable à celles de irpô-roç 'Aota;

(1) c. /. L., XI, 1941, 2115, 2699, 3364, etc. Les délégués à l'assemblée S'appelaient probablement Jurati in sacra. C. I. L., XI, 1848, etc. Cf. Ann. de Vinst. archéol. de Rome, 1863, p. 288, et Jullian, Les transformations politiques de l'Italie, p. 208.

(2) Bernard, Le temple d'Auguste, p. 52. Cf. p. 31 et 70, n. 2. Boissieu, Inscr. de Lyon, p. 83.

(3) Tite-Live, Epitome, 137 : a Ara Caesari ad confluentem Araris et Rhodani dedicata, sacerdote creato G. Iulio Vercondaridubno. » Cf. Mommsen, Ann. de llnstit. archéol. de Rome, 1853, p. 60. Kûhn, Die Verf. des Rôm. Recht., II, p. 408. Marquardt, Eph. Epigr., l, p. 204. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, lU, p. 195. An. de Barthélémy. Revue des questions historiques, 1866, p. 12. Tous sont pour l'unité.

(4) Hûbner, C. /. L.. II, p. 540. Hermès, 1866, p. 113-116. * (5) Cf. Borghesi, Œuvres, V, p. 201, note de Mommsen,

CDC.L A., III, 623, 624.

(8) Guiraud, Les asssembl. prov., p. 82.

OU de TtpwToç Tou eôvouç qu'on rencontre ailleurs (1). La plaque de Narbonno a définitivement tranché la question (2).

Dans les provinces de langue grecque apparaissent deux groupes de noms différents. Les uns ont été formés en ajoutant au nom de la province la terminaison ap)^y]ç , qui indique un gouvernement ou tout au moins une présidence.

Ce sont :

'Afftapxvjç (3). KtXtxap;^Y)ç (9).

Bt6uviapx,iiç (4). KpYiTotpj^riç (10).

BoHOTotpxïlî (5). Aeffêàpj^Y); (11).

FaXaToép^^riç (6). Auxtap/T); (12).

'EXXaSap5(^ï]; (7). IlafJLCpuXtapj^riç (13).

Ka7r7caSoxap;^if)ç (8). IIovTdtpj^Yiç (14).

(1) B. C. H., 1886, p. 48. Mittheilung. d'Athènes, 1883, p. 331. M. Guiraud {Ass. prov., p. 83) doute que Rufus ait été prêtre provincial. Le mot irptôtoç iTtapxeia; me paraît cependant convenir à un personnage élevé aux premières dignités. On aurait pu songer à une date (Marquardt, Eph. Epig. , 1 , 203). Mais M. Guiraud prouve que cela n'est pas possible. Le C. /. A. place l'inscription sous Trajan ou Hadrien.

(2) Cf. Guiraud , Comptes rendus de l'Académie des sciences m.ora.les et politiques, 1888, p. 263.

(3) A la liste des 'Aatàpxat donnée M. P. Guiraud, Ass. Prov., p. 100, il faut ajouter, C. I. G., 5945, 5946, 6541. Waddington, Ins. As. Min., 158 a, 372. Moutieïov de Smyrne, 1880, p. 177 et 179. Benndorf, Reisen in Lyhien, 1, p. 156, n. 134. B. C. H., 1880, p. 375. Mittheil. d. Arch. Inst. in Athen., 1883, p. 331. Revue des études grecques, 1889, p. 35.

(4) Waddington, Ins. As. Min., 1142, 1178. Cf. G. Perrot, Expl. archéol. en Galatie, p. 33. Mittheil., d'Athènes, 1887, p. 176, 178. Sitzungsberichte. d. K. P. Ahad., 1888, p. 888.

(5) C. /. G., 1058, 1565, 1625, 1738 add., 2463 c. Lebas, Voy. arch., 3* partie, 831. Decharme, Inscr. inéd. de Béotie, n. 16.

(7) En Achaïe, Lebas, Voy. arch., 3* partie, 319. (Cf. Foucart, Insc. de la Mégaride, 319), 896. — Pour le Koivév 'A(i?ixtu6vwv, Lebas, Voy. arch., 3* partie, 43, 831, 853. — En Galatie, B. C. H., 1883, p. 18. Ce sont des magistrats locaux comme les Hellénarques de Tanais. Cf. Mommsen, Hist. rom.., trad. franc., t. X, p. 120, n. 2 ; et 84, n. 2.

(8) Digeste, XXVIL 1, 6, 14.

(9) Waddington, Ins. As. Min., 1480. B. C. H., 1883, p. 281, 282, 325.

(11) G. Perrot, Mélanges archéol., p. 168.

(12) C. /. G., 4198, 4274. B. C. H., 1878, p. 594; 1886, p. 222. Reisen in Lyhien, I, n. 43, 46, 50, 118, 121; II, 164, 226. Inscr. de Opramoas , III, E.; IV, c. ; V, A., E., F., etc. Cf. p. 240.

(13) C. /. G., 4340 b, add. Waddington, Ins. As. Min., 1364.

(14) Province du Pont, C. /. G., 4157. Waddington, Ins. As. Min., 1178.

LES PRÊTRES PROVINCTAUX. 123

i;upuxpxr,ç (1). <ï>otvtx«pxiQÇ (3).

<^loxapX7lç (2).

D'autre part, on rencontre dans quelques provinces, à côté des personnages portant les titres (jue nous venons d'énumérer des 'Ap/t£peTç ou 'lepeïç Tr^q 'Aataç (4), rûiv TaXaTcôv (5), ttj; Auxi'a; (6), Toû IIovTOu (7), Toû Kotvoïï Tûv 'Aj^at'wv (8).

Faut-il identifier ces deux titres et faire, par exemple, d"A(jiap- XTjç un terme synonyme de lApytepsùç 'Aai'aç? Faut-il, au contraire, supposer que l'un est différent de l'autre et que, là où l'on n'a pas encore trouvé d' 'Ap/ tspsu; de la province, la cause en est dans la disparition des monuments qui les mentionnaient? Ce problème a fort divisé les savants ; nous allons essayer de l'étudier à notre tour.

Remarquons, avant toute discussion, que les seules provinces où les titres ?e trouvent ainsi dédoublés sont le Pont, la Galatie, l'Asie, la Lycie et l'Achaïe. Dans les autres provinces, le seul titre qu'on rencontre est celui qui a la terminaison en ap/viç.

L'opinion qui distingue les deux fonctions est soutenue par MM. Waddiugton et Perrot (9).

Les fonctions de l'Asiarque et celles de r'Apytepeùç 'Aataç sont fort différentes, dit M. Waddington. Le prêtre d'Asie accomplissait les sacrifices eu l'honneur de Rome et d'Auguste ; l'Asiarque présidait les jeux. Si Modestinus appelle 1' 'Astap^i'a une UpcoauvY] (10),

G. Perrot, Mélang. archéoL, p. 168. Sitzungsberichte d. K. P. Ahad., 1888, p. 888. — Hexapole de Tomi, Hermès, 1869, p. 440. Syllogue de Constantinople, 1865-70, p. 107, n« 3 et 4. Perrot, I. L, p. 193 et 203. Mommsen, Hist. rom., trad. fr., t. X, p. 75.

(1) Ruinart, Acta sincera, p. 474 (édit. Ratisbonne).

(2) Lebas, Voy. arch., 3* partie, 831. C. I. G., 1738.

(3) Cod. Just., V, 27, 1. Novell. Justin., 89, 15.

(4) Voir P. Guiraud, p. 102, et Papers of American School at Athens, II, n. 33. Gagnât, Année épigr., 1888, n. 173. Reuue arch., 1888 (XII), p. 220.

(5) C. I. G., 4016, 4031. Cf. Perrot, De Galalia provinc. romana, p. 156.

(6) Waddington, Ins. As. Min., 1221, 1224, 1266. Reisen in Lykien, I. n., 37, 50, 89, 93; II, 66, 161, 162, 163, n. 226, 227, 239, et p. 133 et 181. Inscr. d'Opromoas, I, b., f. ; II, g., etc.

(7) C. /. G., 4149. — Hexapole de Tomi, Mommsen, Hist. rom., trad. franc., t. X, p. 75. Sitzungsberichte d. K. P. Akad, 1888, p. 888.

(8) Lebas, Voy. arch., 3' part., 319, 896. C. /. A., III, 805.

(9) Waddington, Ins. d'As. Min., 885. G. Perrot, E.xploralion archéologique en Galatie, p. 35 et suiv. Mélanges archéoL, p. 170 et suiv. Dictionn. des antiquités de Saglio, Asiarcha.

(10) Digeste, XXVII, 1, 6.

c'est que la présidence des jeux avait un caractère suffisamment religieux pour que la fonction d'Asiarque fût appelée une fonction sacrée.

M. G. Perrot a repris la même thèse dans l'article consacré par lui à VAsiarchia dans le dictionnaire de M. Saglio (1), après l'avoir soutenu une première fois dans son Exploration archéologique en Galatie (2). « Rappelons, » dit-il « à propos d'une dignité que nous trouvons souvent mentionnée dans les épitaphes des personnages importants de la cité et que nous rencontrerons dans deux de nos inscriptions inédites, rappelons qu'il ne faut pas confondre le Galatarque avec le grand-prêtre de la province de Galatie. Une inscription en l'honneur d'un personnage qui avait successivement été revêtu de ces deux dignités montre qu'elles ne se confondaient pas (3). Nous avons, d'ailleurs, pour nous éclairer, l'analogie d'une province voisine deTAsie, sur laquelle nous avons des renseignements bien plus nombreux et plus variés. » Et il renvoie à la dissertation de M. Waddington, citée plus haut (4).

Marquardt, au contraire, pense qu'il n'y a pas lieu de distinguer entre l'Asiarque et le grand-prêtre d'Asie, et il conclut de même pour les autres provinces (5).

L'Asie, dit-il, a le même sacerdoce que les autres provinces ; cela résulte de l'assimilation qui est faite dans le Digeste. L'empereur Sévère dispensa les pères de cinq enfants du sacerdoce d'Asie, puis étendit cette exemption à toutes les provinces (6). Or, en Occident, il n'y avait qu'un seul prêtre; donc il en était de même pour l'Asie. Cette argumentation n'est pas péremptoire. En effet : 1° il n'est pas établi que toutes les provinces n'avaient qu'un prêtre, puisque la question se pose pour l'Asie et pour presque tous les pays grecs ; 2° l'empereur pouvait exempter, dans les provinces latines, du seul sacerdoce existant, et dans les provinces grecques, des deux fonctions qui se partageaient le culte impérial.

A cette raison à priori, Marquardt ajoute les textes d'Eunape, qui parle de la seule 'Ap)(^iep{0(7uvY) tou uavroç eôvouç (7), et d'Aristide

(1) Dict. des antiq. gr. et rom., I, p. 467 et suiv.

(3) C. /. G., 4016 : T. 4>X. Taiavov àp^tepéaTOÛ Koivoù twv raXatwv, Ta\a.iâç)yri\.

(4) Cf. G. Perrot, De Galatia provincia romana, p. 150-150.

(5) Marquardt, Slaaisverwallung, I, p. 374. Eph. Epigr., I, p, 210 et suiv. C'était déjà l'opinion d'Eckhel, D. iV., IV, p. 208. Cf. p. 205. Cf. Houdoy, Droit municipal, p. 481.

(6) Digeste, L, 5, 8.

(7) Eunape, p. 111 (p. 501, éd. Didot).

qui parle de V'le^awr\ xotv^ -rîjç 'A(rtaç(l), c'est-à-dire qui emploie l'expression dont se sert Modestinus dans le Digeste pour parler de r 'Afftapxta et des autres fonctions analogues qui donnent l'immunité de la tutelle (2). De la comparaison do ces textes , il résulte que l"Ap;/t£pwaunri tou Travroç Idvouç OU TÎiç 'Affia; est identique à l"A(Ttapx.ia. Cette théorie se trouve, selon lui, confirmée par les actes du martyre de saint Polycarpe ou Philippe de Tralles est appelé tantôt 'AoriapxTiç et tantôt 'Ap^tepeuç, dans l'exercice des mêmes fonctions (3).

De même les femmes des 'Ap^tcpeTç sont 'Ap/tepei'at et associées à leurs maris dans leurs fonctions (4). Or, quand le mari porte le nom d'Asiarque, la femme porte le nom d'^Apyiepeta, doncl'Asiarque est le même que l'Archiereus (5).

Enfin, Marquardt n'admet pas l'argument tiré par M. Perrot du texte où Gaianus est appelé 'Ap;^tepeu<; toû KotvoC tùjv FaXaTwv, FaXa- Tdtp/riç (6), et de l'autre plus significatif encore où Aelius Macedo est dit 'Ap/tepaaajxevoç tou Koivoù twv FaXarcôv, FaXaTap-^riç (7). Selon lui , dans les deux cas , le premier des titres doit être assimilé à un autre que l'on rencontre souvent dans les inscriptions d'Asie,

celui d"Ap}(^tep£v>ç 'A<ria; vacSv tô5v Iv 2u.upvy) OU iv 'Efféaut. Macedo et

Gaianus auraient été prêtres du temple élevé par le Kotv<Jv de Galatie à Ancyre, puis Galatarques. Cette hypothèse n'est guère vraisemhlable. On comprend, en effet, qu'en Asie, où il y avait plusieurs temples, il y ait eu des prêtres chargés par le Koivo'v du service de ces temples. Mais , dans les provinces où il n'y avait qu'un temple, comment y aurait-il eu deux prêtres provinciaux? L'opinion de Marquardt a été adoptée par Kûhn (8), par Henzen (9), et enfin par le D' Lightfoot, dans un excursus placé à la suite de la lettre de saint Polycarpe aux habitants de Smyrne(tO).

(1) Orat., 26, I, p. 531. Ed. Dinforf.

(2) Digeste, XXVII, 1. 6, g 2 : êôvou; hpwrô-^rt olov 'A^iapx^a, Biôuviapxîa, Kaintaôoxapxta , uapéxei àXeixoup-pTTiŒv àizà iiri-rpo'jrûv , tout' èirrtv Êto; àv dtpx\). Cf. Basilica, XXXVII, 1, 6 : ol Upeïî tùv ànapy/wv, tovt' è<m'v 'Aaiipx"' *"^ ol XoiTcoî. (Ed. Heimbach, III, p. 681.)

(3) Eusèbe, H. E., IV, 15. Ruinart, Aci. martyr., p. 37 et 42. Cf. D' Lightfoot, Apostolic Fathers, I, p. 612.

(4) C. I. G., 3092, 3489, 4363, 4385, etc.

(5) Ibid,, 2511, 3677. Wadd., Ins. As. Min., 244.

(6) Ibid., 4016.

(7) Ibid., 4031.

(8) Kûhn, Verfassung des Rôm. Recht., I, p. 107.

(9) Ann. de l'Inst. arch. de Rome, 1863, p. 285.

(10) Lightfoot, Apostolic Fathers, II, sect. n, p. 987.

Ce que nous venons d'eu dire montre bien, ce me semble, qu'il y a quelque obscurité et que ni l'une ni l'autre des deux opinions en présence ne donne une solution complètement satisfaisante. Aussi M. Perrot écrivait-il plus tard : « Dans l'état actuel de nos connaissances , il est difficile d'arriver à une solution , et il faut attendre de nouveaux textes (1). »

M. Churchill Babington, dans un article publié en 1866 dans la Numismatic Chronicle, avait émis une opinion intermédiaire (2). Selon lui., T'Âp^iepeuç était le président des Asiarques. Ainsi que nous le verrons plus loin, il n'y avait pas plusieurs Asiarques; à plus forte raison, ne formaient-ils pas un collège. L'opinion de M. Babington n'est donc pas admissible. Mais il pense, en outre, que le titre d'Asiarque s'appliquait plus spécialement aux fonctions politiques. Cela expliquerait que les femmes aient pris seulement le titre sacerdotal d"Ap;^[6pei'a.

M. Monceaux a repris la question dans sa thèse De Communi Asiae (3). Voici le résumé de sa théorie.

De l'aveu de tous, dit- il, les fonctions de r'Ap^tepeu; d'Asie comprennent la surveillance des temples et la présidence du Koivdv, la charge de l'Asiarque était la présidence des jeux. Toute la confusion vient de ce qu'on a cru les jeux annuels comme l'assemblée et les cérémonies du culte, tandis qu'ils n'avaient lieu que tous les cinq ans. On voit de suite quel parti il tire de cette observation. Chaque année on nommait un grand-prêtre d'Asie; mais, à chaque cinquième année, ce grand-prêtre avait à exercer une charge spéciale, celle de présider les jeux ; aussi le désignait-on par un titre particulier : il était 'Aatap^iiç. Tous les Asiarques étaient grands-prêtres de la province ; mais tous les grands-prêtres n'étaient pas Asiarques.

Les textes qui semblaient contradictoires se classent à l'aide de cette hypothèse, et leur interprétation devient facile. Il est tout naturel que Modestinus ait rangé l'Asiarchie, la Bithyniarchie, etc., parmi les sacerdoces. Il est facile d'expliquer comment Philippe de Tralles était à la fois grand-prêtre et Asiarque. Les inscriptions et les auteurs ne parlent-ils pas des grandes dépenses des prêtres d'Asie aussi bien que celles des Asiarques? Or, chacun sait que la plus lourde dépense était celle des jeux.

(1) Mél&ng. d'archéol., p. 171, n. 5.

(2) P. 105 et suiv.

(3) De communi Asiae, p. 55 et suiv.

LKS PRÊTRES PROVINCIAUX. 127

D'autre part, tous les grands-prêtres d'Asie ne peuvent pas revendiquer le titre d'Asiarques, les grands prêtres de Galatie le titre de Galatarque, etc. C'est pourquoi certains d'entre eux prennent seulement le titre d"Apxiep6U(;. Les 'Apxtepeïç d'Asie sont éponymes et non les Asiarques. Sans doute, on trouve des monnaies marquées au nom de ces derniers, mais ce n'est pas à cause de cette fonction , c'est à raison de quelque charge municipale que ces personnages ont fait graver leurs noms (1). Si, dans les actes du martyre de saint Polycarpe, Philippe de Tralles est appelé Asiai-que quand il s'agit de jeux ; au contraire, quand il s'agit de donner la date du martyre , on l'appelle 'Ap^tepeuç. De même, les femmes des Asiarques sont appelées 'Ap/tepeiat (2) parce que l'usage n'est pas, chez les Romains et chez les Grecs, que les femmes s'occupent des jeux. Au contraire, il est de règle qu'elles prennent part au sacerdoce de leurs maris.

L'hypothèse de M. Monceaux semble résoudre toutes les difficultés, mais les arguments sur lesquels elle s'appuie sont loin d'être aussi solides qu'ils le paraissent à première vue. L'énumération des deux titres peut être simplement un effet de la vanité orientale, qui aimait à multiplier les épithètes. Quand les villes s'appelaient comme Nicomédie : [xrirpoTroXtç xal itpwTTi (3), ou mieux encore i^ tz^wtt] -cric 'Adiaç xal fXTjTpÔTroXtç TtpwTT) comme Pergame (4), -fi irpto-rr, t95ç 'Adi'aç xaXXei xal iityé^ei xai XafAirporct-ni ."•'FP»- TroXtç comme Smyrne (5), ^i irpcoTT) Ttaffwv xal (xê^iott] (xovwv towtwv 'Affiaç comme Ephèse(6), il n'est pas étonnant que les particuliers en aient fait autant. Si le grand prêtre d'Asie avait à la fois à présider le Kotvo'v, à s'occuper des jeux et enfin à offrir les sacrifices, c'étaient autant de titres qu'il avait à se donner, quand même ils eussent été nécessairement liés l'un à l'autre (7). D'autre part, dans bien des cas, quand il fallait abréger et quand le prêtre était plus modeste, il pouvait se contenter d'un seul mot, de celui qui se

(1) Cf. Lenormant, Hist. de la monnaie dans l'antiquité, III, p. 107 et suiv

(3) Mionnet, II, p. 469.

(4) Mionnet, Suppl., V, p. 459.

(6) Eckhel, D. N., II, p. 521.

(7) Nous avons un exemple frappant de ceci dans deux inscriptions où deux personnages portent les titres de : ô ipxwv twv IlaveXX^vwv xal tepeù; ôeoû 'AîpiavoO nave),),r|Viow xal àywvoeé-ni; twv [leYaXaiv noweXXTjvwov. Ces titres sont cependant toujours unis. Waddington, Inscr. d'As. Afin., 867, 869. Cf. Guirand, Assemb. prov., p. 103.

rapportait aux fonctions dont il était question dans l'inscription, ou de celui qui le flattait davantage.

2° Le fait que les Asiarques marquent leurs noms sur les monnaies à cause d'une fonction municipale, n'est pas prouvé. En effet, dans un grand nombre de cas, rien n'indique la fonction pour laquelle l'Asiarque aurait eu son nom gravé sur la monnaie. A Smyrne, sous Gordien le Pieux, Tertius est dit plusieurs fois simplement Asiarque (1), tandis qu'une seule fois il est qualifié de (T(Tpa'niYoç) (2). A Sardes, Domitius Rufus, qui figure sur les monnaies de Valérien l'Ancien, de Gallien, de Saloninus et de Valérien le jeune, est qualifié seulement d'Asiarque, fils d'Asiarques (3). Il se peut, sans doute, que la splendeur du titre d'Asiarque, éclipsant celle de la fonction municipale, on ait, à cause de cela, négligé de mentionner celle-ci, mais on peut concevoir une autre hypothèse. L'Asiarque était le personnage le plus en vue après le gouverneur romain. De même que les monnaies étaient souvent marquées du nom de celui-ci (4), n'est-il pas possible qu'elles aient été de même marquées au nom de celui-là (5)? Enfin, il peut s'agir, non de l'Asiarque de la province, mais de l'Asiarque chargé du soin du temple du Koivov dans la ville de Sardes ou de Smyrne (6).

3® L'affirmation que chez les Romains et chez les Grecs les femmes n'avaient jamais part à la direction des jeux, est tout à fait gratuite. Le mot àYwvoôéxtç désigne évidemment une femme qui remplit les fonctions d'agonothète (7). Dans les textes mêmes qui sont l'objet de la discussion, le mari et la femme sont appelés à la fois Asiarques, et la famille des gladiateurs est dite appartenir aux deux, comme les jeux leur sont attribués (8). Enfin, nous trouvons en Lycie des AuxtapxCaaat, titre qui associe complètement la femme aux fonctions du Auxtap^^viç (9).

4° De plus, le titre d'Asiarque est si peu réservé à celui qui préside les jeux, qu'il est appliqué couramment aux prêtres des tem-

(1) Mionnet, III, p. 250, n. 1410. SuppL, VI. p. 323, n. 1591, p. 325, n. 1605.

(2) Mionnet, III, p. 252, n. 1425.

(3) Mionnet, IV, p. 139, n. 798-808. SuppL, VII, p. 432 et suiv., n. 533, 535-538.

(4) Mionnet, Tables, p. 154 et suiv.

(5) Lightfoot, Apostolic Fathers, II, sect. Il, p. 989.

(6) Nous en parlerons plus loin. M. Guiraud, Ass. prov., p. 95, n. 5, propose aussi l'hypothèse d'Asiarques honoraires.

(7) C. I. G., 3415, 3508, etc. Ci. 3489. Le mari et la femme sont appelés àYCdvoOexûv xal àpxtepécdv xf^ç 'Aaiac

(9) Benndorf et Niemann, Reisen in Lyhien, I, n. 43 et 45.

pies provinciaux. On trouve souvent des 'A<rtap/at tûv vawv (1). M. Monceaux croit que le cas est particulier à Ephèse, capitale de la province, et que l'Asiarque avait la surintendance des temples dédiés dans cette ville aux empereurs, et même de celui d'Artemis. Cette supposition n'est pas défendable, car nous connaissons un 'Afftotp/T,; vawv Toiv £v2(jLupvr,(2)et un Asiarque de Pergame(3). On peut donc affirmer qu'ici le mot 'Aaiap-^^Yi; est pris dans le sens d"Apxtepeu<: , car il désigne des fonctions qui sont du ressort du prêtre.

M. Guiraud apporte encore, contre la théorie de M. Monceaux, un argument tiré du nombre des Asiarques. Les documents qui existent pour la période comprise entre 29 avant J.-G. et 268 après J.-G. nous fournissent, dit-il, soixante-dix Asiarques ; or, d'après M. Monceaux, il n'y en aurait eu en tout que soixante-dix-sept. Est-il vraisemblable que les noms de sept seulement nous soient inconnus? L'argument est encore plus fort si l'on ajoute les onze noms qui ne sont pas dans la liste de M. Guiraud. On obtient ainsi un total de qualre-vingt-un , c'està-dire quatre de trop. Pendant les règnes de Septime Sévère et de ses successeurs jusqu'à Gallien, nous connaissons vingt-six Asiarques, ce qui supposerait, d'après M. Monceaux, un laps de cent ans au moins, tandis qu'il ne s'est écoulé que soixantesept années (4). Ge calcul paraît probant. Cependant, je n'oserais en tirer une conclusion rigoureuse. Nous avons déjà dit, en effet, qu'en outre des Asiarques généraux du Kotvov d'Asie, il en existait d'autres, chargés du soin des divers temples du même Koivo'v à Smyrne, à Ephèse, etc. Rien ne nous prouve que les Asiarques mentionnés sur les monnaies n'aient pas été des Asiarques locaux. Il ne faudrait donc pas les joindre à la liste pour calculer le total des années.

Voici, ce me semble, ce qui se dégage de l'ensemble des faits que nous venons d'étudier : chaque Kotvov avait un président chargé de le diriger, qui était son chef et, pour ainsi dire, son

(1) CI. G. 2464, 2990. Wood, Discoveries at Ephes. Gr. Theat, 18. B. C. H., 1880, p. 443, et 1886, p. 405. Ce sont des Asiarques d'un ordre inférieur dont nous parlerons plus loin. Nous trouvons, au contraire, la surintendance des jeux attribués aux prêtres. Galien, note à Hypocrate, De particulis animal., XVIII, 2, p. 567 (éd. Kûhn). Cf. Bùchner, De Neocoria, p. 118. Mommsen, Hist. rom., trad. franc., t. X, p. 124, n. 1.

(3) Ibid., 1886, p. 405.

(4) Guiraud, Ass. prov., p. 100.

pouvoir exécutif. Le Kotvov rendait un culte aux empereurs et devait avoir un 'Apx^tEpeu; ; il célébrait des jeux et pai- conséquent il avait aussi un président de ces jeux. Quelques-unes de ces fonctions dataient de l'époque antérieure à la conquête romaine. En Lycie, nous l'avons remarqué, le titre de Lyciarque existait au temps où l'assemblée gouvernait librement la ligue (1). Ce titre n'avait alors rien de sacerdotal. Le dieu de la confédération, Apollon , avait un prêtre particulier qui ne disparut pas sous l'empire (2), mais qui devint prêtre de Rome et de l'empereur. Sans doute, ce prêti-e fut l'un des ap/ovreç èôvtxot, mais il est à remarquer que le titre de 'Ap^t^pe^c twv Ssêa^rtov se trouve joint non pas à celui de Lyciarque, mais à celui de rpat/.[jLaT£i)ç tou Kotvou (3). En Lycie donc les fonctions de Lyciarque et celles de prêtre provincial étaient distinctes, parce que le prêtre du dieu fédéral Apollon n'était pas le Lyciarque (4). Dans la même province, les fonctions d'Agonothète semblent avoir été exercées par les 'Ap/iîpuXaxeç (5).

Dans la province de Pont et de Bithynie, le grand prêtre de Pont est distinct d'un autre personnage qui réunit les deux titres de Bithyniarque et de Pontarque (6).

En Galatie, les trois fonctions de Galatarquo, de grand-prêtre et d'Agonothète sont attribuées au même personnage (7). M. Perrot et Marquardt, malgré leurs théories opposées, sont d'accord pour admettre que le titre d'Agonothète est synonyme de celui de Galatarque (àytovoÔETyjaaç Sic tou te. Kotvoîî twv FaXaTwv , xal twv !epôjv

(1) Strabon, XIV, 3, 3.

(2) Waddington, Ins. As. Min., 1221. Reisen in Lykien, I, n. 37, 50, 89, 93; II, 82, etc.

(3) B. C. H., 1890, p. 170. Reisen in Lykien, I, n. 35, 37, 77, 89, 93 ; II, 162, Inscr. d'Opramoas, IV, d, ; XIX, F.; XX, a. Waddington, Ins. As. Min., 1266.

(4) Je laisse de côté l'argument tiré par MM. Benndorf et Niemann de l'inscription citée à la page 71 du tome I des Reisen in Lykien. Selon ces auteurs, dans ce document, deux personnages différents seraient l'un grandprètre, l'autre Lyciarque. Mais l'inscription est rédigée au nom de la ville de Sidyme, et le Lyciarque ne figure qu'à titre de citoyen de la ville. Le prêtre nommé est donc probablement le prêtre municipal. Au contraire, dans l'inscription d'Opramoas {Reisen, II. Insc. d'Opramoas, V, F.), le Lyciarque et le grand prêtre sont bien tous deux nommés. On trouve peut être un exemple du cumul pour Opramoas {Ibid., VIII, a., d.). Cf. Reisen in Lykien, II, p. 127 et 133. Mommsen, Hist. rom., trad. franc., X, p. 124, n. 1.

(5) Reisen in Lykien, I, p. 93, n. 77.

(G) Sitzu7igsberinhte d. K. P. Akad., 1888, p. 888, n. 61. Cf. Waddington, Ins. As. Min., 1178.

àytovuiv, xal 'Ap/iepsùç tou KoivoD twv FaXaTôiv, TaXaréçijT^ç) (1). Si Cela est, comment supposer qu'entre deux termes synonymes on ait intercalé un troisième mot, désignant une fonction différente. De deux choses l'une : ou les trois termes désignent une seule et même charge ou ils désignent trois fonctions différentes successivement ou simultanément occupées par la même personne. Le Galatarque présidait donc les jeux et nous avons ici la désignation explicite des trois fonctions remplies par la même personne (2). On était tellement habitué à voir ces titres unis qu'ils paraissaient synonymes. De là , l'habitude de n'employer que l'un d'eux ou les deux plus pompeux. Telle est la cause de l'absence dans certaines provinces du titre d"Apxtepeùç. Le Crétarque, le Giliciarque, le Pamphyliarque, le Cappadocarque étaient prêtres, sans qu'il ait été besoin de le dire expressément.

En Asie, tantôt on prenait l'un des noms, tantôt l'autre, tantôt les deux à la fois, mais en faisant si peu de distinction, qu'on disait Asiarque des temples , alors que la correction du langage eût demandé prêtre. Il est impossible, en effet, de ne pas reconnaître une identité absolue entre les deux termes dans les deux inscriptions où l'on trouve les expressions suivantes :

'AywvoOstoîÎvtoî 01 ' aîwvoç Tiê. 'louXtou 'Pr,veivou àp^^tspéa); fi' vaùiv Twv âv 'Ecpéfftp (3).

'ÀYWvoôeTOuVTOç Si' aiwvoç Tiê. 'louXiou 'Priyeivou àffiapy(^ou p' vawv Twv £v 'Ecpédcp (4).

Enfin nous trouvons le titre d'Agonothète joint, en Asie, à celui d"Apxiep6u<; et à celui d'Asiarque (5), dans ces deux textes et ailleurs, et, en Macédoine, à celui d"Apytepeû<; (6),

Nous sommes donc amenés à conclure que très probablement ,

(1) Marquardt, Eph. Epig., 1, p. 212. G. Perrot, De Galatia prov. rom. , p. 156. Cf. Lightfoot, Apostolic Fathers, II, sect. ii, p. 994.

(2) M. Mommsen est partisan de la distinction du Galatarque et du grandprétre de Galatie. Hist. rom., trad. franc., t. X, p. 124, n. 1.

(3) Wood, Discoveries at Ephes. Gr. Theat., 9 et 14.

(4) Ibid., 18. M. Bûchner, De Seocoria, p. 128, voit là deux fonctions différentes. Je ne vois pas quelles seraient alors les fonctions d'un Asiarque des temples. M. Mommsen, Hist. rom., trad. franc., t. X, p. 124, n. 1, admet l'identité.

(5) C. I. G., 3489, 3495. B. C. H. , 1880, p. 523. Cf. Mommsen, Hist. rom., trad. franc , t. X, p. 124.

(6) De la Coulonche, Revue des Sociétés savantes, 1858, p. 792. Duchesne et Bayet, Voyage au mont Athos, p. 17.

presque partout , le président du Kotvov était, en même temps , le prêtre provincial et l'Agonothète. Les exceptions étaient dues à des circonstances particulières, encore faut-il noter qu'en Lycie tous les fonctionnaires portaient le titre d'dfpxovTeç.

Si l'on classe chronologiquement les documents relatifs aux Asiarques et aux 'Ap^teps^? d'Asie, on voit que sur dix-neuf 'Apj^iepe'tç qu'on peut assigner à une date , neuf sont de l'époque des Césars et des Flaviens et dix du second ou du troisième siècle. Dans les documents épigraphiquos relatifs aux Asiarques on ne voit , au contraire, aucun texte du premier siècle; une seule fois on trouve un Asiarque d'Ephèse (1). Marquardt pense qu'à l'origine le prêtre d'Asie portait seulement le titre d"Ap;(i£peuç, que, plus tard, on ne trouva pas assez pompeux (2). M. Guiraud, qui mentionne cette hypothèse, remarque qu'en effet les assemblées, religieuses au début, prennent do [)lus en plus un caractère civil et que, par conséquent , il est naturel que le litre d'Asiarquc ait été préféré. Mais il ne faut pas oublier que Sti-abon signale un ami de Pompée qui fut Asiarque probablement dans les premiers temps de l'empire (3). Les actes des Apôtres en citent du temps de saint Paul (4). Ce titre existait donc et était en honneur. Il n'est guère plus possible d'admettre que les Asiarques aient formé une catégorie de notables recrutée par des conditions que nous ignorons et en partie , au moins pendîint les premiers siècles , en dehors des 'Apj^tspeïç, tandis que, plus tard, nul n'y aurait été admis sans avoir été grand-prêtre de la province d'Asie ; c'est là une hypothèse que rien ne justifie (5).

I/identité des titres d"Apx,t£pet'ç 'Adiaçet d"A(j[àp)^'ir]ç étant admise, y a-t-il lieu cependant de penser que plusieurs personnages aient porté à la fois ce double titre? Plusieurs textes pourraient le faire croire.

Le premier est un passage des actes des Apôtres. « Paul, »

(2) Eph. Epig., I, p. 211. Guiraud, Ass. prov., p. 105.

(3) Strabon, XIV, 2, 42. Il est possible que Pythodore, tout en ayant été ami de Pompée, n'ait été Asiarque que plus tard. S'il avait quarante ans au moment de la mort de Pompée, il en avait cinquante neuf au moment de l'établissement du culte impérial.

(4) Actes, XIX, 31.

(5) Guiraud, Ass. prov., p. 106. M. Monceaux, De communi Asiae, p. 60, s'étonne qu'il y ait des monuments asiatiques datés par des 'Apxtepeïç et aucun par des Asiarque>;. M. Guiraud répond qu'il est naturel qu'on ait pris, pour dater, le titre temporaire plutôt que le titre permanent.

dit saint Luc, « fut averti de ne pas se rendre au théâtre par quelques Asiarques de ses amis (1). » De là certains auteurs ont conclu qu'il y avait plusieurs Asiarques (2). Quelques-uns ont même poussé la précision jusqu'à indiquer qu'ils étaient au nombre de dix, à cause des dix cités qui se disputèrent la gloire d'élever un temple à Auguste (3).

Le second est une phrase de Strabon qui, parlant de Tralles, affirme que cette ville a toujours fourni un certain nombre d'Asiarques (4).

A ces deux textes, le D' Lightfoot ajoute un endroit d'Aristide, où l'orateur parle d'un personnage qu'il croit être un Asiarque (b). Il faut ici, dit le savant évêque, traduire par la formule indéfinie : un Asiarque, et non par la formule précise : V Asiarque, car il serait difficile que l'orateur ait ainsi hésité s'il n'y avait eu qu'un Asiarque (6).

Cet argument n'est guère probant. L'hésitation ne se comprend pas plus, qu'il s'agisse d'un membre d'un collège composé seulement de dix personnes notables et qui devaient être connues d'Aristide ou qu'il s'agisse d'un seul prêtre. Dans un cas comme dans l'autre, l'incertitude s'explique fort bien, au contraire, si l'on observe que l'apparition a lieu dans un songe et, par conséquent, a dû être assez vague.

Quant aux deux autres textes, il suffit, pour les justifier, qu'après l'expiration de leurs fonctions, les Asiarques aient gardé, comme un titre d'honneur, le nom qu'ils avaient porté.

Ajoutons que le prêtre de la province n'était pas le seul qui s'appelât Asiarque. A côté de lui existaient d'autres prêtres attachés au service des temples élevés par le Kotvov dans les principales villes. Ces prêtres portaient le nom d"Ap-/tepetç ou 'Xmapyai TOÛ vaoû OU tô5v vacov èv ïlepyajjiu), àv Z|JLopvyi , etc. (7). Elus proba-

(1) Act. apost., XIX, 31 : Tivè? Se xai xôiv 'Adtapxwv ôvxe; aùxû çî),oi, iré|x- 4/avTe; Ttpà; aOtàv 7tapexa).ouv (i-^ ôoOvai éauxàv el; xè ôéaTpov.

(2) Cf. Smith, Dictionary of the Bible et Dict. of Greek and Roman antiquities, au mot Asiarcha.

(3) Cf. Kitto, Biblical cyclop., au mot Asiarcha.

(4) Strabon XIV, 2 , 42 : xai àei tiveç èÇ aÛT^; sWiv ol irptûTSuorre; xatô n^v lîrapxtav oO; 'A(7iàpya; xaXoûdiv.

(5) Aristide, Orat., 26 (I, p. 518, éd. Dindorf) : xai 'AfriâpyTi; , oT|iai, TCpooijv.

(6) Lightfoot, Apostolic Fathers, II, sect. il, p. 997.

(7) EphèsP, C. I. G., 2464, 2987, b. Waddington , Ins. As. Min., 146, 755, 1821. Wood, Discoveries. Gr. Theat., 2, 9, 14, 18. C. I. L., III, 296. Pappi-s of the American School ofclass. stud. af Athen., II, n. 115. — Pcrgame, C. /. G., 3416, 3494. Waddington, /ns. As. Min., 885. Cf. B. C.H., 1886, p. 405. — Smyrne,

blement, eux aussi, pour une année (1), et choisis, comme les prêtres provinciaux, parmi les personnages les plus notables, ils devaient garder leurs titres après leur sortie de charge.

M. Mommsen a repris la question sous une antre forme dans son Histoire romaine. Selon lui, les titres d'Asiarque et de grandprêtre, distincts à l'origine, se sont ensuite confondus. Cette confusion date de l'époque où furent créés plusieurs centres du culte impérial. Il y eut autant d'Asiarques oa de grands-prêtres qu'il y eut de temples. « Il en résulta, » ajoute-t-il, « que l'assemblée et les affaires administratives qui avaient été l'origine de cette institution furent reléguées au second plan ; l'Asiarque ne fut bientôt plus que l'organisateur des fêtes populaires rattachées à la religion des empereurs passés et présents (2). «

M. Mommsen ne donne aucune preuve de cette théorie. Ce que nous avons dit des origines du culte impérial prouve, croyonsnous, qu'elle ne saurait être admise. Les documents ne nous montrent aucune transformation du genre de celle qu'il suppose. L'assemblée d'Asie commença certainement par être une assemblée religieuse ; elle ne s'occupa des affaires politiques ou administratives que par surcroît.

M. Bùchner, dans son livre intitulé De Neocoria , adopte l'opinion de M. Mommsen et indique les arguments sur lesquels elle s'appuie (3).

Il remarque tout d'abord que le prêtre de Lyon est appelé indifféremment Sacerdos ad templum Romae et Augusli ad confluentem Araris et Rhodani et Sacerdos trium Galliarum. Il conclut de là que le nom du temple que desservait le prêtre peut être indiqué ou omis à volonté, et que, par conséquent, on peut dire 'Apytspe^ç vr^ç 'AtJi'aç vaou toû Iv IlepYaixio, èv SfxupvTi, etc., OU simplement 'Apj^tepetç 'Affiaç. L'analogie n'est pas évidente. En effet, dans le premier cas, il ne peut y avoir d'ambiguïté, le temple de Lyon étant le seul pour les trois Gaules. Dans le second , au contraire, comment savoir s'il s'agit du prêtre de Smyrne, de Pergame, d'Ephèse ou de Gyzique ?

La seconde raison qu'invoque M. Btlchner est l'invraisemblance qu'il y a à supposer l'existence d'un prêtre qui n'aurait desservi

C. I. G., 2741. Waddington, Ins. As. Min., 626, 842. B. C. H., 1880, p. 443. — Sardes, C. /. G., 3461. — Cyzique, C. /. G., 3662.

(1) On trouve la mention xà ^', C. I. G., 2741. Wood,Discoveries at Ephes.— Gr. Theat., 8, 9, 14, 18.

(2) Hist. rom., trad. franc., t. X, p. 124. (.3) De Neocoria, p. 116 et suiv.

aucun temple et qui aurait eu sous sa juridiction d'autres prêtres desservant réellement des temples. Sans doute, répondi-ons-nous, mais nous sommes en présence d'un cas particulier ; la condition spéciale du culte impérial en Asie suffit à expliquer cette anomalie. La rivalité des villes, qui avait été cause de l'établissement de plusieurs temples, amena ce résultat. Même après l'érection des nouveaux sanctuaires, il n'y eut toujours qu'une assemblée commune de la province (I). Cette assemblée se déplaçait, mais elle avait toujours un président unique, et ce président ne pouvait être que l'Asiarque ou grand-prêtre de la province.

M. Biichner insiste et ne peut comprendre l'existence d'un prêtre supérieur au moment où le temple dePergame existe seul. L'objection serait fondée si nous supposions que dès l'institution du culte des empereurs, il y ait eu des prêtres locaux, mais telle n'est pas notre pensée. A l'origine, qui songe à le nier? il n'y eut qu'un prêtre provincial et, si des prêtres de rang secondaire furent créés, ce fut seulement à mesure que les sanctuaires se multiplièrent. Il était nécessaire que quelqu'un fut proposé à la garde de chacun des temples dans l'intervalle de la tenue des assemblées.

Une troisième raison est tirée d'un texte d'Aelius Aristide (2) , dont nous aurons à nous occuper plus loin. Selon M. Bilchner, ce texte démontre que l'assemblée nommait plusieurs prêtres. A mon avis, tel n'est pas le sens de ce passage, et rien ne prouve qu'Aristide ait été élu. Il s'explique tout aussi aisément par la nomination d'un seul prêtre que par celle de plusieurs. On ne peut donc rien en conclure en faveur de la thèse de M. Bilchner (j).

Au contraire, de sérieux arguments combattent l'hypothèse qu'il soutient.

l°Leprêtred'Asieestéponymepourlaprovinceentière.M.Buchner ne le conteste pas pour le temps de Tibère; M. Mommsen l'admet sans restriction (4). Or, la lettre de l'Eglise de Smyrne et les inscriptions de Tralles et d'Olyrapie appellent Philippe de Tralles 'Apxtspsùç 'Acîiaç, sans indication de temple, et cela au temps d'An-

Ci) L'existence de l'assemblée commune de l'Asie nous est attestée sous Domitien (Philostrate, Vie des Soph., I, 21, 6 II, p. 33. éd. Kayser), sous Hadrien (Waddington, 7ns. As. Min., 8, 67), sous Antonin (Digeste, XXVII, 1), sous Marc-Aurèle (Eusébe, Hist. eccL, IV, 13), et sous Caracalla (Digeste, I, 16, 4, 5).

(2) Orat., 26 (éd. Dindorf, I, p. 531).

(3) Voir plus bas à propos de l'élection des prêtres.

(4) Bûchner, De Neocoria, p. 121. Mommsen, Hisf. rom., trad. franc., t. X, p. 122.

tonin (1). S'il ne s'agit pas du sacerdoce supérieur, pourquoi aurait-on négligé une indication nécessaire ici ? S'il avait été prêtre à Ephèse, à Pergame ou à Smyrne, aurait-on manqué de le dire expressément? La majorité des inscriptions relatives aux Asiarques est dans ce cas, et les habitudes de l'Asie sont telles qu'on ne peut supposer que, dans la mention d'un titre, l'abréviation ait été l'usage commun. Si parfois, comme lorsqu'il s'agit de dons faits à un temple désigné , on pourrait dire que les circonstances déterminent suffisamment le prêtre dont il est question, qui empêche cependant de supposer que, même alors, on a indiqué la date par le nom du prêtre commun de la province. 2* Une inscription souvent citée mentionne un prêtre qui fut,

sons Commode , 'Ap/tep£bç à7roSeSeiY[jLévo(ç) vawv xai xcov Iv DfXupvY]

t(o)P'(2), et qui est dit, en 161, 'Ap/tepstiç ài:oh8ti-{ii.ivo<; 'A(7taç(3). L'explication naturelle de la première inscription est que ce personnage, après avoir été deux fois prêtre du temple de Smyrne, fut ensuite désigné pour le sacerdoce commun de l'Asie. M. Btichner n'admet pas cela. Il fait remarquer que dans le second texte, tel qu'il est donné par Bœckh , après le mot Aaïaç on lit la lettre v; il pense que le mot xat doit être supprimé et que, dans les deux cas, il faut lire àTroSeSetyfxevo; 'Aai'aç vawv ràjv èv 2[xupvYi. A cela, on peut répondre que le texte de Bœckh a été corrigé par lui-même d'après un estampage , et que la seconde lecture ne donne pas la lettre v. De plus, même en admettant l'existence de cette lettre et la lecture de M. Btichner, on arriverait simplement à constater qu'en 161 Euryclès fut désigné comme prêtre des temples de Smyrne, peut-être pour la première fois. Rien en cela n'empêche qu'il n'ait été par la suite élu prêtre de la province. Sans doute, la construction vacSv xat n'est pas correcte, mais elle s'explique en supposant que le lapicide s'aperçut qu'il avait donné un titre inférieur à Euryclès, et voulut corriger son erreur en indiquant par le mot xai que le titre de prêtre supérieur s'ajoutait à celui de prêtre de Smyrne, obtenu déjà deux fois.

3° Enfin les expressions îepcoffuvY) xotv^ t^; 'Adi'aç (4), àp^^ieptoduvyi Toù iravTo; eôvouç (5), s'entendent facilement d'un sacerdoce général,

(1) Eusèbe, Hist. eccl., IV, 15, 27. Archaeol. Zeitung , 1880, p. 62. Waddington, Ins. As. Min., 1652, c. B. C. H., 1886, p. 456; 1887, p. 299.

(3) Ibid., 3836. Cf. Add., p. 1065. Cf. Waddington, Ins. As. Min., 871. On ne voit pas le v dans la copie de Lebas.

(4) Eunape, p. 111 (p. 501, éd. Muller).

(5) Aristide, Orat., 26 (I, p. 531, éd. Dindorf).

et difficilement d'un sacerdoce destiné à desservir, même au nom de la province, un temple particulier. Au contraire, les mots 'Apx'spe^Ç 'Aff(aç Toïï vaoù ou twv vawv, indiquent à la fois et que le prêtre est nommé par la province et que ses fonctions sont restreintes au service d'un ou de plusieurs temples déterminés.

Aussi dans une même inscription FI. xMunatius est-il appelé Asiarque d'Ephèse, et Aurelius Dionysius , fils et petit-fils d'Asiarque (1). Pourquoi aurait-on négligé de mentionner le nom d'Ephèse dans le second cas, sinon parce qu'il s'agit de l'Asiarchat commun de la province ?

Pour toutes ces raisons et jusqu'à la découverte de nouveaux documents, il n'y a pas lieu d'admettre la théorie de MM. Mommsen et Bùchner, et tout porte à croire qu'en Asie, comme ailleurs, il y avait un prêtre, président de l'assemblée provinciale, et placé au-dessus des prêtres qui desservaient les temples bâtis par l'Asie dans plusieurs des grandes villes de la province.

Les prêtres provinciaux étaient nommés par l'assemblée. Cela nous est clairement indiqué pur le commentaire du jurisconsulte Paul sur la lex Julia de ambitu. Paul applique cette loi à ceux qui employaient des moyens violents pour faire réussir leur candidature, et pressaient sur les électeurs, en amenant leurs esclaves ou une foule quelconque destinée à imposer lour nomination (2).

Quand l'élection était unanime, les prêtres élus l'indiquaient quelquefois. C'est le sens de l'expression : Hic provinciae consensu Flaminis munus est consequutus (3).

Dans la plupart des provinces , l'élection de l'assemblée était certainement suffisante et nous ne trouvons aucune trace de l'intervention du gouvernement romain, mais en était-il ainsi partout? On a voulu voir dans le texte d'Aelius Aristide, cité plus haut, la preuve qu'en Asie les choses se passaient autrement (4). Là, di-

(1) C. /. G., 2990. Cf. Waddington, Ins. As. Min., 158 a.

(2) Pauli, Sententiae, V, 30, 1 : « Petiturus provinciae sacerdotium si turbam, suffragiorum causa, conduxerit, serves advocaverit aliamve quam multitudinem conduxerit, convictus ut vis publicae reus, in insulam deportatur. »

(3) C. /. L., II, 2344. En Sardaigne, C. /. L., X, 7518. Pour les trois Gaules, Tite-Live, Epitome, 137. Âllraer, Inscr. anliq du musée de Lyon, II, p. 91. Mommsen, Annal, de l'Inst. arch. de Rome, 1853, p. 60, sur le mot creatus.

(4) A., de Barthélémy, Les assemblées nationales dans les Gaules, p. 14. Guiraud, Ass. prov., p. 84. Monceaux, De communi Asiae , p. 50. Cf. Mar-

sent quelques historiens, l'assemblée désignait plusieurs candidats parmi lesquels le gouverneur choisissait l'Asiarque. Dans son quatrième discours sacré, cet orateur raconte les faits suivants : Au commencement de l'année, quand a lieu la première assemblée du peuple, un certain nombre de citoyens de Smyrne lui donnent, avec applaudissements, le titre d'Asiarque; le peuple se range à leur avis. Les magistrats joignent leur appui à celui des amis d'Aristide, les présages leur sont favorables , mais il refuse d'écouter la voix populaire et se fait nommer prêtre d'Esculape. Néanmoins, on envoie les délégués de Smyrne en Phrygie, où se tenait cette année le Koivo'v, avec mission de présenter la candidature d'Aristide. Celui-ci, qui a tout prévu, envoie son père nourricier pour combattre leur influence, et quand a lieu le vote, il a le troisième ou quatrième rang (xat -(iyMO[t.(xi xpixoç y) Térap-roç x^ ^(stpoTovta) (1). Si l'on examine de près le texte, on voit qu'il ne conduit pas aux conséquences qu'en tirent les historiens dont nous parlons. Voici, selon nous, comment les choses ont dû se passer. Le peuple voulait faire nommer Aristide Asiarque malgré lui. Celui-ci envoie Zozime à l'assemblée de Phrygie pour empêcher que les suffrages ne se portent sur son nom. Il ne peut faire cependant qu'un certain nombre de délégués ne vote pour lui, et quand on dépouille le scrutin, il se trouve encore le troisième ou le quatrième parle nombre des voix. Rien en tout ceci ne contredit l'hypothèse que l'assemblée provinciale nommait directement l'Asiarque. Il arrive perpétuellement que dans un scrutin les voix se parta-

quardt, Staatsverwaltung , IV, p. 371. Smith, Biblical encyclop. au mot Aisiarcha, etc. La description caractéristique est celle de Valois et dePitiscus (Valois ad Euseb, H. E., IV, 15. Pitiscus, Lexicon, au mot Asiarcha) : « Munus Asiarchae annuum erat. Eligebantur hoc modo. Initio cujusque anni, id est sub aequinoctium, singulae urbes Asiae contionem habebant in qua uni ex suis civibus 'ÀCTtap/ia; honorera deferebant. Turn unaquaque civitas legatum in urbem Asiae proconsularis primariam, qualis erant Ephesus, Smyrna, Sardes, aliae, ad tô Koivov, commune gentis concilium, qui nomen ejus qui domi electus erat, publiée renuntiaret. Ex his, quos singulae urbes Asiarchas nominaverant, Synedri non nisi decem Asiarchas designabant, et, ex horum numéro, Proconsul romanus, summum ,sacrorum praefectum eligebat. Dissentiunt autem interprètes in eo utrum omnes in publico Asiae concilio désignât! , hoc munere simul perfuncti sint an vero unus duntaxat fuerit Asiarcha. » Le D' Babington trouve ce passage fort amusant {Numismatic chronicle, 1866, p. 97); il est, en effet, très fantaisiste. Les archéologues modernes ont laissé de côté toutes ces hypothèses. On n'a malheureusement pas le passage de la Lex Concilii provinciae Narbonnensis relatif à l'élection.

(1) Aelius Aristide, Orat., 26 (I, p. 531, éd. Dindorf).

gent. Celui qui en a le plus est élu ; mais, au moment de la proclamation, on indique la manière dont se répartissent les suffrages, et c'est d'après cette proclamation qu'Aristide peut dire qu'il est le troisième ou quatrième. Bien plus, dans la suite du texte, il n'est plus parlé que du sacerdoce d'Esculape. L'auteur indique qu'il a réussi dans son entreprise, c'est-à-dire que son élection a échoué. Aussi rien, à mon avis, dans ce passage, ne met en droit de conclure que le gouverneur intervenait dans l'élection des prêtres provinciaux en Asie (1).

Aristide est encore plus éloigné de fournir des preuves à l'appui de l'opinion de ceux qui veulent que les Asiarques aient été élus par les cités. Les délégués de chaque ville devaient partir avec l'intention de faire passer un candidat , et cela suffit à expliquer comment les habitants de Smyrne mettent en avant le nom d'Aristide. C'est une indication de leur désir, ce n'est pas une élection. Les choses ne se passent pas autrement aujourd'hui , dans les élections présidentielles , en Amérique.

Les prêtres étaient choisis parmi les plus illustres pei-sonnages. Ils avaient rempli dans leur patrie les charges municipales et exercé des sacerdoces, avant d'aspirer aux fonctions plus élevées de l'assemblée provinciale. Tantôt ils sont dils simplement omnibus ou sumrnis honoribus apudsuos ou in patria functi{2). Parfois, au contraire, les fonctions municipales qu'ils ont exercées sont énumérées en détail (.3). Les sacerdoces municipaux sont rarement indiqués dans les provinces de langue latine (4); ils le sont plus souvent dans les provinces de langue grecque, par exemple en Macédoine (5), en Galatie (6), dans le Pont et la Bithynie (7). On rencontre de même, parmi les Asiarques, d'anciens archon-

(1) Cf. Bullet. crit., 1888, p. 105. M. Hirschfeld, Sitzungsberichte d. K. P. Ahad., 1888, p. 855, attribue à M. Waddington la paternité de l'opinion combattue ici , et la rejette en faisant remarquer aussi que la confirmation du proconsul est donnée pour le sacerdoce d'Esculape.

(2) Dans les trois Gaules, AUmer, Inscr. antiq. du musée de Lyon, II, p. 67, 116, 117. etc., etc. — En Narbonnaise, C. I. L., XII, 3275 add., cf. 392. — En Tarraconaise, ibid., II, 4189, 4191, 4195, 4197, 4200, 4204, 4205, 4207, etc.

(3) C. /. L., II, 4194, 4199, 4202, 4215, 4216, 4234, 4253; III, 1209, 1513, 2810. Eph. Ep., II, n. 581; V, 7907. C. I. L., VIII, 2343, 4600; XII, 3184,

(4) C. /. L., II, 4211 ; XII, 3184. Eph. Ep., II, p. 358, n. 581 ; III, p. 37.

(5) Duchesne et Bayet, Voyage au mont Athos, p. 17.

(6) C. 7. G.. 4016. Perrot, De Galatia prov. rom., p. 156.

(7) Perrot, Exploration archéologique, p. 33, n. 22.

tes OU des archontes actuels de leur cité (1), des stratèges (2), des àyopavofxot (3), des Ypa[Ji.[Ji.aT£7ç(4), des Xoytffxat (5), des amphictyoiis(6). Quelques-uns portent le titre de TrpwTot x^; TraTpiSoç(7), d'autres ont été agonothètes (8), (TTsçavYicpopot (9), veioxopoi twv Sséadiàiv (10), prêtres municipaux du culte impérial (1 1), enfin prêtres de diverses divinités locales qu'il est inutile d'énumérer (12).

Par le fait même qu'ils avaient exercé les fonctions municipales, les prêtres provinciaux étaient citoyens romains (13). Souvent même ils ont obtenu, soit avant , soit après leur sacerdoce, des grades dans l'armée romaine (14). Un certain nombre furent chevaliers romains (15) et occupèrent les diverses charges de la carrière équestre. Quel({ues-uns prirent place dans les décui'ies de juges siégeant à Rome (16). D'autres remplirent des fonctions de l'ordre financier et en particulier des procuratelles (17). Un d'entre eux est même entré dans la carrière sénatoriale. Le lyciarque Tiberius Claudius Telemachus fut consulaire, questeur et légat d'Achaïe. Mais c'est là un cas unique peut-être, à tout le moins

(1) C. /. G., 1738. Mionnet, IV, p. 55. Suppl.; V, p. 504, n. 53, 54, 55, VII, p. 359.

(2) Mionnet, II, p. 603. Suppl., V, p. 443, 448. — IV, p. 128. Suppl, VII, p. 426. —IV, p. 55. — Eckhel, D. N., IV, p. 207. — C. /. G., 6541, etc.

(4) Wood, Discoveries , Templ. of Diana, 13. C. /. G., 2090. Moutretov de Smyrne, 1880, p. 177.

{6)Ibidl., 1738.

(7) Ibid., 3504.

(8) Waddington, Ins. As. Min., 1821.

(10) C. I. G., 3190. Mou<t£î:ov, 1880, p. 177.

(12) C. I. G., 1124, 1738, 3190, etc., etc.

(13) Le titre est mentionné par exemple dans C. I. L., II, 4188, 4194, 4196, 4199, etc., etc.

(14) Tib^nis militaires légionnaires, C. I. L., II, 4188, 4189, etc.; XII, 3184. — Préfets de cohortes, ibid., II, 4189, 4203. — Praefecli Fabrum, ibid., II, 4205, 4188. — Tribuns de cohortes auxiliaires, II, 4211, 4212. — Praefecli orae maritimae, 4225, 4226. — Praefectus alae, 4251 — xà; y'aiçixxzia.i èiriçavwç (TxpaTEucràjxevoi;. B. C. H., 1878, p. 523. Je n'ai cité ici que quelques exemples.

(15) C. I. L., II, 4211, 4212, 4213, etc.; III, 1209, 1433; VIII, 1827, 9409; XII, 3184, 3275, etc. C. /. G., 4016. B. C. H., 1878, p. 594.

(16) C. I. L., II, 4211, 4213, etc.

(17) Procurator monetae, C. I. L.. II, 4206, Procurator Augusti, 4225. Proc. Aug. ab alimentis, 4238. Cf. C I. G., 2790, 2933. Waddington, Ins. As. Min., 605. Mitlheilungen d'Athènes, 1883, p. 323.

tiès rare. MM. Bendorf et Niemann pensent que cette exception eut lieu sous Comuiode à l'époque où le sénat fat ouvert par l'empereur à des provinciaux et où les provinces furent données à prix d'argent (1). Ajoutons que, si eux-mêmes parvenaient rarement à de tels honneurs, leurs fils les obtenaient quelquefois, grâce au sacerdoce de leur père. C'est ainsi que le fils et le petit-fils d'un Galatarque furent sénateurs (2).

Il est facile de comprendre , dans cet état de choses , comment les plus grandes familles provinciales se glorifiaient d'avoir parmi leurs ancêtres des prêtres provinciaux. Dans une inscription de Tyatirc, en Lydie, nous voyons quatre générations de prêtres d'Asie {,S); dans la même ville (4), à Prusias, en Bithynie (5), et à Téos, en lonie, deux générations (6). Le même fait se constate en Occident. On trouve deux générations en Gaule (7) et deux frères en Tarraconaise (8). En Lycie et en Pamphylie, il y avait de véritables familles de Lyciarques et de Pamphyliarques (9).

En pareil cas, l'illustration des ancêtres désignait les descendants aux suffrages de la province et devait peser d'un grand poids dans les élections (10). M. Guiraud fait encore remarquer que, dans les provinces d'Orient, toute une catégorie de personnes arrive à la prêtrise sans que leur naissance les y appelle : ce sont les rhéteurs et les sophistes (II). Gela s'explique par les grandes richesses qu'ils acquéraient, grâce à leurs discours et à leurs leçons, et aussi par les services qu'ils pouvaient rendre à leurs compatriotes dans les légations dont ils se chargeaient volontiers (12).

On devait, en effet, dans les élections, tenir grand compte de la

(1) Benndorf et Niemann, Reisen in Lyhien, I, p. 67, n. 42, Cf. Lampride, Commode, 6.

(2) B. C. H., 1883, p. 17. Cf. Foucart, Ins. de Messénie, 319.

(5) Waddington, Ins. As. Min., 1178.

(6) Waddington, ibid., 110.

(7) AUmer, Inscr. antiq. du musée de Lyon, II, p. 89 et 91.

(9) Waddington, Ins. As. Min., 1224 : (yévouç (Tuv)xXT)Ttxoù xai ûitaTixoO xat Auxtapxi(x)o(0) %cd nafiçu^tapxwv x. t. X. Cf. ibid., 1219. Reisen in Lykien, I, 43, 46, 93; II, 163, 223; cf. p. 181. C. I. A., III, 112, a. Foucart, Inscr. de Messénie, p. 159. Rev. archéoL, 1874, II, p. 110.

(10) Philostrate dit, en exagérant, que, dans la famille de Scopelianus, on était Asiarque de père en fils, èx Tta-rpè; uâvxeç. Vie des sophistes, I, 21, 2 (II, p. 28, éd. Kayser).

(1 1) Guiraud, Ass. prov., p. 89. Vidal-Lablache, Hërode Atticus, p. 25 et suiv.

(12) Exemples dans C. /. G., 2463, c, et Philostrate, l. l.

fortune des candidats. Ce n'était pas une petite charge que d'être prêtre provincial. Sans doute, les prêtres trouvaient une partie des ressources dans la caisse provinciale (1), mais il leur restait des dépenses considérables à faire. Ils fournissaient les gladiateurs et les bestiaires (2). Pour remercier la province de l'honneur qu'elle leur avait fait, ils entreprenaient à leurs frais des travaux publics fort coûteux. En Bétique, un prêtre construit un aqueduc (3). En Pannonie Supérieure, L. Valerius Verus rebâtit à frais communs, avec un Praefectus alae, une crypte détruite par le feu (4). De même, en Asie, un prêtre est loué de son zcle pour les travaux publics (5), un autre pour le luxe de ses ambassades, de ses chorégies et, des monuments qu'il a élevés (6), un troisième offre à l'occasion de sa nomination, l'argent nécessaire à la réparation du temple et à d'autres travaux (7). Titus Ulpius Aelianus Papianus, qui fut à la fois Pontarque et Bityniarque, fit faire, par deux fois, des distributions à ses frais (8).

Ces dépenses expliquent pourquoi les villes, où se trouvaient les plus grosses fortunes, fournissaient aussi le plus souvent les Asiarques. Tralles , au dire de Strabon , était du nombre (9). Les inscriptions, qui indiquent le lieu d'origine des prêtres, nous montrent aussi que les assemblées provinciales avaient soin de répartir équitablement , entre les différentes cités, l'onéreux honneur du sacerdoce.

Par suite de ces dépenses, les sacerdoces provinciaux ne furent bientôt plus recherchés avec autant d'avidité qu'ils l'avaient été à l'origine, et les empereurs furent obligés de régler les cas d'exemptions. Sévère permit au père de cinq enfants de refuser le sacerdoce provincial, et ce privilège, d'abord particulier à la province d'Asie, fut ensuite étendu par lui aux autres provinces (10). Il est probable aussi que les rhéteurs, les médecins, les philosophes et les grammairiens étaient exempts (U). On avait

(1) Waddington, Ins. As. Min., 1265.

(4) Ibid., III, 4183.

(6) Ibid., 1887, p. 102.

(8) Waddington, Ins. As. Min., 1178. On pourrait multiplier les exemples.

(9) Strabon, XIV, 1, 42.

(10) Digeste, L, 5, 8.

(U) Digeste, XXVII, 1, 6, 1, Le texte offre quelque obscurité. Cf. Guiraud, Assembl. prov., p. 93, n. 1.

de plus statué que personne ne pourrait être empêché de remplir deux fois les fonctions de prêtre provincial, s'il le voulait bien (1). Enfin, pour stimuler le zèle, on avait accordé l'exemption de la tutelle et des liturgies au titulaire pendant la durée de sa charge (2).

Les fonctions des prêtres consistaient à offrir les sacrifices au nom de la province (3) et h présider les jeux et l'assemblée qui nommait leur successeur. Gela ressort de tous les textes que nous avons cités plus haut.

On a prétendu de plus que les prêtres provinciaux avaient été les chefs hiérarchiques des autres prêtres, ou tout au moins des prêtres de Rome et d'Auguste (4). Rien ne prouve cette assertion. Sous le Haut-Empire, le seul texte qui pourrait appuyer cette supposition est un rescrit d'Hadrien qui, à la demande d'Euryclès, grand-prêtre désigné d'Asie, permet aux habitants d'Aphrodisias de célébrer des jeux établis par une fondation particulière. C'est comme XoYtern^ç de la cité qu'Euryclès intervient et non comme prêtre d'Asie (5). En effet, il n'est encore que prêtre désigné; si un prêtre eût dû intervenir, c'eut été celui qui était alors en fonction et non son futur successeur (6).

C'est seulement à l'époque de Dioclétien que nous voyons tenter un essai de ce genre. Maximin , pour lutter contre le christianisme, imagina de hiérarchiser le culte impérial (7). Il donna aux prêtres provinciaux une juridiction sur tous les autres prêtres et il leur adjoignit des satellites (8). Cette mesure coïncida avec une réorganisation des sacerdoces municipaux qui fit du prêtre de l'empereur le chef des prêtres de la cité et lui donna la surveillance du culte de tous les dieux (9). C'est là

(1) Digeste, L, 4, 17.

(2) Digeste, L, 5, 8; XXVII. t, 6, 14. Cf. Philostrate. Vie des sophistes, II, 26, 1(11, p. 112, éd. Kayser).

(3) C. /. L., XII, 6038, 1. 16 et 19. Nous trouvons, par exemple, des Tauroboles offerts au nom de la province par des prêtres. C. I. L., XII, 4323: cf. 4329. Cf. Hirschfeld, Sitzinigsberichte der K. P. Akad. , 1888, p. 856, n. 107.

(4) Duruy, Hist. des Rom., IV, p. 24, n. 4. A. de Barthélémy, Les assemblées nationales dans les Gaules, p. 15, 16. Mommsen, Hist. rom., trad. franc., t. X, p. 126.

(5) C. /. G., 2741. Waddington, Ins. As. Min., 1620, c.

(6) Cf. Guiraud, Ass. prov. , p. 127. Le texte de Dion Chrys., Oral. 35, p. 432 M : Toùç &7t(£vTci>v âpj^ovraî twv Upéwv , parait à bon droit obscur à M. Hirschfeld, l. L, p. 856, n. 107.

(7) Cf. Monceaux, De communi Asiae, p. 114.

(8) Eusèbe, H. E., VIII, 14, 9. Lactance, De mortihus persecutorum, 36.

(9) Eusèbe, H. £., l. l. Lactance, /. L

un fait nouveau et qui n'est pas sans importance. C'est la première fois que, dans la religion païenne, on essaie de subordonner des prêtres les uns aux autres. Il est remarquable que cette tentative se soit produite dans l'organisation du culte impérial. En présence de l'afFaiblissement du paganisme, les empereurs avaient compris que le seul dieu capable de résister était le dieu vivant qui gouvernait l'empire. L'empereur seul avait des adorateurs dans toutes les cités, son prêtre seul pouvait être placé au dessus des autres sans éveiller les susceptibilités locales. Cette tentative échoua, elle ne fut, du reste, probablement pas étendue à tout l'empire. Elle fut limitée aux provinces gouvernées par Maximin, c'est-à-dire aux provinces d'Orient.

Y eut-il pour aider lès prêtres dans leurs fonctions des agonothètes , des gymnasiarques, des panégyriarques ou autres magistrats de ce genre? Les renseignements que nous avons sur ce point manquent de précision. Un grand nombre de documents paraissent attribuer ces fonctions aux prêtres eux-mêmes (1); d'autres, au contraire, semblent les attribuer à d'autres personnes (2). Peut-être sur ce point comme sur beaucoup d'autres les usages ont-ils varié d'un lieu k un autre?

Pendant l'exercice de leurs fonctions, les prêtres provinciaux étaient, comme leF/ame/iZ)taiù,dispeiisésdusermentenjustice(3). Ils portaient aussi un costume qui les distinguait aux yeux des peuples. Ce costume est mentionné dans la lex Concilii provinciae Narbonensis. Il consistait dans une robe prétexte, c'est-à-dire ornée d'une bande de pourpre. Tertullien décrit un costume analogue; il parle d'ornements qui rappellent ceux des Egyptiens et des Babyloniens, de robe prétexte, de robe à bandes de couleur (trabea) ou ornée de palmes (palmata), enfin d'une couronne d'or (4). Cette couronne a donné lieu à l'appellation de Coronatus , qui désigne quelquefois le prêtre (5). Dans quelques provinces d'Occident, les

(1) C. /. G. Wood, Discoveries. Gr. Theat., 8, 9, 14. B. C. H., 1878, p. 523.

(2) C. /. G., 2583. Waddington, Ins. As. Min., 1723, c.

(3) C. J. L., XII, 6038, 1. 8. Cf. Mispoulet, Bullet. crit., 1888, p. 189. Guiraud, Comptes rendus de l'Acad. des se. mor., 1888, p. 265.

(4) Tertullien, De idololatria, 18. C. I. L., XII, 6038, 1. 15 et 17. Cf. Mommsen, Staatsrecht, 13, p. 422. C'est le costume donné aux prêtres municipaux par la lex coloniae Genetivae, 1, 66 [Eph. Ep., II, p. 150). Dion Chrys., Orat. 35, p. 432. Philostrate, Vie des sophistes, I, 21, 2 (II, p. 28, éd. Kayser). Epictète, Disserf., I, 19, 29. Cf. Eckhel, D. N., IV, 212, et Hirschfeld, Sitzungsberichte d. K. P. Ahad., 1888, p. 858.

(5) Voir plus haut, p. 120.

Flamines provinciaux portaient Vapex et les bandelettes (1). Enfin la lex Concilii provinciae Narbonensis leur accorde le privilège d'être précédés de licteurs (2) , de siéger dans la curie municipale du chef-lieu et de prendre place au théâtre parmi les décurions, quand la ville donne des jeux (3).

Le sacerdoce provincial était temporaire. Les expressions : peracto honore Flamonii , exacto Flamonio , ^K^'fte.ot'sia&'ifxi et autres synonymes (4) ne permettent aucun doute sur ce point. Aussi, selon la faculté accordée par l'empereur, certains prêtres l'ont-ils obtenu plusieurs fois (5).

Hûbner a supposé qu'une exception à cette règle existait en Tarraconaise (6), et que dans cette province le sacerdoce était donné à vie. Les textes qu'il invoque ne prouvent rien en faveur de son hypothèse ; ils se rapportent à des Flaminiques municipales (7). L'un d'eux distingue même le sacerdoce municipal du sacerdoce provincial , et donne au premier le nom de perpétuel qu'il ne donne pas au second (8). Le mot Flaminalis (d) , qui est le titre du prêtre sorti de charge, le mot designalus (10), par lequel on nomme celui qui vient d'être élu pour la période suivante, ne permettent pas de croire à un sacerdoce perpétuel en Tarraconaise.

Il n'est également pas nécessaire de discuter longtemps les inscriptions à l'aide desquelles Bernard soutient la perpétuité et, dans certains cas, une sorte d'hérédité du sacerdoce des Trois Gaules (11). Les textes sont fragmentaires, et les restitutions peu prouvées. Là où Bernard lit : Sacerdotium duo el [viginli annos ges-

(1) Pacatus, Panég., 37 : o Insignes apicibus Sacerdotes. » Tacite, Ann., I, 57. Cf. Wilmanns, 2621.

(3) Guiraud, Comptes rendus de l'Acad. des se. mor., 1888, p. 265.

(4) C. I. L., II, 2195, 2221, etc. C. /. G., 4031,

(5) C. /. G., 3190, 4075. Mionnet, VII, p. 128. SuppL, VII, p. 359. B. C. H., 1878, p. 523. Revue des études grecques, 1889, p. 35. Le cas ne se présente guère qu'en pays grec.

(6) Hermès, I, p. 111. C. 7. L., II, p. 540.

(8) C. /. L., II, 4241. Cf. Marquardt, Eph. Ep., I, p. 201.

(10) C. /. L., II, 4196. Quoique le nom de la province ne soit pas indiqué, la place de l'inscription montre qu'il s'agit du Flaminat provincial. On ne connaît, dans l'antiquité romaine, rien de semblable aux coadjuteurs avec future succession de la hiérarchie catholique.

(11) Bernard , Le temple d'Auguste, p. 52, 69 et suiv. Il s'agit d'une hérédité de fait et non de droit.

sit] (1), M. Mommsen lit : Duo et [viginti annos natus gessit] (2). La seconde lecture est plus vraisemblable que la première, encore n'est-elle pas certaine, et M. Hirschfeld trouve très étonnante la supposition d'après laquelle, au second siècle, date probable de l'inscription, un prêtre aurait été nommé si jeune (3).

Il n'y a pas lieu non plus de voir un prêtre à vie dans T'Ap^iefebç Bik pioM duKotvovd'Achaïe(4). Il porte un titre honorifique comme les Flamines perpetui des municipes. La preuve en est dans les fonctions qu'occupa un personnage ainsi qualifié. Elles l'obligeaient à être éloigné de la Grèce et l'eussent par conséquent empêché de remplir les charges d'un sacerdoce effectif.

Mais s'il est établi que le sacerdoce provincial était temporaire, il reste à fixer la durée de la période pendant laquelle il était exercé. Deux hypothèses se présentent ici , celle d'un sacerdoce annuel, correspondant à la tenue annuelle des assemblées (5), et celle d'un sacerdoce de plus longue durée, dans le cas où pour certaines provinces les assemblées se seraient tenues à des intervalles plus éloignés.

Ce que nous avons dit sur la périodicité des assemblées s'applique ici. Chaque province avait ses usages propres, et l'on ne peut établir de règle générale, ou du moins de règle sans exception.

Dans les provinces d'Orient les prêtres du Kotvov étaient éponymes. M. Perrot le prouve pour la Galatie (6). MM. Benndorf et Niemann pour la Lycie (7); M. Monceaux pour l'Asie (8). On trouve en effet très souvent l'expression èttI 'Ap/tepétoç. Mais cettte expression n'est pas nécessairement l'indication d'une fonction annuelle. Elle se trouve même avec des noms de fonctionnaires nommés à vie (9). Nous avons, par la liste des prêtres du KoiWv

(1) Bernard, l. l., p. 88.

(2) Annal, de l'Instit. archéol. de Rome, 1853, p. 60. Cf. Eph. Ep., I, p. 205. Cf. Allmer, Ins. antiq. du musée de Lyon, II, p. 93-94.

(3) Sitzungsbericbte der K. P. Ahad., 1888, p. 852, n. 86. Aussi M. Allmer propose-t-il pour les lignes suivantes la restitution : Anie tempwS SA- CERDotium post patrem yeRERE perm.iserunt très proVINCIAE Galliae. Insc. ant. du musée de Lyon, II, p. 94.

(4) C. /. G., 1164. Foucart, Ins. de Messénie, 319.

(5) L'opinion de M. Monceaux, qui fait de l'Asiarque un prêtre quinquennal, est compatible avec l'annuité de la fonction. L'Asiarque est le prêtre annuel qui porte un titre particulier, comme les duum.viri quinquennales.

(6) De Galatia provincia romana, p. 154.

(7) Reisen in Lyhien, I, p. 71, n. 50; II. Ins. d'Opramoas.

(8) De communi Asiae, p. 60.

(9) Cf. Wood, Discoveries Insc. from, the city, 3. C. J. G., 3211.

LES PRÊTRBS PROVINCIAUX. 147

d'Ancyre. la preuve que des prêtres quinquennaux sont éponymes. Sous deux d'entre eux, Silvanus et Basilas, quatre personnages fournissent, chacun pour une année, l'huile nécessaire aux athlètes (1). Aussi tout en admettant l'identité de l'Asiarque et du grand-prêtre d'Asie, le D"" Lightfoot croit-il à la même périodicité quinquennale pour l'Asie (2). Il trouve dans une inscription de Pamphylie une analogie qui rend, selon lui, cette supposition fort vraisemblable. En effet, cette inscription mentionne un prêtre: àpj^i(e)paffdiAevov TETpacTiav xat ÈTriTeXéaavra xuv7)Y£(ita(ç) xat aovoaa/(aç fxeYaXo7rp(£)T:wç, xat àYtûvo6cT>i(70'VTa toûç {jLeyotXouç •rtevTaeTr,pixoùç àytôva; xai toÎj; Xo(t)Tîoùç TOVTOt; ev -cri TSTpaeTi'a (3).

Le grand-prêtre dont il s'agit paraît à M. Ramsay, et après lui au D"" Lightfoot, être le Phamphyliarque et nou un prêtre municipal d'Attalie, ville où a été trouvée l'inscription. Cela est en effet très probable; s'il en est ainsi, nous avons la preuve que le grand-prêtre de la Pamphylie était élu pour quatre ans et que pendant les quatre années de sa charge , il présidait tous les jeux qui étaient célébrés par la province. Mais de ce qui se passait en Pamphylie, on ne peut rien conclure relativement à l'Asie.

De la discussion qui précède et de ce que nous avons dit plus haut, il résulte qu'en Asie les prêtres provinciaux étaient nommés pour un an , en Galatie et en Pamphylie pour quatre ans. Enfin en Achaïe, l'^Etolarque était probablement élu pour trois ans, comme avant la conquête romaine (4).

Dans trois provinces, en Lycie, en Afrique et en Narbonnaise, les textes nous donnent directement la preuve de l'annuité des fonctions sacerdotales. En Lycie, le prêtre d'Apollon était nommé pour un an et pendant cette année il s'occupait des sacrifices et cérémonies à faire en l'honneur des empereurs (5). En Afrique, l'année pendant laquelle les prêtres provinciaux exerçaient leurs fonctions est parfois indiquée sur leurs statues ; la lex Concilii provinciae Narbonensis le déclare formellement (6). Ce dut être la règle générale dans les provinces d'Occident.

(1) C. 7. G., 4039. Cf. Guiraud, Ass. prov., p. 77.

(2) Apostolic Fathers, II, sect. ii, p. 995.

(4) Phlegon, De Mirabil., 31 (Mûller, Frag. Hist. Graec, III, p. 614).

(5) Waddington , Ins. As. Min., 1221. Reisen in Lyhien, II. Ins. dOpramoas, IV, B, 1. 10. Nous connaissons les noms des prêtres de cinq années consécutives, de 126 à 130 après J.-C. Cf. Reisen in Lyhien, II, p. 133.

(6) Prêtre de l'année 113. Cagnat , Nouvelles explorations archéol. en Tunisie, n" 10. De l'an 38. Revue de l'Afrique française, 1887, 332. Lex

Pendant la durée de ses fonctions, le prêtre était-il obligé de résider au chef-lieu? L'assimilation qui est faite par la loi de Narbonne entre ce prêtre et le Flamen Dialis semble conduire à cette conséquence, mais aucun texte positif ne parle de cette obligation (1).

La durée temporaire et fixée d'avance des fonctions sacerdotales obligeait à prévoir le cas où, pour un motif quelconque, le titulaire ne pourrait plus remplir ses fonctions. La lex Concilii provinciae Narbonensis indique les mesures à prendre dans cette conjoncture (2). L'expression qui désigne dans la loi la cause qui peut mettre le Flamine dans l'impossibilité d'exercer sa charge est celle-ci : Si Flamen in civitate esse desierit. Cette phrase a été diversement interprétée par les commentateurs. D'après M. Héron de Villefosse la loi parle de l'absence du prêtre (3). MM. Hirschfeld et Mommsen avaient d'abord pensé que le sens était plus général et que toutes les causes d'impossibilité étaient visées à la fois. Un examen plus approfondi démontre que les mots in civitate esse desinere ont un sens parfaitement déterminé en droit romain et s'appliquent à la perte du droit de cité. Ils sont plusieurs fois répétés dans le Digeste et dans des circonstances qui ne laissent aucun doute à ce sujet (4).

Lorsque le titulaire venait ainsi à manquer , on nommait un Flamen subrogatus qui le suppléait , faute de quoi une autre personne , que la loi nomme mais dont le nom est perdu , prenait sa place et faisait les sacrifices dans le délai de trois jours (5). Celui

concilii prov. Narbonensis. C. I. L. , XII, 6038, I. 12. Ce texte met à néant tous les arguments d'Herzog [Gall, Narb. histor. , p, 256) en faveur de la quinquennalité des prêtres de la Narbonnaise. M. Mommsen (C. I. L., XII, C038, 1. 20) remarque que l'essence du Flaminat était d'être à vie. Le Flaminat annuel apparut pour la première fois dans le culte impérial.

(1) Cf. Guiraud. Comptes rendus de l'Acad. des se. mor., 1888, p, 271, Mispoulet, Bullet. crit., 1888, p. 194.

(3) Bullet. crit., 1888, p. 115.

(4) I. Alibrandi, Bulletino delV Instituto di diritlo romano, 1888, p. 183. Hirschfeld, Zeitschrift der Savigny Stiftung , 1888, p. 403. Digeste, XXVI, 2, 11, 4; XXXIV, 1, 3; XXXV, 1, 59, 1; 4, 1; XXXVIII, 4, 3, 7; 4, 5; 4, 13, 2; etc. M. Mispoulet, qui avait supposé d'abord qu'il s'agissait de la mort ou de la déchéance du Flamine (BuH. crit., 1888, p. 193 et 259), s'est complètement rangé à l'opinion de MM. Alibrandi et Hirschfeld (Bull, crit., 1890, p. 7). La mort est comprise, cela va de soi, dans les causes qui font cesser d'être citoyen (Dig., XXXIV, 1, 3).

(5) Bullet. crit., 1888, p, 194. Cf. C. I. L., l. l. D'après M. Hirschfeld ce

qui avait ainsi suppléé le Flamine jouissait des mêmes privilèges que lui. Le passage qui détermine les conditions qu'il devait alors remplir est mutilé. D'après M. Mispoulet, il était probablement nécessaire que la suppléance eût une durée minimum de trente jours (1). M. Alibrandi croit que la loi imposait au suppléant, s'il est célibataire, l'obligation de se marier dans le même espace de temps (2). Sans adopter définitivement la restitution du premier, il me paraît au moins difficile d'admettre celle du second. En effet, les conditions exigées pour un sacerdoce doivent être remplies avant l'obtention de ce sacerdoce et non après (3) ; on ne pouvait pas, pendant un certain temps, être, pour ainsi dire, prêtre sous condition (4).

Après leur sortie de charge les prêtres prenaient un titre qui rappelait l'honneur dont ils avaient été revêtus. En Bétique et en Tarraconaise , ils s'appelaient Flaminales (5) , en Afrique, en Sardaigne, en Pannouie supérieure Sacerdotales (6). En Lycie, en Asie et dans les autres provinces grecques, ils gardaient le nom même d'Asiarques, de Lyciarques, etc.

A ces titres étaient attachés des privilèges et des honneurs. On ne s'expliquerait pas autrement qu'il y ait eu des allecti inter Sacerdotales (7). L'inscription de Narbonne énumère quelquesunes de ces prérogatives. Les Flaminales continuaient à faire partie du Concilium. Ils y avaient le jus sententiae dicendae et le jus siynandi (8). Le premier de ces droits ne donne lieu à aucune difficulté. L'expression est claire par elle-même. Le second demande quelque explication. Selon M. Mispoulet, il s'agit du droit

devait être un autre Flamine. Sitzungsberichte d. K. P. Akad., 1888, p. 854. M. Alibrandi, l. L, p. 1S4, pense qu'il s'agit d'un des délégués au Concilium par ordre de dignité. Cette hypothèse, tout en méritant considération, n'est pas sans souffrir d'objections. Cf. Mispoulet, Bull, crii., 1890, p. 8.

(1) Bull, crit., p. 194.

(2) Bull, di diritto, p. 184.

(3) L'assimilation faite par la loi entre le Flamine provincial et le Flamen Dialis porte à croire que le premier devait être marié comme le second, et cessait ses fonctions si sa femme venait à mourir, mais la loi ne le dit pas formellement. Cf. P. Guiraud, Comptes rendus de VAcad. des se. mer. et pot., 1888, p. 271.

(4) Cf Mispoulet, Bull, crit., 1890, p. 8.

(6) Ibid., III, 4183; VIII, 1827, 2343, 4252, 5338; X, 7518.

(7) C. I. L., X, 7518. L'assemblée accordait l'allectio comme elle nommait au Flaminat.

(8) C. I. L., XII, 6038, 1. 14 et suiv.

d'apposer son cachet sur les décrets de l'assemblée provinciale, quand ils sont envoyés à l'empereur (1). M. Mommsen croit, au contraire, qu'il s'agit du droit de signer son vote (2). S'il en était ainsi, la loi eût dit deux fois la même chose, comme le remarque M. Mispoulet (3). M. Alibrandi (4), s'appuyant sur le jurisconsulte Paul, d'après lequel le mot subsignare est synonyme de subscribere (5) , pense que le jus signandi est le droit de signer les délibérations , en faisant précéder son nom du mot ISoÇev ou censuit. Nous trouvons , en effet , des formules de ce genre dans plusieurs documents, et, dans les conciles, les évêques imitèrent cet usage (6). Mais la loi porte signandi et non subsignandi ; de plus, subscribere ne peut se traduire par signer. Le mot signare, dans le Digeste et dans les codes, a toujours le sens d'apposer son cachet (7). Le cachet seul, et non la signature, authentiquait l'acte pour les anciens. Les constitutions impériales elles-mêmes ne sont signées que sous le bas empire (8). Le jus signandi est donc, selon toutes les vraisemblances, le droit de rendre authentiques les délibérations de l'assemblée par l'apposition de son cachet. On comprend , du reste , que cette précaution ait été nécessaire pour des actes qui étaient expédiés à l'empereur.

Ces droits étaient-ils exercés par les anciens Flamines, dans la curie comme dans l'assemblée? La phrase semble l'indiquer à première vue. Mais le jus signandi n'avait pas sa raison d'être pour les délibérations de la curie qui avaient d'ordinaire pour objet des questions d'intérêt local. Rarement elles étaient envoyées à Rome et, par conséquent, rarement elles avaient besoin d'être authentiquées. De plus, les textes où se trouvent des formules qui rappellent la jus signandi se rapportent tous à des assemblées autres que des caries municipales. Il est donc probable que le jus sententiae dicendae s'exerçait à la fois dans la curie et dans l'assemblée, et le jus signandi dans l'assemblée seulement (9).

(1) Bullet. crit., 1888, p. 192 et 259; 1890, p. 9.

(2) C. /. L., XII, 6038. Ad.,1. 15. Cf. Staatsrecht, III, p. ix, note 1. Guiraud, Comptes rendus de l'Acad. des se. mor., 1888, p. 270.

(3) Bullet. crit., 1888, p. 259.

(4) Bullettino di diritto romano, 1888, p. 182.

(5) Digeste, L. 39, 16.

(6) C. I. G., 3450. C. /. L., XII, 3252. Orelli-Henzen, 4035, 7168.

(7) Digeste, XXVIII, 1, 22, etc.

(8) Cf. Bruns, Die Unterschriften in den Rômischen Rechtsurhunden.

(9) M. Mispoulet, hésitant d'abord sur ce point (Bullet. crit., 1888, p. 259), est tout à fait affirmatif dans le Bullet. crit., 1890, p. 9 et suiv.

En plus des droits que nous venons d'énumérer les anciens Flamines avaient une place d'honneur dans la curie et dans l'assemblée. Le passage de la loi qui désignait leur rang est mutilé. M. Mommsen propose délire : inter sui ordinis secundum le[gem civitatis suae maximo honore functos]; M. Hirschfeld : secundum le[gem quotannis in id legandos] (l); M. Mispoulet : secundum le[gem flamonio functos] (2); M. Alibrandi : secundum le[ges provinciae et patriae albo inscriptos] (3). Les deux premières restitutions ont l'inconvénient de ne s'appliquer qu'à la curie municipale. Celle de M. Mommsen est contredite par l'album de Thamugadi, où les anciens Flamines sont placés avant tous les décurions (4). Les deux autres conjectures échappent à ces objections , sans qu'on voie de motif qui oblige à choisir l'une plutôt que l'autre.

A certains jours, c'est-à-dire pendant les spectacles et aux anniversaires des sacrifices offerts par eux, les Flaminales portaient la robe prétexte et siégeaient sur les premiers gradins du théâtre (5).

Enfin l'assemblée leur votait des statues aux conditions que nous avons indiquées dans le chapitre précédent (6).

Plusieurs auteurs ont de plus pensé que les Flaminales formaient un collège. Cette hypothèse a été émise à propos d'une inscription de Bithynie, où il est question d'une tepà •^t^oudoi (1), dont un des Bithyniarques, Aurelius Diogienanus Galliclès, est XoytTniç, D'après M. G. Perrot la îepà yspouaia était peut-être un collège d'anciens Bithyniarques qui se réunissaient sous la présidence du grand-prêtre en fonctions. Selon lui, ce collège aurait été chargé de donner les prix, de payer les acteurs, en un mot, de pourvoir aux dépenses des jeux et des fêtes solennelles de la province. Il voit là une imitation du Sénat romain formé d'anciens magistrats et il rappelle que les Asiarques portaient leur titre après l'expiration de leurs fonctions. Aucun texte ne vient à l'appui de cette hypothèse. Rien ne prouve que les anciens Asiarques aient formé un collège et l'analogie du Sénat romain est bien lointaine.

(2) Bullet. crit., l. l. p. 191 et 259.

(3) Bullet. di diritto romano, 1888, p. 180.

(4) Eph. Ep., III, p. 77.

(5) C. /. L., XII, 6038, 1. 16 et 17.

(6) Ibid., XII, 6038, 1. 10 et suiv.

(7) G. Perrot, Exploration archéoL, p. 36.

En Lycie , existait aussi une yepouffta qui avait un gymnasiarque (1); à Ephèse, un collège du même genre s'occupait du temple de Diane. Il existait avant Lysimaque (2), et il est encore mentionné dans un rescrit d'Hadrien (3). Ces assemblées paraissent analogues à la pouX/j Upâ d'Actium (4), à l"OXu(XTrtx'^ povki (5), àl'îepà yepouffta d'Eleusis (6) et à la yspouata d'Andanie (7). Instituées dans les lieux où se célébraient des jeux et des cérémonies sacrées, elles avaient pour but de veiller à ce que tout fût accompli selon les règles. Les tepal y^pomiai de Bithynie et de Lycie ont dû être créées dans un but semblable, mais rien ne prouve qu'elles aient été formées des anciens prêtres de la province.

A côté des prêtres provinciaux, nous avons rencontré des prêtresses. Marquardt (8) pense que ce titre fut institué à partir du moment où les femmes des empereurs furent consacrées et que ces prêtresses étaient chargées de les honorer. S'il en est ainsi, le titre daterait de la consécration de Livie, la première Diva, c'està-dire du règne de Claude. Il exista, en effet, des Flaminicae et des Sacerdotes qui eurent pour fonction de rendre un culte à des princesses de la famille impériale (9), mais tel ne paraît pas avoir été le rôle des prêtresses provinciales. En effet, le culte provincial n'était pas destiné à honorer des Divae ou des Divi déterminés, mais Auguste d'abord, puis l'empereur régnant, auquel on associait parfois l'ensemble des Divi. Les Flaminicae sont ainsi appelées parce qu'elles sont associées au sacerdoce de leur mari. Cela résulte tout particulièrement des deux inscriptions 396 et 397 du tome II du Corpus inscriptionum latinarum. Julia Modesta est dite dans l'une (396) femme de Sex. Aponius Scaevus Flaccus, Flamine de la province de Lusitanie, et dans l'autre (397), Flaminica. Cela apparaît aussi très nettement dans les inscriptions grecques que nous avons eu l'occasion de citer à propos de la discussion relative à l'identité de l'Asiarque et du grand-prêtre

(1) Benndorf et Niemann, Reisen in Lyhien, I, p, 71, n. 50.

(2) Strabon, XIV, 1, 21.

(3) Wood, Discoveries, Templ. of Diana, 19. Great Theatr., 17,

(4) Dittenberger, Syllog. Inscr. Graec, 280.

(5) Pausanias, VI, 3, 7. Dittenberger, Syllog. Inscr. Graec, 291.

(7) Foucart, Inscr. de Messénie, 326, a, 1. 47.

(8) Eph. Ep., I, p. 200. M. Hirschfeld, qui avait soutenu cette opinion dans les Annal, de l'Instit. archéol. de Rome, 1866, p, 45, l'abandonne dans les Sitzungsberichte d.Ji. P. Ahad., 1888, p. 850.

(9) Nous en trouverons dans le culte municipal, et nous en avons vu à Rome.

d'Asie (1). Les femmes des prêtres qui desservaient les temples provinciaux des diverses villes participent de même au titre de leur mari (2).

Ce rôle de la prêtresse explique la défense faite au prêtre de contracter des jusfae nuptiae avec une affranchie, l'interdiction faite à la femme de toucher à un cadavre, et très probablement de contracter les autres souillures interdites à la femme du Flamen Dialis (3). Les devoirs de la prêtresse provinciale paraissent, en effet, copiés sur ceux de la Flaminique de Junon, comme les devoirs du prêtre sur ceux du Flamine de Jupiter.

En échange, elle avait droit à de grands honneurs. Elle était dispensée de prêter serment si elle s'y refusait. Elle portait une robe blanche ou une robe de pourpre. Elle siégeait près de son mari au théâtre (4), et souvent la province ou sa ville natale lui décernait une statue (5).

Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans y ajouter un mot sur les prêtres qui étaient chargés du culte des empereurs , au nom des subdivisions provinciales. Sans revenir ici sur ce qui a été dit plus haut au sujet des provinces grecques , et en particulier de l'Asie , il nous faut signaler les prêtres des Conventus d'Espagne. Le Conventus était un district judiciaire qui comprenait un certain nombre de villes groupées autour d'une capitale, dans laquelle le gouverneur venait rendre la justice à des époques déterminées. En Espagne, les chefs-lieux des Conventus paraissent avoir été en même temps des centres du culte impérial. Nous trouvons, en effet, des Sacerdoles Conventus (&) y qui s'appellent aLWSsi Sacerdotes Romae et Augusti (7) ou Sacerdoles Romae , Augusti, Caesarum (8). Un de ces prêtres devint ensuite Flamine de la province d'Espagne citérieure. A côté d'eux étaient des prêtresses. L'une d'elle porte le titre de Flaminica (9), et une autre

(1) C. /. G., 2511, 3092, 3324, 3489, 3677, etc. Reisen in Lyhien, II, 226, 227, 228, 239.

(3) C. I. L., XII, 6038, 1. 6. Cf. Mispoulet, Bullet. crit., 1888, p. 189 et 257. Guiraud, Comptes rendus de l'Acad. des se. mor., 1888, p. 266. Alibrandi, Bullet. di diritto romano, 1888, p. 175.

(4) CI. L., XII, 6038, 1. 5 et 6.

(5) Les inscriptions relatives aMxFlaminicae que nous avons citées sont, la plupart du temps, gravées sur des bases de statues.

(7) Ibid., 4223.

(8) Ibid., 2426.

(9) Ibid., 4242.

celui de Sacerdos perpétua Romae et AugusH (1). Jusqu'ici nous ne connaissons rien de semblable dans les autres provinces.

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