‹ Essai sur le culte rendu aux empereurs romainsChapitre 25 sur 61 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

LES SEVIRI AUGUSTALES.

A côté des Flamines, on rencontre presque dans toutes les cités latines de l'empire, des collèges qui ont aussi pour objet le culte impérial. Les membres de ces collèges portent différents noms : ici, ils s'appellent Seviri, là Augustales, ailleurs Seviri Augustales ou Seviri et Augustales. Tantôt l'une de ces appellations est usitée à l'exclusion des autres, tantôt plusieurs sont employées simultanément. Que sont ces collèges? Y a-t-il une différence de signification entre les termes que nous venons d'énumérer ou sont-ils synonymes? Enfin, quelles étaient les fonctions des personnages qui les composaient et leur place dans le culte impérial et dans la cité? Autant de questions qui ont donné lieu à des opinions très diverses et que nous allons essayer de résoudre.

Etablissons tout d'abord la répartition géographique des différents termes que nous venons d'énumérer.

Au sud de l'Italie, le terme le plus fréquent est celui à' Augustales-^ on voit cependant, à Bénévent, des Seviri (1) ; à Aeclanum et à Regium Julium, des Seviri Augustales (2). En Afrique, en Asie, en Achaïe, en Dacie, on trouve généralement des Augustales ; rarement des Seviri ou Seviri Augustales. Dans quelques villes d'Espagne, en Dalmatie, dans les deux Pannonies, toutes les appellations sont usitées. Il est de même dans le centre et le nord-est de l'Italie.

Au contraire, dans la plus grande partie de l'Espagne, dans les Gaules, dans la Germanie, dans la Grande-Bretagne, dans le nord-ouest de l'Italie, les noms les plus usités sont ceux de Seviri ou de Seviri Augustales.

(2)/bid., IX, 1195 ;X,

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En résumé, on pourrait dire, d'une manière générale, que l'Occident présente un plus grand nombre d'inscriptions où se trouve le mot Seviri. L'Orient (1), au contraire, en prenant les mots au sens large, donne plutôt des inscriptions où la qualité d'Auguslales est seule mentionnée, sans qu'il soit question de chiffre. Mais, à vrai dire, cette question de statistique est presque une question de pure curiosité, car nombreuses sont les villes où Ton rencontre à la fois des Sech-iy des Seviri Augustales et des Atpgnstales. J:\ous pouvons donc partir de ce fait, que si nous ne trouvons pas partout les mêmes titres, cela peut tenir à l'une des causes suivantes : l'insuffisance du nombre des inscriptions ; l'habitude locale d'employer un terme plutôt que l'autre ; enfin , la différence d'organisation qui a pu varier d'une cité à l'autre.

Selon Egger, l'organisation aurait été partout la suivante : On aurait créé dans les cités un collège de six prêtres, d'un rang inférieur à celui des Flamines, mais destinés à desservir, comme eux, le culte des empereurs. Ces prêtres, après une année passée en fonctions, obtenaient des charges municipales et passaient alors dans l'ordre des décurions ; ou, s'ils n'avaient pas cet honneur, formaient un ordre placé, dans la hiérarchie municipale, au-dessous du premier et au-dessus de la plèbe. En d'autres termes, les Seviri pourraient être comparés aux Flamines annui, et les Augustales seraient les Flaminales ou Flamines perpetui (2).

Zumpt a conçu les choses tout autrement. Selon lui, les Augustales ont été créés à l'imitation des Sodales Augustales. Gomme tous les collèges, les Augustales avaient des magistri annuels. Ces magistriy au nombre de six, sont les Seviri (3). Cependant Zumpt est obligé de reconnaître que le système d'Egger-Marquardt est le seul admissible pour la Gaule , puisque là on rencontre seulement des Seviri et pas un Augustalis.

Henzen trouve que l'hypothèse d'Egger et de Marquardt a beaucoup de vraisemblance ; cependant il adopte un tiers parti entre cette opinion et celle de Zumpt. Il pense qu'il faut noter avec soin les pays où l'on rencontre seulement des Seviri Augustales ou des Seviri, ce que Zumpt avait déjà fait. Il a, de plus, remarqué que dans certains centres de l'Italie du sud on ne ren-

(1) Il s'agit ici de l'orient et de l'occident des pays latins , les provinces grecques sont mises en dehors.

("2) Egger, Examen critique des historiens anciens de la vie et du règne d'Auguste, p. 380-382. Cf. Marquardt, Zeitschrift fur Altertumwissenschaft, 1847, p. 506-508.

(3) Zumpt, De Augustalibus et Seviris Augustalibus, p. 55 et 11.

contrait que des Augustales, et que là précisément où manquaient les Seviri, on trouvait des Quinquennales, des Curatores et des Quaestores Augustalium. Au contraire, dans certaines contrées, on trouve à la fois des SeviH et des Augustales. Il en conclut qu'il ne faut pas admettre partout une organisation identique. En Gaule cisalpine, en Narbonnaise, en Espagne il faut se ranger à l'opinion d'Egger, et voir dans les Seviri l'origine des Augustales. Dans l'Italie moyenne, en Germanie, en Dacie, il faut, au contraire, suivre l'opinion de Zumpt ; là, les Seviri sont les magistrats annuels des Augustales, et ceux-ci ne sont pas tous Seviri (1). Enfin, dans le sud de l'Italie, les Seviri n'existent pas, et le collège des Augustales est régi par des magistrats qui portent un autre nom. En somme, c'est à l'opinion de Zumpt que se range Henzen pour la plupart des cas. Il s'est, de plus, efforcé de prouver qu'il y a eu, par la suite des temps, des modifications dans l'organisation des Seviri en Gaule cisalpine.

L'opinion de Henzen a été suivie par Marquardt quand il a de nouveau traité la question dans le Staatsverallung (2), et par M. Hirschfeld (3). Wilmans, d'après les dispositions de l'index de ses Exempta Inscriplionum latinarum, semble s'être rangé au même avis.

Pour résoudre la difficulté, il faut étudier séparément les divers groupes de villes : celles où existent des Seviri seuls ; celles où existent des Augustales seuls, et enfin celles où les deux noms se rencontrent à la fois.

1" Villes où l'on trouve seulement des Seviri Augustales ou des Seviri. — Dans les villes où l'on ne trouve que des Seviri Augustales, le nom indique que l'on se trouve en présence d'un collège dont les membres sont au nombre de six. Les fonctions de Seviri Augustales étaient données pour un temps seulement, puisqu'il y a des Seviri Augustales iterum{i). Mais, à côté des 5et)î>i temporaires, d'autres portent le nom de perpetui (5). La comparaison qui vient naturel-

(1) C'est là, selon lui, l'organisation la plus ancienne des Augustales. Zeitschrift fur die Aller tumwissenschaft, 1848, p. 201 et suiv.

(2) Organisation de l'empire romain, I, trad. fr., p. 293 et 300.

(3) Compte rendu du livre de M. Schmidt, De seviris Auguslalibus. Zeitschrift fur die Oeslerreich. Gymnas., 1878, p. 289. Cf. Bulletin épigraphique, I, p. 286. Il pense que, dans le midi de l'Italie, les Augustales ont été de suite organisés en corporation avec des Quinquennales et des Curatores, et exceptionnellement des Questeurs, et que la portion en fonction était de six membres; mais, ajoute-t-il, sur ce dernier point la preuve n'est pas faite. Cf. Madvig, L'Etat romain, trad. fr., III, p. 144.

(4) C. 7. L., V, 4008, 4405, 4480, 5909. Wilmanns, 64 a, 2048.

(5) Ibid., II, 1944, 2022, 2026.

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lement à l'esprit entre les Flamines perpetui et les Seviri Augustales perpetui, amène à conclure que nous avons affaire ici à des personnages qui, leurs fonctions terminées, ont gardé leur titre comme une sorte d'honorariat. Il est impossible, en effet, qu'ils aient supporté à perpétuité les charges du sévirat. La dépense eût été trojj lourde. De plus, on n"a pu leur concéder la fonction à perpétuité à titre gratuit. Le poids de la charge serait retombé sur leurs collègues. Les nommer Sévirs honoraires était de beaucoup le procédé le plus simple. C'était celui dont on usait toujours en cas analogue (1).

Dans d'autres villes, nous trouvons, au lieu de Sévir Augustalis, le titre de Sévir simplement. Ailleurs enfin, les deux titres existent simultanément. C'est le cas en Espagne, où cependant le titre de Sévir Augustalis est le plus fréquent. Dans les Gaules et la Germanie, il est presque seul usité. En Gaule cisalpine, dans un grand nombre de villes, le terme de Sévir est plus habituel ; dans d'autres, on trouve à peu près également les deux mots, et ils paraissent équivalents. En effet, dans une inscription de Vérone, le même personnage est dit Sexvir Augustalis et Neronianui , et, un peu plus loin seulement. Sévir (2). On voit très bien que la seconde appellation n'est qu'une abréviation de la première. Ailleurs, dans une même inscription, tantôt on dit Seviri, tantôt Seviri Augustales (3), pour désigner le corps entier.

2° Villes où l'on ne trouve que des Augustales. — Ici on voit des Augustales qui ont exercé plusieurs fois leurs fonctions, qui sont iierurn comme les Seviri Augustales (4). Il existe, de même, des Augustales perpetui analogues aux Seviri perpetui, et il est à remarquer que c'est dans le même pays, c'est-à-dire en Espagne (5). Il est donc impossible de ne pas conclure que nous avons, de part et d'autre, affaire aux mêmes personnages.

(1) Cf. Mommsen, ad. C. /. L., II, 1026. Eph. Epig., III, p. 82. Schmidt, De Seviris Augustalibus, p. 14. Ce cas ne se rencontre que dans quelques villes d'Espagne , comme on peut le voir par les inscriptions citées à la note précédente.

(3) Orelli-Henzen, 3902, 7335, etc. On trouve aussi un personnage appelé Sévir Augustalis, tandis que le corps est appelé Seviri. C. I. L., XII, 4354,

(4) C. /. L., IX, 741, 1695; X, 4760. Zumpt, De Augustalibus, p. 31, et Henzen. Zeitschrift fur altertumwiss , 1849, p. 305, déclarent toutes ces inscriptions fausses ou mal lues, mais sans motif suflBsant. Cf. Schmidt, l, I., p. 40.

(5) C. /. L., II, 183, 196, 2116; X, 7541. Cf. Schmidt, l. /., p. 41.

3° Villes où Von trouve à la fois des Seviri et des Augustàles. — Un troisième groupe de villes eut à la fois des Seviri et des Awgustales. Ici une distinction apparaît entre les deux termes. En effet, le terme de Sexviri est appliqué à des personnages qui font des décrets, et, plus loin, on voit un Ordo Augustalium (1). A Carsioli, nous trouvons un Sévir Augustalium Martinorum tandis que VOrdo s'appelle Ordo Augustalium (2). A Veies, nous lisons, dans une même liste de souscription pour une statue élevée à un personnage célèbre, ob pietatem ejus erga domum Divinam et municipium Augustum Veios , les noms suivants : {Ce)ntumviri et Seviri et Augustàles et Municipes (3). A Opitergium , VOrdo des Augustàles porte des décrets (4) , et nous voyons à côté de cela mentionner des personnages qui sont Seviri (5).

Deux systèmes, avons-nous dit, sont en présence pour expliquer cette distinction. D'après le premier, il existait partout, sous des noms un peu différents, un collège de six membres. Après une année passée en fonctions, ces S'eutn devenaient Sevirales (6), Augustàles, etc. , et formaient VOrdo Augustalium. Ce système s'appuie sur un certain nombre de faits qui apparaîtront clairement après le classement que nous venons de faire. Nous avons trouvé, en effet, dans plusieurs villes, l'expression Sévir et Auguslalis, qai indique les deux degrés, le rôle actif d'abord, jiuis l'honorariat (7). Le second degré est conféré après le premier.

M. Attius Patrobius, qui est Sévir et Auguslalis, fait un don spécial : ob honorem Augustalitatis (8). De môme , un prêtre de Rimini est appelé Sexvir et Sexvir Auguslalis (9). Cette sorte d'honorariat n'était pas toujours donnée après la première année de fonction, puisque nous avons vu des Seviri ilerum.

L'hypothèse que nous venons d'exposer est confirmée par la nature des inscriptions qui sont gravées soit en l'honneur des Seviri, soit en l'honneur des Augustàles. A Turin, sur huit

(2) Ibid., IX, 4071, 4067.

(3) Ihid., XI, 3808.

(4) Ihid., V, 1968.

(5) Ibid., V, 1974, 1981, 2847. Cf. Schmidt, L L, p. 47.

(6) Ibid., III, 3016; XI, 3781. Wilmams, 2077.

(7) Ibid., V, 2523, 5132, 5248, 5298, 5496, 5611, 6505. 6665, 6777, 7455, 7486, etc., etc. Cf. Schmidt, l. L, p. 16.

(8) Ibid., V, 6777.

(9) Ibid., XI, 360, Cf. Henzen, l. L, p. 316. Schmidt, l. L, p. 26.

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inscriptions d'AugustaleSy sept se rapportent à des personnages morts (l). Il en est de même à Baggienum, à Concordia (2) et dans un grand nombre d'autres villes. On pourrait multiplier les exemples. Les inscriptions des Seviri, au contraire, se rapportent presque toujours à des dons qu'ils ont fait pendant l'exercice de leurs fonctions (3). Le corps des anciens Seviri formait cet Ordo Augusialium, si souvent nommé dans les inscriptions.

Mais, dira-t-on, s'il en est ainsi, comment se fait-il qu'il y ait des villes où il n'y ait que des Seviri et d'autres, au contraire, où il n'y ait que des Augusiales? Voici , ce me semble, l'explication de ce fait. Dans les villes où le titre de Sévir est conservé après les fonctions, sous ses formes Sévir Augustalis ou Sévir simplement, avec ou sans Tépithète perpetuus, nous sommes en présence d'usages analogues à ceux que nous avons constatés pour les Flamines. Le titre de Flamen est usité comme ceux de Flaminalis et de Flamen perpetuus. De même le titre de Sévir se trouve à côté de celui de Sévir perpetuus. Enfin, ce qui prouve bien que les Seviri Augustales sont, non les magistrats des corps des Augustales , mais le corps lui-même , c'est qu'on trouve des Patroni Sevirorum Augustalium. Les collèges seuls, en effet, ont eu des patrons et l'on ne connaît aucun exemple de patronnage exercé à l'égard de leurs magistrats (4).

Quant aux villes où l'on trouve seulement le titre d'Augustalis, sans y rencontrer jamais celui de Sévir, il paraît vraisemblable qu'on y a pris, pour nommer les membres du collège, l'épithète qui indiquait le dieu honoré par eux. Ceux qui étaient actuellement en fonction et ceux qui jouissaient de l'honorariat étaient désignés de la même façon.

En effet, les observations suivantes nous feront reconnaître facilement que certains Augustales sont des prêtres en fonctions.

\° Ils ont à faire des dépenses trop lourdes pour qu'on les y ait obligés à perpétuité. Tel est, par exemple, le payement des summae honorariae. Ces sommes étaient versées au moment où l'on était élu au sacerdoce annuel et à celui où l'on obtenait l'honorariat ; jamais après (5).

(2) Ibid., V, 7669, 7670; 1894, 1896, 8664, 8654, 8655.

(3) Cf. Schmidt, l. L, p. 48.

(5) Ibid., IX, 808, 816; X, 4792. Madvig {Etat romain, trad. fr., III, p. 141) croit à tort que c'est une contribution périodique. Cf. Schmidt, l. L, p. 38.

2° Pendant qu'ils remplissent les munera Augustalitatis, ils ont des licteurs (1); or, les licteurs sont l'apanage des fonctionnaires annuels et n'ont jamais été accordés aux membres d'un collège.

3° Enfin, nous avons constaté plus haut l'existence d'Augustales iterum, expression qui n'est intelligible que pour une fonction temporaire. Cette fonction est appelée munus ou onus Augustalitatis. On ne subissait les charges qu'elle imposait, qu'en vue des honneurs qui devaient en être la récompense (2). L'année du sacerdoce expirée, VAugustalis honoraire prenait parfois le nom d'Augustalis perpetuus. D'autres fois il ne changeait pas de titre. C'est ainsi que, dans une inscription de Veies, on appelle Augustales ceux qui ont précédemment rempli les fonctions de VAugustalité (3).

Nous trouvons donc ici les prêtres annuels et le corps des anciens prêtres, mais le nombre des premiers était-il le même partout? Ce nombre était-il de six? Avons-nous eu un mot des Seviri sans qu'on leur donnât ce nom ? M. Schmidt se prononce pour l'affirmative (4). L'empereur, dit-il, s'occupait des moindres détails de l'administration des municipes. S'il n'y a pas eu un édit à proprement parler, comme le pensait Egger (5), du moins y a-t-il eu, de sa part, une forte pression dont témoigne Dion Cassius (6). Cette pression, favorisée par le sentiment populaire, aurait eu pour résultat de propager rapidement , d'une extrémité à l'autre de l'empire , l'institution qui nous occupe , et de l'organiser partout dans les mêmes conditions.

L'identité d'organisation que suppose M. Schmidt n'existe pas. En effet , nous trouvons à Amiternum et à Peltuinum des III viri Augustales (7), à Firmum et à Falerio des YIII viri Augustalej (8), à Interamna et à Truentum des Vviri et des VIII

(1) C. I. L., IX, 319, 8l6; X, 114, 1042.

(2) Ibid., X, 114, 1. 19 : « Facilius subituris onus Augustalitatis dum hoc

commodum ante oculos habent, etc , 1. 32. Hoc autem nomine relevati,

impendis facilius prosilituri hi, qui ad munus Augustalitatis conpellentur. » Cf. Schmidt, l. L, p. 40.

(3) C. I. L., XI, 3805. Cette inscription est caractéristique, puisque nous savons par ailleurs qu'il y avait des Sevh'i et des Sevirales à Veies, et que nous trouvons ici simplement le mot honor Aiigustalitalis. Cf. C. /. L., XI, 3781.

(4) Schmidt, l. L, p. 42.

(5) Egger, Examen critique des historiens d'Auguste, append., p. 375. Revue archéoL, III, p. 787 et suiv.

(6) Dion Cassius, LVl, 46 : xà (xèv éxôvcwv ôi^ twv Siqixwv, xà ôè xai àxôvtwv.

(7) C. I. L., IX, 4231, etc., 4335.

(8) Ibid., IX, 5446, 5422, 5374, 5367, 5372.

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viri (1). Autant d'exemples qui empêchent d'établir une règle absolue, et qui permettent d'admettre ici , comme dans les institutions provinciales du culte d'Auguste, et comme dans les autres institutions municipales, une certaine variété.

Les six prêtres annuels apparaissent cependant dans un certain nombre d'inscriptions. La ville de Teanum , en Sicile, achète un bain à l'aide d'une somme donnée par les Augustales. Ces Augustales, au nombre de six, sont les Seviri de l'année, et leurs summae honorariae servent à couvrir les frais (2).

Ainsi les Augustales forment un corps qui se recrute annuellement par l'adjonction des Seviri de l'année précédente. A l'origine, les anciens Seviri gardaient peut-être, à titre individuel, le nom qu'ils avaient une fois porté. Mais quand il y eut dans la cité un certain nombre de personnes revêtues du même titre, elles formèrent peu à peu un corps. Cette formation est constatée par l'adjonction del'épithète cnrporatus que prennent les Seviri Augustales en Italie et en Narbonnaise (3). De là aussi le nom de corpus ou ordo Augustaliurn (4), ou Seviratium (5). Mais les textes datés où se trouve cette appellation sont tous relativement récents (6).

Le collège une fois constitué , admit-on dans son sein des membres qui n'avaient pas rempli les fonctions du sévirat? Cela est po.ssible, et un certain nombre d'inscriptions font peutêtre allusion à cela. A Forum Julii (Frioul) une même inscription mentionne un Sévir et Augustalis , un Augustalis et un Sévir (7); une autre à Segusio nomme un Sévir Augustalis et un Augustalis (8). Il n'est pas admissible qu'on ait ainsi employé, sans raison , des expressions différentes pour désigner un seul et même titre. Dans ces textes, le Sévir Augustalis est probablement celui qui est arrivé d'une manière régulière aux honneurs de l'Augustalité en passant par le Sévirat, et V Augustalis, celui qui a reçu

(1) C. I. L., IX, 5070, 5072, 5158, 5276. On trouve aussi dans ces villes des Seviri, 5156, 5067.

(2) C. /. L., X, 4792. Cf. Marquardt, Organisation de l'empire romain , I, trad. fr., p. 301.

(4) Allmer, Inscr. antiques du musée de Lyon, II, p. 417, 421, 423, 425. C. I. L., XIV, 421, 3601, etc. Cf. Marquardt, Organisât, de l'empire romain, I, trad. fr., p. 298.

(5) C. I. L., III, 974. Wilmans, 2077.

l6) Ibid., III, 3016; X, 1880, 1881, 114; XIV, 3601, etc.

(7) Ibid., V, 1765.

(8) Ibid., V, 7255.

202 ESSAI éuR LE CULTE RENDU AUX EMPEREURS ROMAINS.

les honneurs sans avoir subi les charges (1). Voici, à l'appui de cette théorie, une preuve plus décisive encore. Un décret des Veiens, de l'an 26 après J.-C, ordonne que G. Julius Gelos soit admis au nombre des Augustaks comme s'il en avait rempli les fonctions : ut Augustalium numéro habeatur, aeque ac si eo honore usus sit (2).

Ces exceptions devaient être laites, soit pour les fils des Seviri qui s'étaient montrés plus généreux pendant leur année de sacerdoce (c'est le cas d'un Sévir âgé de treize ans kSuasa) (3) ; soit pour des personnages qui avaient bien mérité de la cité, et qui, par leur absence ou par toute autre cause, n'avaient pu exercer le Sévirat proprement dit. Il en est ainsi pour G. Julius Gelos. C'étaient là de très rares exceptions, et il fallait qu'une raison majeure empêchât d'exercer le Sévirat. Les cités possédaient, en effet, un autre moyen de concéder les honneurs sans imposer les charges. Elles décernaient le Sévirat à titre gratuit (4).

L'ensemble de la thèse que nous venons de soutenir n'a pas satisfait tous les savants. Certains d'entre eux ont proposé d'autres hypothèses pour expliquer les mêmes faits. Nous allons les discuter rapidement.

1. Dans les villes où l'on ne rencontre que des Seviri, Zumpt suppose que bientôt, dans le corps des Augnslales , tous les membres eurent, les uns après les autres, rempli les fonctions de Seviri^ et que, par conséquent, on fut obligé d'imposer le Sévirat aux nouveaux Âuguslales à mesure qu'ils étaient nommés (5). Où est la preuve de cette pénurie &' Âuguslales ? Puisque les décurions pouvaient en nommer de nouveaux, il leur était facile de faire en sorte que le collège comptât toujours assez de membres pour recruter les Sévirs annuels.

(1) Cf. Schmidt, l. l., p. 29 et suiv. Marquardt, Organisât, de l'empire romain, I, trad. fr., p. 300.

(3) Orelli, 3938.

(4) M. Schmidt remarque avec raison qu'Egger a interprété trop à la lettre l'épitaphe de Trimalchion où ce personnage dit qu'il a obtenu les honneurs du Sévirat quoique absent. C'est une simple plaisanterie de Pétrone. Trimalchion veut se comparer à César qui a olitenu le consulat en son absence. Il a suffi à Trimalchion de quitter sa ville, pondant quelques jours, pour qu'il s'égalât au dictateur. Cf. Pétrone, Salyr., 71. Egger, Examen critique des historiens, p. 397. Mommsen, Staatsreclil., I, p. 485. Schmidt, l. /,, p. 32.

(5) Zumpt, De Augustalibus , p. 73 et suiv. Cf. Marquardt, Zeitschrift fur Altertumswissenschnft, 1847, p. 507. Schmidt, l. l., p. 11.

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2. Dans d'autres villes nous avons trouvé seulement des Augustales et point de Seviri. Heuzen donne de ce fait l'explication suivante (1). Dans ces villes, les Seviri étaient remplacés par des magistrats d'un autre nom : des Cttrn tores , des Quaestores, etc. Mais, là même où il y a des Seviri, on rencontre également les autres magistrats. A Antium, les inscriptions mentionnent un Curator arcae Augustadiim et des Seviri (2); à Pouzzoles, un Curator Sevirum Aiigustalium (3); à Ostie, un Sévir Augustalis, Quinquennalis et Curator ardinis Atigusialium (4); à Gabies, un Sévir Augustalium Quinquennalis ejusdem ordinis (5); à Préneste, un Sévir Augustalis, Curator Sevirorum Augustalium (6); enfin, à Lyon, des Seviri Augustales , Curatores ejusdem corporis (7). On ne peut donc dire que les Severi remplacent les Curatores ^ et réciproquement (8).

3. Reste le troisième cas, celui où existent à la fois des Augustales et des Seviri. Nous avons remarqué que, dans les deux expressions Sévir et Augustalis ou Sévir idem Augustalis, les mots sont toujours placés de telle sorte que le second titre est considéré comme postérieur au premier. Jamais on ne voit le contraire : Augustalis et Sévir eorum, par exemple, comme pour les Curatores, et comme cela serait naturel dans l'hypothèse deZumpt; si l'expression et Augustalis n'indique pas assez clairement la succession, les mots idem Augustalis ne laissent place à aucune hésitation (9). Zumpt ne s'est du reste pas appesanti sur la difl&culté. Selon lui, les Seviri étaient pris parmi les membres du collège des Augustales; mais, dans certains cas, on prenait des personnages étrangers au collège. Quand c'étaient des hommes libres, au lieu d'entrer dans le corps des Augustales, ils parvenaient par le Sévirat aux honneurs du décurionat. Pour les distinguer de ceux qui étaient Augustales avant d'être Seviri ou qui, par le Sévirat, entraient dans le corps des Augustales, on les appelait simplement Seviri ou Sevi-

(1) Henzen, Zeîtschrift fur Altertiimswissenschaft, 1848, p. 207 et suiv.

(3) Ibid., X, 1567. Le même fait se présente à Arles. Ibid., XII, 1005 : « Curator Sevirorum corporatorum. »

(4) C. /. L., XIV, 421; cf. 431, 322, 379, 381, 313, 309. 331, 366, 384, 360, 305, etc., etc.

(5) Ibid., XIV, 2809.

(6) Ibid., XIV, 3003.

(7} Allmer, Inscr. antiques du musée de Lyon, II, p. 417, 421, 423, 425.

(8) Cf, Schmidt, L t., p. 36.

raies. Les autres s'appelaient Seviri Augustales ou Seviri et Angustaies (l).

Cette explication a été adoptée par Henzen et par M . Mommsen (2).

Ce dernier s'appuie sur ce fait qu'à Concordia deux hommes de naissance libre sont nommés parmi les Seviri, et aucun parmi les Augustales. De plus, dans une inscription de la même ville, on trouve deux personnages appelés l'an Sévir, l'autre Augustalis (3); donc, dit-il, il y avait une différence entre les deux titres, et cette différence ne peut être que dans la supériorité de l'un sur l'autre.

Pour expliquer ce dernier texte , il suffit de supposer que l'un des personnages nommés était encore en fonctions, et que l'autre était un ancien Sévir devenu Augustalis. Quant au fait que tous les Augustales de Concordia sont des libertini, tandis que deux des Seviri sont ingenui, il n'y a rien à en tirer. C'est un pur hasard. La preuve en est qu'ailleurs tous, Seviri et Augustales, sont également iibertini (4), et que dans d'autres villes, au contraire, certains Augustales sont ingenui et même magistrats de leur cité (5).

Quant à la formule Sévir et Augustales , elle ne pent en aucune façon avoir le sens que lui attribue Zempt. Aurait-on imaginé de marquer pour ainsi ^ire par une épithète que le Sévir était destiné à ne pas monter plus haut ? Cela eût été contraire aux usages romains. Si les inscriptions ajoutent au mot Sévir les mots : et Augustalis ou idem Augustalis, ce ne peut être que la mention d'une nouvelle dignité , à plus forte raison en est-il ainsi quand il est dit : c'est par décret des décurions que le Sévir est devenu Augustalis (6). Enfin, ce qui démontre clairement que le titre et Augustalis marque un pas en avant dans la hiérarchie des honneurs , c'est qu'un Sévir et Augustalis fut plus tard Flaminalis (7), et

(1) Zumpt, L L, p. 62 et suiv.

(2) Henzen, l. t., pp. 210, 301 et 310. Cf. Marquardt, Organisât, de l'empire romain, I, trad. fr. , p. 299.

(3) C. I. L., V, 8654. Cf. 8655 et p. 178.

(4) Ibid., IX, 541; X, 4908, 4910. Wilmanns, 282, 17.30, etc. Cf. C. I. L., \, 5257, 7027, 7030, 7036, 7670, 7678, 7722. A Gabies on trouve un Sévir Augustalis qui s'appelle decurio et pater decurionum , XIV, 2809. Les Sévirs affranchis sont innombrables. Cf. C. 7. L., V, 930, 965, 991, 1014, 2167, 2171, 2175, 6363, 6371 ; XI, 13, etc., etc. Une inscription de Vienne, découverte en 1882, mentionne deux Seviri affranchis, à qui le Sénat de la ville, en récompense de leur amitié fraternelle, accorde les honneurs du décurionat et qui furent questeurs. Bulletin épigraphique de la Gaule, 1883, p. 60.

(5) C. /. L., V, 7013, 7017, 7031. Cf. Schmidt, l. L, p. 48.

(6) Ibid., V, 832. Sévir et d. d. augustalis.

(7) Ibid., V, 5132.

LES SEVIRI AUGDSTALBS. 205

qu'un autre fut patron du municipc (1). Tous deux sont citoyens romains , ce qui est en contradiction ouverte avec la théorie de Zumpt (2). La formule complète est donc celle qui se trouve dans une inscription d'Ariminium : Sexvir et Sexvir Augustalis (3), et l'opinion qui paraît la plus conforme aux faits est celle que nous avons adoptée.

Les diverses théories que nous venons d'exposer influent naturellement sur la solution d'un grand nombre de questions relatives à l'organisation du collège des Augustales.

En effet , la conséquence de la théorie de Zumpt est que les Seviri sont nommés par leurs collègues (4). Henzen a réfuté cette assertion (5). Cependant, ainsi que le remarque avec raison M. Schmidt, le système de Zumpt est complètement raisonnable sur ce point. On ne voit pas pourquoi les décurions auraient refusé aux Augustales le droit de choisir eux-mêmes les fonctionnaires de leur collège, conformément à l'usage général (6).

Dans notre hypothèse , au contraire , la nomination des Seviri revient naturellement aux décurions, car le Sévirat est l'entrée dans le corps des Augustales. Nous avons déjà signalé cette intervention de la Curie, mais il est naturel qu'il en soit rarement fait mention , puisque c'était la règle. Toutes les fois qu'il est question d'accorder des privilèges, c'est toujours le Sénat municipal qui intervient (7). C'est lui qui donne la gratuité (8); c'est lui qui donne les honneurs de l'Augustalité, quand le nouvel Augustalis n'a pas été Sévir (9). Enfin, Henzen , et, après lui, M. Schmidt, insistent sur ce point que la nomination des Sévirs ne pouvait appartenir qu'à ceux qui pouvaient obliger à accepter les fonctions. Les charges dont nous parlerons plus loin avaient rendu le Sévirat souvent fort lourd. Il fallait forcer les gens {compellere) à les subir (10). Le Sénat seul avait pouvoir pour le faire ; lui seul pouvait donc être chargé de la nomination.

Dans les premiers temps de l'institution, les candidats devaient

(2) Cf. Schmidt, l. L, p. 20.

(4) Zumpt, {. L, p. 59.

(5) Henzen, I. I., p. 303 et suiv.

(6) Schmidt, l. J., p. 66.

(7) C. /. L., V, 5859, 6349, 6518, 5465, 5479, 5844 ; XI, 3805, etc.

(8) Ibid., III, 1641: IX, 3959; X, 3907; XI. 1228. (9)I6id., V, 827; XI, 3805.

(10)/bid., X, 114.

être nombreux; mais il en fut du Sévirat comme du décurionat : peu à peu les aspirants devinrent plus rares. Les catégories de personnes parmi lesquelles on recrutait les sévirs étaient cependant beaucoup plus nombreuses que celles parmi lesquelles on pouvait recruter les décurions. Les acteurs , exclus de la Curie , sont admis au rang des Auguslales (1). 11 en est de même des praecones, des licteurs, des accensi, des tabularii, des scribes (2). La plupart appartenaient à la classe des marchands. C'étaient, en un mot, les petites gens qui formaient la corporation des Auguslales. Il n'y a, pour le constater, qu'à parcourir la liste des professions exercées par les Seviri Auguslales . Elle comprend à peu près tous les métiers (3). Si quelques-uns appartenaient à ce que nous appelons aujourd'hui les professions libérales, comme la médecine, il faut se rappeler qu'à l'époque romaine cette profession était exercée surtout par des affranchis. Los soldats sont rares (4). Les officiers appartiennent à une classe plus élevée , celle qui fournit les Flamines.

Un grand nombre de Seviri Auguslales étaient des aff'ranchis. Les aff'ranchis, même parvenus à une grande fortune, étaient exclus des dignités municipales. Ils étaient heureux de trouver ici une satisfaction à leur vanité (5) , et de pouvoir mettre sur leur tombeau qu'ils avaient obtenu tous les honneurs auxquels ils pouvaient atteindre. Les Sévirs sont cependant quelquefois de véritables ingenui et même des citoyens romains (6). Dans un certain nombre de villes, on trouve ces deux catégories à la fois ; dans d'autres, au contraire, on rencontre exclusivement les uns ou les autres (7), Cela dépend peut-être des usages locaux; mais il faut également tenir compte du hasard des découvertes. En effet,

(1) c. /. L., IX, 307.

(2) Ibid., II, 4536; III, 3851 ; X, 4620; XIV, 296, etc.

(3) Purpurarii, C. I. L., III, 5824; X, 540. — Vestiarii tenuarii, V, 6777.

— Choragiarii, V, 6795. — Causidici, V, 5894. — Medici ocularii, V, 3940.

— Medici, IX, 740; X, 6469. — Suarius, IX, 2128. — Pistor, X, 5346. — Sagarius, X, 1872. — Paenularius, Wilmanns, 2252. — Marmorarius, X, 1873, etc., etc. Of. AUmer, Inscr. antiques du musée de Lyon, II, p. 375 et suiv. Schmidt, l. t., p. 67.

(5) G. Boissier, Religion romaine d'Auguste aux Antonins, ï, p. 163. Cf. Schmidt, l. l., p. 112. Lemonnicr, Etudr. historique sur la condition privée des affranchis dans l'empire romain, p. 267 et suiv.

(6) C. 7. L., V, 5257, 5294, 5297. etc.

(7) Dans l'Italie du sud, en Espagne et en Gaule, on trouve des affranchis seuls. Dans les régions IX, X, XI de l'Italie on trouve surtout dgs hommes libres. Cf. Schmidt, L L, p. Uî.

LES SBTIRI ADGUSTALES. 207

dans des villes où les affranchis sont en grande majorité, apparaissent tout à coup une ou deux inscriptions relatives à des hommes libres. En tout cas , les uns et les autres étaient sur le pied d'égalité dans le collège.

Cette égalité dans l'intérieur du collège n'empêcha pas quelques Augustales de s'élever plus haut que la condition générale. Plusieurs sont parvenus aux honneurs du décurionat Cl); d'autres ont occupé les magistratures municipales, l'édilité, le duumvirat , et même le duumvirat quinquennal (2). A Préneste , en particulier, le Sévirat fut comme une sorte d'échelon qui conduisait aux dignités municipales et an Flaminal (3). A Gôme , un Sévir, après avoir été quatiuor vir juri dicundo, devint praefeclus fabrum, tribun légionnaire, préfet de cohorte, préfet des six nations des Gétules en Numidie et Flamen d'Auguste (4). Lui aussi, comme les Sévirs de Préneste, avait passé par le Flaminat. Ces exceptions n'existent que dans quelques villes. L'une d'elles , Gôme, est précisément celle où des sénateurs ne dédaignaient pas le Flaminat municipal. Il n'est pas étonnant que là les Seviri aient été des personnages plus importants qu'ailleurs.

Le Sénat municipal, avons-nous dit, nommait les Seviri. Nous rencontrons cependant, dans les textes épigraphiques, la mention du suffrage populaire (suffragic popiUi ou consentienle populo) (5). Ces ex; tressions ne prouvent en aucune façon que le peuple ait pris une part effective à la nomination. On a voulu constater seulement que l'honneur, — car il s'agit, dans toutes les inscriptions de ce genre, d'une distinction particulière acccordée au Sévir, — a été décerné aux applaudissements de tous. On le voit très clairement dans une inscription de Pompéies qui contient ces mots : cui decuriones, consensu populi, bisellium oh mérita ejits decreverunt (6).

La Curie nommait Sévirs non seulement les citoyens, mais encore de simples incolae; parfois le même personnage exerçait les fonctions de Sévir et était Aiigustalis dans plusieurs cités.

. (2) Ibid., V, 5294, 6896; XI, 1162, 1205, etc.

(3) Ibid., XIV, 2972, 2974, 3003, 3014.

(4) Ibid.. V, 5267. Cf. plus haut, p. 179, n. 7.

(5) Ibid., V, 5600; X, 1026, 1030.

(6) Ibid., X, 1030. MM. Mommsen (C. /. L., V, 5600) et Sclunidt, /. L, p. 69, pensent qu'il 7 avait une sorte de cérémonie oii, pour la forme, on demandait le consentement du peuple. Cela est possible, mais aucun texte ne le pronve.

Nous avons de nombreux exemples de ce cumul (1). La Curie nommait encore des allecti supra numerum sevirum augnstalium (2). Zumpt, en vertu de l'opinion qui fait des Seviri les magistri annuels des Auguslales , croit que les personnages dont il s'agit ici sont des magistri supplémentaires (3). Cette explication croule avec la théorie sur laquelle elle s'appuie. Elle a, de plus, l'inconvénient d'être en désaccord avec les habitudes romaines. En effet, que sont les allecti inter praetorios , inter quaestorios , etc. ? Ce ne sont pas des questeurs ou des préteurs nommés en plus du nombre habituel : ce sont des gens admis à jouir des droits et des privilèges des questeurs, etc., sans avoir rempli ces fonctions. Il doit en être de même ici. Mais pourquoi l'expression supra numerum? M. Schmidt en donne une explication , à mon avis, entièrement satisfaisante (4). Selon lui, il ne peut s'agir évidemment du nombre des Augustales , qui variait par la mort des membres du collège, mais du nombre des Seviri, qui était fixe. Or, chaque année les décurions faisaient, par un nouveau décret, passer au nombre des Augustales les Seviri qu'ils avaient nommés l'année précédente (5). Quand ils donnaient les honneurs de l'Augustalité à quelqu'un qui n'avait pas exercé le Sévirat, ils le nommaient nécessairement supra numerum , et si la mention n'en est faite que très rarement, c'est que les nominations de ce genre étaient rares.

En plus de cette allectio, les Curies décernaient aussi quelquefois les ornamenta de l'Augustalité , comme elles décernaient les ornamenta decurionalia.

Cette faveur devait être plus rare encore que la précédente. En effet, les conditions demandées pour entrer dans le corps des Augustales étaient si peu difficiles à remplir que tous pouvaient y arriver. De fait, nous n'avons qu'un seul exemple à' ornamenta décernés, et c'est sur une inscription sépulcrale. Il s'agit, dans ce texte , d'un vieillard de quatre-vingts ans à qui les décurions décrètent des funérailles et une sépulture aux frais du municipe (6). C'est une récompense décernée à un homme qui, pour

(1) Ibid., II, 4536; V,44I8, 5749, 6351; X, 1872; XI, 1528; XII, 709, 3203. Allmer, Inscr. antiq. de Lyon, II, p. 389, 399, 435, etc., etc.

(2) C. I. L., V, 3354. Wilmanns, 2094.

(3) Zumpt, L L, p. 31.

(4) Schmidt, l. l. , p. 70.

(5) C. /. L. , V, 5859, etc.

(6) Ibid., IX, 58 : « V(ixit) a(nnos) LXXXX. h(ic) s(itus est). Huic ordo decurionum f(unus) l(ocum) p(ublice) ornamentaque Augustalitatis decrevit. »

LES SEVIRI AUGUSTALES. 209

des raisons inconnues, sa pauvreté peut-être, n'a pu être Augustalis et à qui la Curie veut témoigner sa vénération en lui accordant, malgré tout, les honneurs qu'il avait mérités (1).

Les fonctions des Sévirs étaient d'abord d'offrir des sacrifices, comme le faisaient tous les collèges sacerdotaux. Aux fêtes des Augusti et des Augustaey des Divi et des Divae , en particulier, ils devaient prendre une part très active.

Les repas étaient l'accompagnement ordinaire des cérémonies religieuses chez les anciens. Tout magistrat entrant en charge , tout personnage faisant une dédicace convoquait les décurions et la plèbe de son municipe à un banquet ou faisait des distributions. Les Sévirs faisaient de même distribuer à leurs collègues et à leurs compatriotes du pain et du vin (crustulum et mulsum), ou fournissaient tout ce qui était nécessaire au service des festins (2).

Les jeux, nous l'avons dit, tenaient aussi une place considérable dans le culte engénéraletdansle culte impérial en particulier. Aussi les Sévirs donnent-ils des jeux de toute espèce : jeux scéniques(3), jeux du cirque (4), jeux de gladiateurs (5), joutes de barques (6), combats de pugilat (7). Le spectacle durait plus ou moins longtemps, selon la magnificence de celui qui en faisait les frais (8).

Ces jeux n'étaient pas obligatoires, et souvent, au lieu d'amuser le peuple, les Seviri construisaient quelque monument ou faisaient quelque travail utile à la cité (9j. Les monuments élevés par eux sont parfois des statues, des temples ou des autels dédiés aux dieux ou aux Divi Augusti {{^). Souvent aussi, ils font exécuter des travaux d'ordre purement civil : tracer et réparer des routes, ou les munir de parapets (11). Ils construisent \xn podium autour du cirque (12), dotent le théâtre d'un prosc&nium ou d'un

(1) Schmidt, l. L, p. 71.

(2) C. J. L., II. 13, 1200; X, 114. Eph. Ep., II, p. 237, etc.

(3) Ibid., II, 1108; III, 1769; IX, 2252.

(4) Ibid., II, 1479, 2100.

(5) Ibid., IX, 1703, 1705, 2249; X, 4760, etc.

(6) Ibid., II, 13.

(7) Ibid., II, 13. Cf. V, 8664; X, 1574, où l'on ne désigne pas l'espèce de jeux.

(8) Un, deux, ou trois jours. C. I. L., III, 1769; IX, 2249 ; X, 1574. Les Seviri, comme les Flamines, sont quelquefois chargés de la curatelle des jeux. C. I.L., XIV, 3014,3011.

(10) Ibid., II, 175, 181, 182, 2327; III, 4153; IX, 36, 2439, 2440: X, 977, 4563.

(11) Ibid., V, 1886, 1887, 2116, 1894, 2535, 2794; IX, 808; X, 4660, 5416, 1885, etc.

orchestre (1), bâtissent des thermes (2), une horloge publique (3), un marché, une basilique, un portique, une salle de festin, etc. (4). En un mot, tout ce qui, d'une manière quelconque, peut être agréable à leurs concitoyens, les Sévirs , un jour ou l'autre en font présent à la ville, à l'occasion de leur entrée en fonctions (5).

Les dépenses, causées par ces dons, étaient quelquefois couvertes par la somme que versait au trésor public chaque nouveau Sévir, et qui, comme la somme versée par les nouveaux Flamines ou les nouveaux magistrats, s'appelait sumuia honoraria (6), mais très fréquemment aussi c'était un don de la pure générosité du titulaire (7).

La somme qu'avaient à verser les Sévirs, à leur entrée en fonctions, variait selon les villes. C'était parfois jusqu'à dix, quinze ou vingt mille sesterces (8). Schmidt pense que le chiffre le plus fréquent était celui de deux mille (9). On le trouve, en effet, à la fois en Espagne et en Italie (10). Mais comme il n'y avait évidemment pas de règle sur ce point, il ne faut pas attribuer trop d'importance à ce qui n'est probablement qu'une simple coïncidence. Du reste, le minimum légal était souvent dépassé par le zèle des nouveaux Seviri^ qui ont soin d'en avertir dans les inscriptions qu'ils font graver (11).

Cet argent était probablement versé dans le trésor de la cité ; nous savons du moins que les décurions avaient toute autorité sur son emploi. A chaque instant ils interviennent, et, presque toujours, mention est faite de la permission qu'ils ont donnée(12). Le peuple pouvait, sans doute, exprimer ses désirs, mais c'était, en dernier ressort, la Curie qui prononçait, môme quand il s'agissait d'un don spontané du Sévir (13).

(1) c. J. L., II, 183.

(2) Eph. Epigr., II, p. 237.

(4)I6id., II, 2083; III, 1516, 1947; IX, 2475. Orelli, 2493. Cf. XIV, 2119.

(5) Sur tout ceci, voir Schmidt, p. 72-75.

{l)Ibid., II, 2100, 3364, 1934; VIII, 4235; II, 175, 181, 182, 183, 2327; III, 4153; IX, 36, 2475; X, 4563. 4660.

(8) Ibid., IX, 808, 816; X, 4792.

(9) Schmidt, L L, p. 74.

(10) Par exemple, C. /. L., II, 1934. Orelli, 4286. C. I. L., X, 1885.

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