‹ Essai sur le culte rendu aux empereurs romainsChapitre 26 sur 61 · C. /. L., II, 3364; V, 8654, 8655; VIII, 4235; X · texte numérisé non relu

C. /. L., II, 3364; V, 8654, 8655; VIII, 4235; X

(12) /bid., II, 1934, 2100, 1108, 984, 3364; IX, 3959; X, 1885, etc., etc. (13) Ibid., II, 2100, 3364, etc. — « Ex decreto ordinis petente populo. »

LES 8EVIHI AUGUSTALES. 211

A ces dons, il faut ajouter les vœux que les Seviri faisaient pendant leur année de Sévirat et qu'ils accomplissaient quand ils étaient entrés dans le corps des Augustales (1). Toutes ces charges devaient être très lourdes et l'on comprend facilement qu'il ait fallu plus d'une fois, quand la première ferveur fut passée, faire entrer de force dans le corps des Augustales ceux qui ne voulaient pas y entrer de bon gré. Les décurions, qui avaient peut-être subi la même pression, l'exerçaient à l'égard de l'ordre inférieur. Aussi quelques personnages généreux assuraient-ils, au moyen de legs faits au corps des Augustales, la gratuité des fonctions pour leurs protégés. Nous avons cité ce citoyen de Barcelone qui légua à la colonie la somme de 7,500 deniers, à condition que ses affranchis seront exemptés des charges du Sévirat (2).

La gratuité était aussi quelquefois décernée par- la Curie à des j)ersonnages qui avaient rendu des services à la ville, et qu'elle voulait récompenser (3). Mais , quand on examine de près les textes, on voit qu'il s'agit beaucoup plus d'un honneur que d'une exemption réelle 'de charges. Des gens fiers de leur fortune, comme l'était Triraalchion, ne se seraient pas vantés d'avoir été faits Sévirs à titre gratuit, si la gratuité eût été un certificat d'indigence (4). Une inscription de Capoue dit, du reste, en propres termes : Huic ordo decurionum oh merila ejus honorem Auguslalitatis graluitum decrevit (5), et les Sévirs, à qui les décurions ont fait remise de la summa honoraria^ dépensent souvent une somme très considérable à donner des repas et des jeux ou à faire exécuter des travaux pour le service de la cité (6).

Ici, comme pour les autres honneurs, le peuple intervenait, non pour les décerner, mais pour les demander à la Curie en faveur de ceux qui avaient gagné sa sympathie (7).

Les Seviri portaient , pendant l'exercice de leurs fonctions, la robe prétexte. En effet, ils étaient prêtres et ils présidaient des jeux, double titre à porter ce vêtement. C'est revêtu de cette robe que Habiuna entre dans la salle du festin donné par Trimal-

(2) Ihid., II, 4514. Voir plus haut, p. 191.

(3) Ibid., III, 1641, 3851, 6294; V, 2867, 4431, 4439, 4480, 5311, 5600; IX, 934, 5939, 5017; X, 3907,4591.

(4) Pétrone, Satyric, 57.

(6) Ibid., II, 2100; V, 2867; IX, 3959. Dans l'inscription II, 1934, le personnage à qui on fait remise de 500 deniers en dépense 750.

chion, aussi Encolpius le prend-il pour un préteur (1). Mais les Sévirs ne portaient ces insignes que pendant l'exercice de leurs fonctions, à moins de se rendre ridicules, comme cet Habinna dont nous parlons ici.

Ont-ils aussi porté une couronne? Rien ne le prouve. M. Schmidt remarque, au contraire, que, sur le bas-relief de Brescia, le prêtre qui sacrifie, et qu'il pense être un Sévir, porte seulement un voile sur la tête (2). Sans doute, on trouve, sur divers sépulcres d'Augustales, des couronnes de chêne entourées de bandelettes. Nissen a voulu voir là une allusion à la couronne civique décernée à Auguste , et par le fait même à son culte (3) ; mais on voit des couronnes du même genre sur les tombes de personnages qui n'ont aucun rapport avec le culte d'Auguste. Ce sont des ornements décoratifs et non des insignes de fonctions.

Les Seviri avaient des licteurs , comme tous les présidents de jeux. Ces licteurs frappent à la porte de la salle du festin quand Habinna fait son entrée (4). De là les faisceaux qui ornent souvent les tombeaux des Seviri. Parfois ces faisceaux sont ornés de haches (5) ; mais il est difficile de voir là autre chose qu'un ornement. A quel titre les Smnauraient-ils fait porter devant eux cette marque de Vimperium militare qu'ils n'exerçaient pas (G)? Les Seviri avaient aussi avec eux un Tibicen , qui les accompagnait de son chant dans les sacrifices. Enfin, ils devaient avoir un siège honorifique, une sella. Même sur les tombes de ceux qui ne sont pas honorés du bisellium, la sella est représentée (7). La sella et le tribunal étaient la place naturelle des Seviri quand ils présidaient les jeux ou les repas ; mais ils ne siégeaient pas aussi solennellement quand ils étaient en corps.

Les renseignements que nous fournissent sur tous ces points les textes et les inscriptions sont confirmés par deux monuments :

(1) Pétrone, Satyric, 78 (un prêteur municipal). Cf. Schmidt, [. L, p. 78.

(2) Schmidt, l. l., p. 79.

(3) C. I. L., V, 4461, 7031 ; X, 1026, etc. Cf. Nissen, Pompeian. Studien., 1877, p. 390 et suiv.

(4) Pétrone, Satyric, 78. Cf. C. /. L., V, 4482; XI, 1440.

(5) C. L L., V, 6786, 7031, 7670; X, 1042, faisceaux sans haches; V, 3295, 5860, 6117. Il y en a jusqu'à six. Ce sont des symboles.

(6) Il faut laisser dans le domaine de la fantaisie la description de Pétrone, Satyric, 30. Cf. Marquardt, Organisation de l'Empire romain, I, trad. franc., p. 258, n. 4. Schmidt, l. L, p. 79.

(7) C. /. L., V, 3386, 5860, 6786, 6896, 7170, 7616, 7678; IX, 2682. Cf. Schmidt, I. l., p. 80.

LES SEVIRI AUGUSTALBS. 213

un bas-relief de Brescia, que M. Schmidt a étudié d'une façon toute particulière et que reproduit une planche qui termine son livre sur les Seviri; et un autre, de Suasa (Ombrie) , reproduit dans les Annales de rinslitul archéologique de Rome (1).

Le monument de Brescia est un tombeau construit par M. Valerius Anteros Asiaticus, pour lui, sa femme et son affranchi (2). De chaque côté du bas-relief s'élève un arbre dont le tronc forme des courbes. Dans les sinuosités de l'arbre de gauche, est placé un matelot coiffé d'un bonnet et portant une rame sur l'épaule. Dans l'arbre de droite sont deux oiseaux et un homme au repos , qui paraît également porter une rame.

Sur la partie inférieure se déroule une série de scènes dont voici la description en commençant par la gauche. Sur un rocher, placé au pied de l'arbre, se tient un personnage nu, la main placée sur la tête d'un animal qui court. La forme de l'animal est assez indistincte : c'est un chien, un chevreau ou peut-être un daim, et le personnage nu est probablement un dieu : Mercure, selon MM. Mommsen et Schmidt. Auprès du rocher, des pugilistes nus combattent; plus loin, un groupe de huit personnages prend part à un sacrifice. Le premier tient deux amphores, l'une sur l'épaule gauche, l'autre à la main droite. Un second , la face tournée du côté du premier , tient à la main une sorte de plat. Un troisième est à genoux, tourné vers l'autel, ainsi que son voisin. Ils sont séparés du sacrificateur par deux licteurs qui portent des faisceaux sur leurs épaules. Le prêtre a la tête levée vers le ciel et voilée de sa toge. Il étend les mains audessus du foyer allumé sur un trépied. En face de lui, et tournés de son côté, sont un tibicen et un autr.> licteur.

Au centre se dresse un tribunal sur lequel est un homme barbu revêtu de la robe prétexte , assis sur une sella curulis , les mains placées sur les genoux et un escabeau sous les pieds. Derrière lui se tiennent debout six personnages vêtus de toges; deux autres sont assis à ses côtés, sur des chaises à dossier. Au pied du tribunal, des personnages tendent la main ou s'en vont, après avoir reçu la part qui leur revient. Trois autres , de plus grande taille, s'éloignent, tandis que deux licteurs , armés de verges, semblent veiller au bon ordre.

Enfin, à l'extrémité de droite, on voit s'avancer six hommes vêtus de toges et précédés de deux licteurs.

(1) 1872, p. 62 et suiv.

(2) Cf. C. /. L., V, 4482. Schmidt, l. l., p. 81 et suiv.

Il est facile de reconnaître, dans les scènes que nous venons de décrire, les principaux actes du Sévirat. Laissant de côté les matelots et le dieu, qui n'ont aucun rapport avec le sujet qui nous occupe, nous trouvons d'abord, dans les pugilistes, une allusion aux jeux donnés par les Seviri. Le sacrifice vient ensuite. Le Sévir, accompagné du tibicen^ verse le vin et l'encens. Les ministres lui apportent dans des amphores ce qui est nécessaire pour les libations.

La scène du milieu est une distribution. Le personnage assis sur la sella et revêtu de la prétexte, c'est le Sévir qui préside. Au bas de l'estrade, les membres de la cité viennent recevoir leur part et se retirent ensuite. Ceux qui sont assis sur les chaises à dossier doivent être des magistrats ou des collègues du président, et ce sont probablement des accensi qui se tiennent debout, par derrière.

Quant aux six personnages qui s'avancent précédés des deux licteurs, il est probable que ce sont les Seviri eux-mêmes.

Le bas-relief de Suasa est loin d'offrir la même richesse de détails ; mais nous y voyons, au-dessous de l'inscription, deux personnages vêtus de toges et portant des baguettes. Au milieu d'eux est une table sur laquelle se trouvent une couronne et deux vases , l'un à deux anses , l'autre à une seule. Sur les côtés sont deux paires d'athlètes et de pugilistes. Il est difficile de ne pas reconnaître, dans ces sculptures, les deux licteurs et des allusions aux jeux donnés par le Sévir.

Les honneurs dont jouissaient les Seviri ne leur étaient pas entièrement retirés après leur année de Sévirat. Le corps dans lequel ils entraient jouait un rôle dans la cité, et notamment prenait une part spéciale aux cérémonies du culte des empereurs. Il était donc juste qu'il eût certaines distinctions. C'était tout d'abord une place spéciale au cirque et au théâtre (1). On a trouvé, dans les ruines de l'amphithéâtre des Trois Gaules , près de Lyon, une inscription en très grandes lettres, sur laquelle on lit : VI Viri Augustales, et qui désignait, selon toute apparence, la place qu'occupaient les Augusiales de cette ville (2). Ils devaient, dans ces circonstances, et toutes les fois qu'ils accomplissaient quelque cérémonie, porter la robe prétexte. Enfin ils avaient droit à des funérailles plus honorables que le reste des citoyens (3).

(1) c. I. L., XI, 3805.

(2) AUmer, Insc. antiq. du musée de Lyon, II, p. 37.

(3) C. I. L., IX, 58. Cf. Schmidt, L L, p. 86.

LES SEVIRI A.UGUSTALES. 215

En dehors de ces honneurs communs à tous, certains Seviri, en remerciement de services rendus, recevaient des honneurs particuliers.

Il faut noter d'abord le titre de primiis (1), ou, comme le dit une inscription, de sac(erdos)prim(us) corp{oris) Augusîalium{2). Mais nous ne savons aucunement en quoi consistait cette primauté.

Les Augustales parvenaient quelquefois, nous l'avons constaté, aux honneurs du décurionat; mais le fait était assez rare. Aussi, pour récompenser ceux qui s'étaient distingués par leur générosité, les décurions décernaient-ils parfois, à certains d'entre eux, les ornamenia decurionalia (3). Ces ornamenta étaient le privilège de s'asseoir à une place spéciale dans les banquets publics, au milieu des décurions, de porter leur costume, d'être enterré avec les mêmes honneurs qu'eux ; enfin , dans les distributions , de recevoir les mêmes sportules (4).

Ces honneurs n'étaient pas toujours décernés tous à la fois. Parfois on détachait, pour ainsi dire, certains privilèges que l'on accordait séparément. A un Augustatis, par exemple, on donne le privilège de s'asseoir aux repas publics , au milieu des décurions , sans qu'il soit fait mention d'aucun autre privilège (5). De même C. Julius Gelos, à qui le sénat de Véies avait donné le privilège de s'asseoir au spectacle parmi les Augustales, reçut, de plus, le droit de prendre place aux repas publics parmi les Centumviri (6), ce qui porte à croire que l'usage n'était pas de donner place au spectacle, parmi les décurions, à ceux qui recevaient par ailleurs les ornements decurionalia (7).

Quelques Sévirs recevaient des honneurs plus élevés encore. Ils étaient traités comme les anciens édiles ou les anciens duumvirs.

Les ornamenta aedilicia ou duumvirilia conféraient le droit au costume, à la place dans les repas, et à une part égale à celle des anciens duumvirs ou édiles, quand ceux-ci en recevaient une plus considérable que les autres décurions (8).

A qui décernait-on ces honneurs? M. Mommsen avait cru

(1) c. I. L., II, 1944, 4061; XI, 3872, etc.; XIV, 360.

(2) Ibid., III, 3016. Cf. Schmidt, ibid.

(3) Ibid., II, 1066; III, 1070, 1426, 1425, 3016. 3497, 6294; V, 4477, 5314. .3844; IX, 2365; X, 4660; XII, 3203. 4081, 4068, etc.

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