‹ Essai sur le culte rendu aux empereurs romainsChapitre 21 sur 61 · Flamine · texte numérisé non relu

Flamine

tout en constatant que parfois l'on devenait directement pontife après avoir été Flamine (5). Mais cette théorie ne paraît pas reposer sur des bases suffisantes. Même en Narbonnaise l'ordre dos sacerdoces n'est pas toujours le même (6); certaines inscriptions d'Italie placent au premier rang le Flaminat (7). Il en est de même en Afrique (8), en particulier dans l'album de Thamugadi (9), qui , quoique d'une époque postérieure, représente certainement l'ordre toujours suivi dans la hiérarchie nobiliaire de ce municipe. Il serait donc téméraire de chercher à établir une règle absolue ; il est fort possible qu'il y ait eu des différences, sur ce point, eu-

(2) Ibid., II, 1663.

(3) Ibid., III, 1482.

(4) Ibid., VIII, 1419.

(5) Historia Gall. Narb., p. 234. Cf. C. /. L., XII, 411, 2606, 3207, 3184. De même, en Italie, XI, 385, 386, 378.

(6) Certaines inscriptions donnent l'ordre contraire, semble-t-il . par exemple, XII, 983 et 3212, ou du moins un ordre diflBcile à déterminer.

(7) Par exemple, C. 7. L., XI, 4362.

(9) Ibid., VIII, 2403.

tre les cités, même dans les provinces de langue latine (l),à plus forte raison dans les provinces grecques où existaient des cultes locaux depuis longtemps respectés.

En tous cas, le Flaminat était exercé par des personnages importants dans les municipes. Un grand nombre d'entre eux avaient parcouru la carrière municipale ; ils avaient été duumviri quinquennales (2), H virijuri dicundo{'3), IVviri quinquennales (i), etc., ou, pour résumer en un mot leur carrière, omnibus honoribus in republica sua functi (5). Le Flaminat est donc en général le couronnement de la carrière des honneurs municipaux. Cependant, comme le remarque M. Hirschfeld, il n'est pas rare de voir de simples édiles recevoir le Flaminat avant les autres honneurs. Cela tenait peut-être à ce que, dans l'édilité, on avait occasion de faire des dépenses pour les jeux et pour les édifices publics. On pensait probablement que la générosité dont l'édile avait fait preuve se retrouverait plus grande encore chez le Flamine. Tel est le cas de Martialis, qui acheva le temple que Gassia Maxim ula, sa mère, avait voué à la Dea Coelesiis, à frais communs avec son père , l'orna de marbres , y fit placer une statue de la déesse et enfin distribua des sportules aux décurions, le jour de la dédicace (6). D'autres ont seulement exercé la questure (7). Quelquesuns enfin sont simplement dôcurions (8).

Un grand nombre de Flamines ont été élevés à la dignité de chevalier romain. Tantôt, ils portent expressément ce titre (9) ; tantôt il est dit qu'ils ont occupé des postes réservés aux cheva-

(1) On trouve en Espagne le titre de Pontifex perpeluus placé au-dessus de celui de Flamen Divorum. C. I. L., II, 1474. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a des Pontifices Caesarum. On trouve l'ordre inverse {Ibid., 3362). Flamen municipii, Pontifex perpetuus divorum.

(2) C. /. L., II, 4520; III, 296, 4038; V, 4368, 4384, 5239: VIII, 908, 5368; IX, 1160; X, 5067, etc., etc.; XI, 385, 378, 421.

(3) Ibid., II. 1941, 4516, 4521,4524; III, 3368; XI, 417, 1230, 1192.

(4) Ibid., V, 2162, 5126, 5312, 8808; IX, 2648, 2655, 2855; X, 5393, 5829, etc., etc.

(5) Ibid., VIII, 8318, 9030. On trouve aussi des III viri à Cirta. Ibid., VIII, 6711, 7102, 7125, 8210.

(6) Ibid., VIII, 993. Cf. Hirschfeld, Annal, de l'Inst. archéol. de Rome, 1866, p. 33. Il y a des exemples de cas semblables. C. I. L., II, 4279; V, 7002 ;

VIII, 769, 3300, 2344. etc.

(7) C. I. L., VIII, 859. Revue de l'Afrique française, 1866, p. 146, n. 10068.

(9) Ibid., II, 4211 ; III, 650, 1482, 1486; V, 6995, 7021 ; VIII, 1827, 7986, 8318;

IX, 5362; XI, 378, 1230, 1342, etc., etc. C. /. G., 5734. Waddington, Ins. As. Min., 1841, etc., etc.

liers (1). D'autres furent officiers supérieurs dans l'armée romaine (2).

Une fois entrés dans la carrière équestre, certains Flamines exercèrent des procurateDes dans les provinces ou dans les administrations financières du trésor impérial (3). On leur confiait aussi la curatelle de voies moins importantes (4), ou d'autres curatelles données à des personnages de rang équestre (5). Une des plus belles carrières paraît avoir été celle de G. Minucius Italus qui fut quattuorvir juri dicundo dans sa cité, praefecius cohortis quinlae Gallorum equitaïae, praefecius cohortis primae Breucorum equitntnecivivm romanorum, praefecius cofiortis secundae Varc{ia)iorum?) equitatae, tribunus militum legionis VI victricis^ praefecius alae I singularium civium Romanorum, et qui, après avoir reçu de Vespasieu diverses récompenses militaires, fut nommé procurateur de la province d'Hellespont , procurateur de la province d'Asie, qu'il gouverna, par décret impérial, à la mort du proconsul, procurateur des provinces de Lyonnaise, d'Aquitaine et de Lactore, préfet de l'annone et enfin préfet d'Egypte (6). Il était dans sa cité Flamen Dioi Claudi.

Il est possible cependant que ce personnage ait accepté après coup le Flaminat, pour montrer qu'il se souvenait de son oj-igine et n'avait pas oublié ses concitoyens. Il avait du reste d'illustres exemples. Nous trouvons parmi les Flamines municipaux des sénateurs ; l'un d'eux était Pline le Jeune (7). Enfin un Flamine entra, sous Septime Sévère, dans la carrière sénatoriale et fut

(1) C. I. L., III, i486; VIII, 2397, 2399. Gagnât, Nouv. explor. archéol. en Tunisie, p. 69, n. 48.

(2) Tribun légionnaire C. I. L., II, 2103. Praefecius cohortis civium romanorum, IX, 5362. Praefecius cohortis sociae, III, 1482. Praefecius alae, V, 5266. Praefecius fabrum, VIII, 7986. Praefecius classis, X, 4868. Praefecius castrorum, III, 2028. Praefecius orae marilimae, II, 4217. Praefecius ripae, IX, 53G3. Primipilus, III, 2028. Tribunus cohords- sociae, V, 6995. Tribunus

-cohortis pr r^toHae, V, 6513. Tribunus cohortis urbanae, V, 534. Tribunus cohortis vii/ilum, V, 534. Praefecius levis armalurae, X, 4868. Praefecius vehiculariorum, Wilmanns, 1266. Sub praefecius classis, ibid. Centurio, II, 4517. Praefecius genlis Musulamiorum, VIII, 5351. Praefecius genlis Gaelulicae, V, 5267. On pourrait multiplier les exemples.

(3) C. I. L., VIII, 9030, 10500: X, 5829; V, 534, 3936. 6513,; XI, .378.

(4) Via Trajana, C. I. L., IX, 2600. Viae Lavicana et Latina, X, 5393.

(5) Curator frumenti comparandi in annonam urhis. C. I. L., VIII, 5351. rator ad fisci advocationes, curator ad annonam, C. I. L., VIII, 2757.

(7) Ibid., V, 5667; VIII, 4600; X, 1249.

questeur désigné. Ce fait semble s'être renouvelé , car des fils de Flamines sont appelés clarissimi (1).

La carrière des Flamines n'était pas toujours aussi brillante; la plupart se trouvaient fort honorés d'être inter quinque decurias allecti (2), ou, comme en Afrique, de porter le titre de Vir egregius ou de Vir Perfectissimus, sous lequel on désignait les chevaliers au troisième siècle (3). On rencontre aussi quelques Flamines de rang inférieur, des vétérans par exemple (4), mais ces personnages devaient, par leur fortune, tenir une place considérable dans leur cité; on le voit aux dons qu'ils font, et c'est surtout en Afrique que le cas se présente.

Les Flamines étaient, la plupart du temps du moins, membres du Sénat municipal, puisqu'ils avaient occupé des fonctions qui donnaient entrée dans ce corps (5). En étaient-ils membres par le seul fait qu'ils étaient Flamines ? L'album de la curie de Ganusium, qui est daté de l'an 223, semble prouver le contraire, car il n'y est fait aucune mention des prêtres municipaux (6). Telle paraît avoir été l'ancienne constitution des municipes. En effet, dans la lex coloniae Juliae Genetivae les Augures et les Pontifes (les Flamines n'existaient pas encore) ne sont pas sénateurs (7). Cet état de choses a dû persister longtemps. Par le fait même qu'on donnait d'ordinaire le Flaminat à des personnages qui étaient depuis longtemps décurions, on n'éprouvait aucun besoin de faire une loi spéciale pour faire entrer les Flamines dans la Curie.

Si, à Zama Regia (8), les decemprimi de la Curie sont tous Flamines, si, à Thamugadi (9), ils tiennent un des premiers rangs dans la Curie, cela ne prouve pas davantage qu'une loi ait été faite dans ce sens. Il suffit que, selon la tradition, le Flaminat ait été, pour ceux qui sont ainsi à la place d'honneur, le couronnement de la carrière municipale.

Les Flamines furent donc des personnages notables dans leur

(1) C.J.L., VIII, 7041. Cf. Mommsen, Annal, de l'Inst. archéol. de Rome, 1853, p. 73. C. I. L., VIII, 2400; X, 1249.

(2) Ibid., II, 4211; V, 7021, 7373, 7375; VIII, 6711, 7986; X, 7507, etc.

(3) Ibid., VIII, 1165, 4681, 2372, 5367, etc.

(4) Ibid., VIII, 4197, 4679, 5209.

(5) Le décurionat seul est mentionné. C. I. L., III, 159G, 3288, 5036; VIII, 4679, 2711. Wilmanns, 1723, etc.

(7) Eph. Ep., II, p. 108.

(9) Ibid., VIII, 2403. L'album de Thamugadi est de 367. Cf. Eph. Ep., III, 79.

cité (t); aussi en furent- ils souvent les patrons (2). Les Flaminicae elles-mêmes portèrent quelquefois ce titre (3). La raison de ce choix devait être la richesse des titulaires du Flaminat, qui leur permettait de faire sentir à leur ville les bienfaits réels de leur patronage et substituait une protection efficace à ce qui n'était souvent qu'un vain titre, quand il était donné à quelque magistrat vivant à Rome. Quand Septime Sévère fit de la Cuj'a reipublicae un des plus hauts honneurs municipaux, les Flamines, comme les autres prêtres, furent souvent appelés à cette charge (4).

Dans les pays de langue grecque, les 'lepe^ç et 'Apytepetç occupent de même les premières fonctions municipales. Nous trouvons à Athènes et à Milyasa des archontes éponymes (5), des archontes (6), des <n-paTT)Yol èiû Ta ouXa (7), des iTrtoraTai, des àyopavo'iAOi (8), des Ypau.fAaTe"?ç (9), des iTtTrapyot (10), etc. Les roitelets des pays restés libres quelque temps se font également gloire de remplir les fonctions de prêtres de Rome et d'Auguste (il). Aussi n'est-il pas étonnant qu'un certain nombre de ces prêtres aient porté le titre de xtiot})? t^ç toXeuç ou de TrpûTOç (12).

Mais les documents qui concernent les prêtres municipaux sont relativement assez rares dans les provinces grecques. Cela tient à l'organisation particulière du culte dans cette partie de l'empire. En Asie spécialement , les centres du culte des empereurs étaient

(1) Ils portent parfois le titre de principes coloniae. C. I. L., VIII, 4249;

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